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Un homme et son péché : de quel péché parle-t-on ?

Par la rédaction de fornication.infoVérifié le Lecture : 9 min6 sources
Illustration : un médaillon avec un clap de cinéma, devant le château Frontenac à Québec, entouré de passants d'aujourd'hui
L'essentiel

Quel est le péché de Séraphin dans Un homme et son péché ?

Le péché de Séraphin Poudrier est l'avarice, l'un des sept péchés capitaux, et non un péché de chair. Dans ce roman de 1933, que Claude-Henri Grignon présentait comme un pamphlet contre l'argent, un maire avare refuse de payer un vrai médecin à sa femme Donalda. Au Québec, « séraphin » est devenu un nom commun désignant un avare.

Sommaire
  1. Qui est Séraphin Poudrier ?
  2. Pourquoi le péché de Séraphin est-il l'avarice ?
  3. Quelle place tient Donalda ?
  4. Comment le roman est-il devenu un feuilleton radio et télévisé ?
  5. Comment les adaptations récentes ont-elles transformé l'histoire ?
  6. Que révèle le titre sur la culture catholique québécoise ?
  7. Questions fréquentes
  8. Sources

Qui est Séraphin Poudrier ?

Séraphin Poudrier est le personnage principal d'Un homme et son péché, roman de Claude-Henri Grignon publié en 1933 aux éditions du Totem [1]. C'est un avare qui domine son village grâce à sa fonction de maire et à sa fortune, dans les Hautes Laurentides de la fin du XIXe siècle, alors en pleine colonisation [1]. Katarzyna Wójcik, de l'Université de Varsovie, le décrit dans le roman comme un vieil usurier [3].

Grignon (1894-1976) est né et mort à Sainte-Adèle, dans les Laurentides, dont il a été le maire de 1941 à 1951 [2]. Journaliste polémiste, il signe à partir de 1920 sous le pseudonyme de Valdombre et publie de 1936 à 1943 Les Pamphlets de Valdombre, une revue de 46 numéros connue pour la violence de ses attaques [2]. Le roman, révisé en 1935, lui vaut cette année-là le prix Athanase-David [2]. Avant lui, Grignon avait publié Le Secret de Lindbergh (1928), et il fait paraître en 1934 Le Déserteur et autres récits de la terre ; il devient membre de la Société royale du Canada en 1962 et officier de l'Ordre du Canada en 1969 [2].

Le récit est sombre. Quand Donalda tombe malade, Séraphin refuse de payer un vrai médecin ; après sa mort, il la fait enterrer dans un cercueil trop petit [2]. Il meurt lui-même dans l'incendie de sa maison en tentant de récupérer l'or caché dans un sac d'avoine [2].

Grâce à la radio et à la télévision, Séraphin est devenu le personnage de fiction le plus connu du Québec, selon l'Encyclopédie canadienne [6]. Le roman a été traduit en anglais en 1978 sous le titre The Woman and the Miser [4].

Repères chronologiques

  1. 1933Parution du roman de Claude-Henri Grignon aux éditions du Totem.
  2. 1935Prix Athanase-David pour Un homme et son péché.
  3. 1939Début du feuilleton radiophonique adapté par Grignon à Radio-Canada.
  4. 1949Premier film, réalisé par Paul Gury, avec Hector Charland en Séraphin.
  5. 1950Second film de Paul Gury, Séraphin.
  6. 8 octobre 1956Première des Belles Histoires des pays d'en haut à la télévision de Radio-Canada (jusqu'en 1970).
  7. 2002Séraphin : un homme et son péché, film de Charles Binamé avec Pierre Lebeau.
  8. 2016Début de la série Les Pays d'en haut sur ICI Radio-Canada Télé.

Pourquoi le péché de Séraphin est-il l'avarice ?

Le péché de Séraphin est l'avarice parce que Grignon a voulu écrire un réquisitoire contre l'argent. L'Encyclopédie canadienne rapporte qu'il présentait son livre comme un « pamphlet contre l'argent » [1]. Parlant de son feuilleton, l'auteur évoquait lui-même « ce péché capital » [3].

Le titre peut induire en erreur. Dans le langage courant, le mot « péché » employé seul évoque souvent la chair, et un lecteur d'aujourd'hui peut s'attendre à une histoire d'adultère ou de passion interdite. Or le roman ne raconte rien de tel : le « péché » de l'homme est son rapport maladif à l'argent, qui passe avant sa femme, ses voisins et sa propre vie.

Le catéchisme de l'Église catholique classe l'avarice parmi les sept péchés capitaux, à côté de l'orgueil, de l'envie, de la colère, de l'impureté, de la gourmandise et de la paresse [5]. Ces vices sont dits capitaux parce qu'ils en engendrent d'autres, selon une tradition remontant à Jean Cassien et à Grégoire le Grand [5]. L'avarice et l'impureté y sont donc deux fautes distinctes ; la seconde correspond à ce que la langue courante appelle les péchés de la chair, vocabulaire étudié dans l'article sur l'impudicité et le péché de la chair.

Dans la culture populaire québécoise, l'avarice de Séraphin a pris le pas sur tout le reste. Son prénom désigne aujourd'hui, dans le vocabulaire populaire, une personne d'une avarice extrême [1]. C'est l'un des rares cas où un personnage de roman a donné un nom commun à la langue du Québec.

Quelle place tient Donalda ?

Donalda est la femme de Séraphin et la principale victime de son avarice. Dans le roman, elle est jeune, pieuse et vertueuse, la seule personne du village à ne pas mépriser son mari [2][3]. Jeune femme mariée à un vieil usurier, elle subit son avarice jusqu'au bout : sa mort, faute de soins payés, est le sommet dramatique du livre [2][3].

Le personnage correspond à l'image de l'épouse pieuse et dévouée que valorisait la morale catholique de l'époque. Katarzyna Wójcik observe que Donalda reste une épouse exemplaire dans le téléroman de 1956, même si elle y parle davantage et se montre moins docile que dans le roman [3].

Le cousin de Séraphin, Alexis, change aussi de rôle au fil des adaptations. Simple parent dans le roman, il devient dans la série de 1956 un rival qui aime Donalda alors qu'il est lui-même marié à Artémise [3].

Le roman, lui, ne fait pas du mariage un sujet de scandale sexuel : il montre une union malheureuse, mais conforme aux règles religieuses et sociales. C'est ce qui le distingue d'œuvres plus tardives, comme Kamouraska d'Anne Hébert, où l'adultère est au cœur du récit.

Comment le roman est-il devenu un feuilleton radio et télévisé ?

Le roman est devenu un feuilleton parce que Grignon l'a lui-même adapté pour la radio dès 1939, avant d'en écrire la version télévisée [1][3]. Le feuilleton radiophonique est diffusé par Radio-Canada à partir de 1939, avec Hector Charland dans le rôle de Séraphin et Estelle Mauffette dans celui de Donalda [1]. Bibliothèque et Archives Canada le décrit comme un feuilleton quotidien resté 23 ans à l'antenne de Radio-Canada [4] ; il passe ensuite sur CKVL, à Montréal, jusqu'en 1965 [2][3].

Le succès ouvre la voie au cinéma. Paul Gury réalise en 1949 un premier film, produit par Paul L'Anglais, avec Hector Charland, Nicole Germain en Donalda et Guy Provost en Alexis, puis une suite, Séraphin, en 1950 [1][2]. Les années 1940 et 1950 voient aussi naître des pièces de théâtre, les Paysanneries, une bande dessinée publiée à partir de 1951 et un roman-feuilleton dans la revue Bonnes Soirées en 1954 [3].

La télévision consacre le personnage. Les Belles Histoires des pays d'en haut, scénarisées par Grignon, sont diffusées pour la première fois à Radio-Canada le 8 octobre 1956, puis chaque semaine jusqu'en 1970 [1][3]. Jean-Pierre Masson y joue Séraphin et Andrée Champagne, Donalda [1]. La série a été reprise en 1972, en 1977 et en 1986 [3].

Selon Katarzyna Wójcik, ce téléroman idéalise le passé dans l'esprit de la survivance canadienne-française et présente la colonisation comme un remède aux maux collectifs [3]. Le personnage du curé Labelle, absent du roman, y prend une place importante, avec un ton souvent comique [3].

Comment les adaptations récentes ont-elles transformé l'histoire ?

Les adaptations récentes ont rajeuni les personnages et donné plus de force à Donalda. Le film Séraphin : un homme et son péché, de Charles Binamé, sort le 29 novembre 2002, avec Pierre Lebeau en Séraphin, Karine Vanasse en Donalda et Roy Dupuis en Alexis [1].

La série Les Pays d'en haut, écrite par Gilles Desjardins et réalisée par Sylvain Archambault, est présentée à ICI Radio-Canada Télé à partir de janvier 2016 [1][3]. L'action se déroule en 1880 à Sainte-Adèle, avec Vincent Leclerc en Séraphin, Sarah-Jeanne Labrosse en Donalda, Maxime Le Flaguais en Alexis et Antoine Bertrand en curé Labelle [1].

Katarzyna Wójcik estime que la série rapproche le récit de l'esthétique du western [3]. Séraphin y est plus jeune et plus nuancé, marqué par des traumatismes d'enfance ; Donalda devient forte et indépendante, possède une terre et désobéit à son mari ; Alexis devient un explorateur positif qui s'oppose à Séraphin [3]. La série aborde aussi des questions contemporaines, dont des relations sexuelles hors des normes de l'époque [3].

Le récit, centré à l'origine sur l'argent, s'élargit ainsi à des questions de sexualité et de liberté des femmes que le roman de 1933 n'abordait pas. Chaque adaptation reflète ainsi les attentes morales de son public autant que le texte de Grignon.

Que révèle le titre sur la culture catholique québécoise ?

Le titre révèle à quel point le vocabulaire religieux structurait la culture québécoise des années 1930. Parler de « péché » plutôt que de défaut ou de vice, c'était s'adresser à des lecteurs en grande majorité catholiques, familiers du catéchisme et de sa liste des péchés capitaux [5].

Grignon s'inscrit aussi dans le genre du roman du terroir, qui célébrait la terre, la famille et la foi. Il rompt pourtant avec la convention qui consistait à exalter la vie rurale : l'Encyclopédie canadienne voit dans Un homme et son péché l'un des premiers romans du terroir modernes, et le premier à porter un regard critique et satirique sur la campagne avant la Révolution tranquille [2]. Katarzyna Wójcik le décrit comme un classique qui annonce la fin du genre [3]. Quelques années plus tard, Trente arpents (1938), de Ringuet, pousse plus loin ce constat en montrant une terre qui ne fait plus vivre son maître, au moment de la crise économique, de l'industrialisation et de l'exode vers les villes [6]. Le roman de Grignon se situe donc au début d'un mouvement de désenchantement envers le modèle rural et catholique que la littérature avait longtemps défendu.

La morale du livre reste toutefois chrétienne : l'avare est puni, et la vertu de Donalda est montrée avec respect. Le roman ne s'en prend pas à la religion : il vise l'avarice d'un notable qui fait passer l'argent avant la charité. L'œuvre a ainsi pu être diffusée pendant des décennies par la radio et la télévision publiques, de 1939 à 1970, puis rediffusée jusqu'en 1986 [1][3].

Questions fréquentes

Un homme et son péché est-il une histoire vraie ?

Non, Un homme et son péché est une œuvre de fiction. Grignon l'a toutefois située dans un cadre réel : les Hautes Laurentides de la fin du XIXe siècle, au temps de la colonisation, une région qu'il connaissait bien puisqu'il était né à Sainte-Adèle. Les adaptations ont ajouté des personnages historiques, comme le curé Labelle.

Qui a joué Séraphin à la télévision ?

Jean-Pierre Masson a joué Séraphin dans Les Belles Histoires des pays d'en haut, diffusées de 1956 à 1970 à Radio-Canada. Dans la série Les Pays d'en haut, lancée en 2016, le rôle est tenu par Vincent Leclerc. Au cinéma, Hector Charland (1949-1950) et Pierre Lebeau (2002) l'ont incarné.

Que veut dire être « séraphin » au Québec ?

Être « séraphin », c'est être avare. Le prénom du personnage de Grignon est passé dans le vocabulaire populaire québécois pour désigner une personne très avare. Ce sens vient directement du succès du roman et de ses adaptations.

Le péché de Séraphin est-il un péché de chair ?

Non, le péché de Séraphin est l'avarice. Le catéchisme catholique distingue l'avarice de l'impureté, qui correspond aux péchés de la chair. Le roman ne raconte ni adultère ni liaison : il montre un homme qui sacrifie tout à l'argent.

Quand a été publié Un homme et son péché ?

Le roman a été publié en 1933 aux éditions du Totem, puis révisé en 1935. Il a reçu le prix Athanase-David en 1935. Une traduction anglaise, The Woman and the Miser, a paru en 1978.

Le curé Labelle apparaît-il dans le roman ?

Non, le curé Labelle n'apparaît pas dans le roman de 1933, où le prêtre est l'abbé Raudin. Le personnage historique a été introduit dans les adaptations, à la radio et dans le film Séraphin de 1950. Antoine Bertrand l'incarne dans la série de 2016.

Combien de temps le feuilleton radio a-t-il duré ?

Le feuilleton radio a duré plus de 25 ans, de 1939 à 1965. Il a été diffusé quotidiennement à Radio-Canada pendant 23 ans, puis sur la station montréalaise CKVL. Hector Charland y prêtait sa voix à Séraphin.

Sources

  1. thecanadianencyclopedia.ca — https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/un-homme-et-son-peche
  2. thecanadianencyclopedia.ca — https://www.thecanadianencyclopedia.ca/en/article/claude-henri-grignon
  3. journals.us.edu.pl — https://journals.us.edu.pl/index.php/RS/article/view/10907/8481
  4. epe.lac-bac.gc.ca — https://epe.lac-bac.gc.ca/100/206/301/lac-bac/living_memory-ef/0509/050951/05095169_e.html
  5. vatican.va — https://www.vatican.va/archive/FRA0013/__P67.HTM
  6. thecanadianencyclopedia.ca — https://www.thecanadianencyclopedia.ca/en/article/novel-in-french

Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux.

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