Bonheur d'occasion et la grossesse de Florentine

Que se passe-t-il pour Florentine dans Bonheur d'occasion ?
Dans Bonheur d'occasion, publié en 1945 par Gabrielle Roy, Florentine Lacasse, serveuse à Saint-Henri, s'éprend de Jean Lévesque, un jeune homme ambitieux qui la délaisse. Enceinte, elle garde le secret et épouse Emmanuel Létourneau, un soldat idéaliste. Le roman montre comment une grossesse hors mariage se règle alors par le mariage.
Sommaire
- De quoi parle Bonheur d'occasion ?
- Qui est Florentine Lacasse ?
- Comment le roman traite-t-il la grossesse hors mariage ?
- Que révèle Rose-Anna de la maternité ?
- Quelle image donne-t-il de Montréal pendant la guerre ?
- Quel accueil a reçu le roman ?
- Comment le roman a-t-il été adapté et transmis ?
- Questions fréquentes
- Sources
De quoi parle Bonheur d'occasion ?
Bonheur d'occasion est le premier roman de Gabrielle Roy, paru à Montréal en juin 1945, en deux volumes, à la Société des Éditions Pascal [4][8]. Il suit la famille Lacasse, dans le quartier ouvrier de Saint-Henri, de février à mai 1940, au début de la Seconde Guerre mondiale [6]. Le père, Azarius, peine à garder un emploi ; la mère, Rose-Anna, élève une famille nombreuse ; l'aînée, Florentine, fait vivre la maison avec son salaire de serveuse [6].
Le roman entrecroise plusieurs destins. Florentine s'attache à Jean Lévesque, un jeune homme qui veut quitter le quartier à tout prix, puis épouse Emmanuel Létourneau, soldat en permission [1][6]. Son petit frère Daniel, atteint de leucémie, découvre à l'hôpital un confort matériel qu'il n'avait jamais connu ; Rose-Anna met au monde un autre enfant et voit son mari partir à la guerre [1]. L'Encyclopédie canadienne y voit le premier exemple de réalisme urbain dans la littérature canadienne-française [1].
Gabrielle Roy connaissait ce quartier de près. Journaliste pigiste pour La Revue moderne et Le Bulletin des agriculteurs, elle y avait mené des reportages qui ont nourri le roman [3]. Britannica la présente comme une romancière saluée pour sa façon de peindre les espoirs et les frustrations des pauvres [2].
Repères chronologiques
- 22 mars 1909Naissance de Gabrielle Roy à Saint-Boniface, au Manitoba
- 1939Retour d'Europe et installation à Montréal, où elle vit de journalisme
- Juin 1945Parution de Bonheur d'occasion à Montréal, aux Éditions Pascal
- 1947The Tin Flute, livre du mois du Literary Guild ; prix du Gouverneur général
- Novembre 1947Prix Femina, premier grand prix littéraire français pour un livre canadien
- 1983Film de Claude Fournier ; mort de Gabrielle Roy à Québec le 13 juillet
- 2017La parution du roman est désignée événement historique au Québec
Qui est Florentine Lacasse ?
Florentine Lacasse est une jeune femme de 19 ans, serveuse dans un restaurant bon marché, qui soutient financièrement sa famille et rêve d'échapper à la pauvreté [6]. Elle voit en Jean Lévesque, jeune machiniste ambitieux, la promesse d'une autre vie [6]. Jean, lui, la fréquente surtout pour flatter son orgueil, puis se lasse d'elle et la présente à son ami Emmanuel [6].
Emmanuel Létourneau occupe la place opposée. Ce soldat idéaliste, en permission, tombe amoureux de Florentine [1][6]. Le triangle formé par ces trois personnages est le fil principal du roman ; c'est aussi celui que retient le film de 1983, qui laisse de côté de nombreuses intrigues secondaires [7].
Le personnage a été lu comme profondément ambivalent. Florentine calcule et espère à la fois ; elle refuse la vie de sa mère tout en s'en rapprochant malgré elle. En 1983, la critique Simone Suchet voyait dans l'interprétation de Mireille Deyglun, qui joue Florentine au cinéma, un mélange de calcul et de naïveté [7].
Comment le roman traite-t-il la grossesse hors mariage ?
Le roman traite la grossesse hors mariage comme une catastrophe privée que Florentine doit régler seule, et vite, par le mariage. Après sa relation avec Jean Lévesque, elle se retrouve enceinte et seule face à cette grossesse [1][6]. Pour ne pas être vue comme une fille perdue, elle garde le secret et épouse Emmanuel, qui lui promet de la soutenir [6].
Les lectures de la scène décisive diffèrent. L'Encyclopédie canadienne parle d'une séduction par un homme égoïste [1], tandis que le résumé de Wikipédia en anglais la décrit comme une agression sexuelle [6]. Le roman ne s'attarde sur aucun détail explicite ; dans les deux lectures, le déséquilibre entre les deux personnages est manifeste, et la jeune femme se retrouve sans recours.
Le contexte social explique l'urgence. Entre 1935 et 1964, des milliers d'enfants ont été placés au Québec dans des crèches, des orphelinats et des hôpitaux psychiatriques tenus pour la plupart par des communautés catholiques, certains parce qu'ils étaient nés hors mariage [9]. Dans ce monde, le mariage rapide avec un autre homme apparaît comme la seule issue qui protège à la fois la réputation de la mère et l'avenir de l'enfant. Notre article sur la grossesse hors mariage au Québec retrace l'histoire de ces situations.
Gabrielle Roy ne juge pas son personnage. La narration suit les calculs de Florentine sans les condamner ni les excuser, et l'ironie que l'Encyclopédie canadienne relève dans le style de Roy vise autant la société que la jeune femme [1]. Le mariage qui « règle » la situation ne résout rien sur le fond : il fonde une vie de couple sur un secret, au moment où la guerre emporte les hommes du quartier.
Le roman pose ainsi une question morale sans la trancher. Florentine trompe-t-elle Emmanuel, ou se protège-t-elle dans une société qui ne lui laisse aucun autre choix ? Le roman laisse les deux lectures ouvertes, sans désigner de coupable.
Que révèle Rose-Anna de la maternité ?
Rose-Anna incarne une maternité vécue comme un devoir sans fin, que l'Encyclopédie canadienne compare à une mater dolorosa moderne, une mère de douleur [1]. Elle élève une famille nombreuse, attend un enfant pendant le roman et accouche presque seule à la fin, sans que son mari réponde à son appel [6]. Elle perd aussi Daniel, emporté par la maladie [1][6].
La mère éclaire la fille. Rose-Anna représente la vie que Florentine refuse : le mariage, les grossesses successives, la pauvreté qui ne finit pas. Que Florentine se marie précipitamment pour cacher une grossesse donne au roman une ironie amère, puisque sa tentative de fuite la ramène vers le modèle maternel.
Le roman ne fait pas de la maternité un idéal. Les naissances s'y succèdent dans la pauvreté, et le sort de Daniel le rappelle cruellement : c'est à l'hôpital, où il est soigné pour une leucémie, que le petit garçon connaît pour la première fois le confort matériel [1]. Le contraste entre la fécondité de Rose-Anna et le dénuement du foyer donne au roman sa portée sociale.
Quelle image donne-t-il de Montréal pendant la guerre ?
Le roman montre un Montréal ouvrier où la guerre est d'abord vécue comme une délivrance économique. Les habitants de Saint-Henri, frappés par le chômage depuis la crise, accueillent le conflit comme une source de salut, souligne l'Encyclopédie canadienne [1]. L'enrôlement devient une solution familiale : le jeune Eugène s'engage dans l'armée, puis Azarius s'enrôle à son tour, en dernier recours, pour améliorer le sort des siens [6].
Saint-Henri est décrit par les sens. L'Encyclopédie canadienne relève le talent de Roy pour rendre ce que l'on voit, sent et entend dans le quartier, et note que ce talent s'accompagne d'un sens aigu de l'ironie [1]. Une maison de la rue Saint-Augustin décrite dans le roman est aujourd'hui une étape d'un circuit littéraire consacré au livre dans le quartier, et BAnQ en conserve une photographie [8].
Le roman est devenu, avec le temps, un document sur la ville. Il fixe l'image d'un quartier pauvre au moment précis où la guerre va le transformer, en offrant aux uns un salaire et aux autres un uniforme. La revue Entrevous le résume comme « une histoire de détresse plus que d'enchantement » [8].
Quel accueil a reçu le roman ?
Bonheur d'occasion a connu un succès rapide au Québec, puis en France et aux États-Unis. Dès 1946, selon l'Encyclopédie canadienne, Gabrielle Roy reçoit une médaille de l'Académie des lettres du Québec [3]. L'année 1947 marque la consécration : traduction anglaise de Hannah Josephson sous le titre The Tin Flute [1], choix du Literary Guild of America comme livre du mois [4][5], prix du Gouverneur général [5] et édition française chez Flammarion [4].
Les honneurs se multiplient la même année. En novembre 1947, le prix Femina couronne le roman à Paris, une première pour un livre canadien [3][4]. Gabrielle Roy devient la première femme admise à la Société royale du Canada, qui lui remet aussi la médaille Lorne-Pierce [3][5]. En juin 1947, Universal Pictures achète les droits d'adaptation au cinéma [4].
Le succès commercial est durable. La version anglaise s'est vendue à plus de 700 000 exemplaires, et le roman a été traduit dans une douzaine de langues [3]. En 2017, sa parution a été désignée événement historique par le ministère québécois de la Culture et des Communications [6][8]. Gabrielle Roy a été désignée personnage historique national en 2009, et la Banque du Canada l'a fait figurer en 2004 sur un billet de 20 $ [3][5].
Comment le roman a-t-il été adapté et transmis ?
Le roman a été adapté au cinéma en 1983 par Claude Fournier, avec Marie-José Raymond à la production, plus de trente ans après l'achat des droits par Universal [3]. Le film est très fidèle aux personnages, aux dialogues et à la chronologie du livre ; son réalisateur s'était donné pour règle « dans le doute, on retourne au roman » [7]. Pour tenir en une heure et demie environ, il se concentre sur les relations de Florentine avec Jean Lévesque et Emmanuel Létourneau, et une minisérie télévisée d'environ cinq heures était prévue pour couvrir davantage du roman [7].
Le texte lui-même a connu plusieurs vies. Une seconde traduction anglaise, d'Alan Brown, a suivi au début des années 1980 celle de 1947, qui omettait plusieurs passages [1][6]. Gabrielle Roy, mariée en 1947 au médecin Marcel Carbotte, s'installe à Québec en 1950 et poursuit une œuvre marquée par les petites gens, de La Petite Poule d'eau à Ces enfants de ma vie [2][5]. Elle meurt à Québec le 13 juillet 1983 [4].
Le roman dialogue avec d'autres œuvres de la même décennie. Tit-Coq, créée trois ans plus tard, aborde elle aussi les naissances hors mariage dans le Québec de la guerre, mais du point de vue de l'enfant : voir notre article sur Tit-Coq et l'enfant illégitime. Les deux œuvres montrent, chacune à sa manière, une société où le mariage reste le seul cadre jugé acceptable pour fonder une famille.
Questions fréquentes
Bonheur d'occasion a-t-il reçu le prix Femina ?
Oui. Bonheur d'occasion a reçu le prix Femina en novembre 1947, à Paris. C'était la première fois qu'un livre canadien remportait ce prix littéraire français.
Florentine dit-elle la vérité à Emmanuel ?
Non. Florentine garde sa grossesse secrète et épouse Emmanuel Létourneau, qui lui promet de la soutenir. Le roman ne juge pas ce silence : il le présente comme un moyen d'éviter d'être vue comme une fille perdue.
Bonheur d'occasion a-t-il été adapté au cinéma ?
Oui. Claude Fournier a tiré du roman un film sorti en 1983, avec Mireille Deyglun dans le rôle de Florentine. Universal Pictures avait acheté les droits dès 1947, sans jamais tourner le film.
Où se déroule Bonheur d'occasion ?
Le roman se déroule à Saint-Henri, quartier ouvrier de Montréal, de février à mai 1940. Une maison de la rue Saint-Augustin décrite dans le livre fait aujourd'hui partie d'un circuit littéraire dans le quartier.
Que veut dire le titre Bonheur d'occasion ?
Le titre signifie littéralement « bonheur de seconde main ». Il évoque des personnages qui doivent se contenter d'un bonheur au rabais, à l'image du mariage de Florentine. L'édition anglaise de 1947 a pris un autre titre, The Tin Flute.
Gabrielle Roy était-elle québécoise ?
Non : Gabrielle Roy est née le 22 mars 1909 à Saint-Boniface, au Manitoba, où elle a d'abord été institutrice. Elle s'est toutefois établie à Montréal en 1939, puis à Québec en 1950, après quelques années à Paris, et elle y est morte en 1983.
Pourquoi ce roman est-il étudié au Québec ?
Il est considéré comme le premier grand roman du réalisme urbain canadien-français. Il décrit la pauvreté ouvrière, la guerre et la condition des femmes avec une précision rare, et sa parution a été désignée événement historique en 2017.
Sources
- thecanadianencyclopedia.ca — https://www.thecanadianencyclopedia.ca/en/article/bonheur-doccasion
- britannica.com — https://www.britannica.com/biography/Gabrielle-Roy
- thecanadianencyclopedia.ca — https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/gabrielle-roy
- maisongabrielleroy.mb.ca — https://www.maisongabrielleroy.mb.ca/gabrielle-roy-chronology
- parks.canada.ca — https://parks.canada.ca/culture/cseh-twih/202413
- en.wikipedia.org — https://en.wikipedia.org/wiki/The_Tin_Flute
- cws3.journals.yorku.ca — https://cws3.journals.yorku.ca/index.php/cws/article/download/13534/12591/13573
- releve.erudit.org — https://releve.erudit.org/en/journals/entrevous/2020-n14-entrevous05576/94301ac.pdf
- thecanadianencyclopedia.ca — https://thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/duplessis-orphans
Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux.


