Élèves enceintes : ce que prévoient les pays d'Afrique francophone pour leur scolarité

Une élève enceinte peut-elle continuer l'école en Afrique francophone ?
Oui, dans la plupart des pays d'Afrique francophone, une élève enceinte n'est plus exclue d'office. Le Cameroun a aboli l'exclusion en avril 2022, le Togo en mars 2022, le Niger en 2019 et la RDC en juillet 2025. Les règles varient : congé de maternité, délai de retour, certificat médical. Les écoles catholiques congolaises ont refusé la mesure.
Sommaire
- Une élève enceinte peut-elle rester à l'école ?
- Cameroun : de la suspension de 1980 au congé de 2022
- Côte d'Ivoire : report de scolarité et objectif « zéro grossesse »
- Sénégal : la circulaire de 2007 et le certificat médical
- RDC : une circulaire contestée par les écoles catholiques
- Niger, Togo, Burkina Faso : les autres textes
- Combien d'élèves sont concernées ?
- Pourquoi la grossesse hors mariage pèse-t-elle autant sur la scolarité ?
- Que demandent les organisations internationales ?
- Questions fréquentes
- Sources
Le 14 juillet 2025, la ministre congolaise de l'Éducation nationale, Raïssa Malu, signe une circulaire qui oblige toutes les écoles du pays, publiques, privées agréées et conventionnées, à garder les élèves enceintes [9]. Le texte relayé par le secrétariat général est sans ambiguïté : aucune sanction ne doit être appliquée « en raison d'une grossesse » [8]. Dès le lendemain, la coordination nationale des écoles conventionnées catholiques écrit à ses antennes provinciales que la mesure ne les concerne pas, et que réorienter ces élèves vers d'autres établissements est la seule option compatible avec sa mission éducative chrétienne [9].
L'épisode congolais est le plus récent d'un mouvement qui a touché presque toute l'Afrique francophone en vingt ans. Des circulaires des années 1970 et 1980 renvoyaient les élèves enceintes chez elles ; la plupart ont été abrogées, souvent sous la pression des organisations internationales. Les débats qu'elles suscitent disent beaucoup du regard porté sur la grossesse hors mariage, qui est aussi l'une des raisons pour lesquelles des familles marient tôt leurs filles, comme le montre notre article sur le mariage des enfants en Afrique francophone.
Une élève enceinte peut-elle rester à l'école ?
Oui dans la grande majorité des pays africains, mais à des conditions très variables. En juin 2018, Human Rights Watch a passé en revue les lois et pratiques de tous les États membres de l'Union africaine dans un rapport intitulé « Ne marginaliser aucune fille en Afrique » [1]. L'ONG comptait alors 26 pays dotés de textes protégeant la scolarité pendant la grossesse et la maternité, dont quatre seulement garantissaient le droit de rester en classe pendant et après la grossesse, parmi lesquels le Gabon et la Côte d'Ivoire [1].
Les 22 autres pays appliquaient des politiques dites de « réadmission » : l'élève quitte l'école pendant sa grossesse, puis peut revenir à certaines conditions [1]. HRW citait aussi le Bénin, le Cap-Vert et le Sénégal parmi les pays ayant abrogé des mesures punitives au profit de mesures de retour, et rangeait le Burkina Faso, avec l'Angola, parmi les pays sans politique de gestion des grossesses à l'école malgré des taux élevés de grossesses adolescentes [1].
Quatre ans plus tard, le tableau avait changé. En août 2022, HRW comptait 38 pays sur 54 disposant de lois, de politiques ou de mesures protégeant l'éducation des adolescentes enceintes ou mères [2]. Des quatre pays qui avaient en 2018 des mesures ouvertement discriminatoires, la Guinée équatoriale, la Sierra Leone, la Tanzanie et le Togo, seul le premier les maintenait encore [2]. HRW distingue depuis deux familles de textes : la « réintégration », qui impose souvent un long congé obligatoire et des démarches lourdes, et la « continuation », qui laisse l'élève choisir de rester en classe sans absence imposée [2].
Repères chronologiques
- 1974Burkina Faso : une loi interdit l'expulsion des élèves enceintes ou mères, selon Human Rights Watch.
- 1978Togo et Niger : des textes administratifs écartent les élèves enceintes ou mères de l'école.
- 19 janvier 1980Cameroun : la circulaire n° 10/A/562 impose la suspension immédiate de l'élève enceinte.
- 1er octobre 2007Sénégal : circulaire sur la gestion des mariages et des grossesses à l'école, fin de l'exclusion.
- Février et août 2019Niger : abrogation de la décision de 1978, puis arrêté n° 334 fixant le retour dans les 40 jours après l'accouchement.
- Mars et avril 2022Togo : abrogation de la circulaire de 1978 ; Cameroun : circulaire du 22 avril autorisant les cours jusqu'à la 26e semaine.
- 2 juillet 2025Côte d'Ivoire : le ministère annonce 4 266 grossesses en 2024-2025, contre 6 681 en 2022-2023.
- 14 juillet 2025RDC : circulaire interdisant l'exclusion des élèves enceintes ; refus des écoles catholiques le lendemain.
Cameroun : de la suspension de 1980 au congé de 2022
Depuis avril 2022, une élève enceinte peut suivre les cours au Cameroun jusqu'à la 26e semaine de grossesse, puis demander un congé de maternité. La circulaire n° 02/22/C/MINESEC/CAB du 22 avril 2022, signée par la ministre des Enseignements secondaires, Pauline Nalova Lyonga, a abrogé une règle vieille de 42 ans [3]. Elle prévoit la reprise des cours après l'accouchement, si les conditions de santé, de travail, d'âge et de discipline sont remplies [3].
L'ancienne règle datait de la circulaire n° 10/A/562 du 19 janvier 1980. L'élève enceinte était suspendue immédiatement et ne pouvait revenir qu'après l'accouchement, à condition de respecter des critères d'âge, de travail et de discipline [3]. Journal du Cameroun associe cette ligne stricte à l'ancien ministre de l'Éducation nationale Adamou Ndam Njoya [3].
Le texte de 2022 innove sur deux points. Les mêmes mesures s'appliquent désormais à l'élève à l'origine de la grossesse, ce qui met fin à une asymétrie où seule la fille quittait les bancs [3]. La circulaire prévoit aussi un accompagnement psychosocial de l'élève et des sanctions disciplinaires contre l'enseignant ou le membre du personnel reconnu responsable d'une grossesse [3]. Aucune statistique nationale récente sur les grossesses en milieu scolaire n'a été trouvée pour le Cameroun dans les sources consultées.
Côte d'Ivoire : report de scolarité et objectif « zéro grossesse »
En Côte d'Ivoire, l'élève enceinte n'est pas exclue : elle peut obtenir un report de scolarité et dispose, depuis 2019, d'un an pour réintégrer gratuitement l'école publique [5]. Le ministère affirme qu'« aucune élève enceinte n'est exclue du système éducatif », tout en affichant un objectif de « zéro grossesse en milieu scolaire » dans le cadre d'une politique de « tolérance zéro » [4]. Les deux formules coexistent : l'une vise la scolarité de l'élève, l'autre la prévention.
Le pays est l'un des rares de la région à publier des chiffres annuels. Le 2 juillet 2025, la ministre de l'Éducation nationale et de l'Alphabétisation, Mariatou Koné, a présenté à la présidente du Conseil national des droits de l'homme (CNDH), Namizata Sangaré, les données de la direction des statistiques du ministère (DESPS) [4]. Elles font état de 6 681 grossesses en 2022-2023, soit 0,47 % des 1 419 897 filles inscrites, et de 4 266 en 2024-2025, soit 0,28 % des 1 539 442 inscrites [4]. Le ministère annonce une baisse de 36,5 % sur ces trois années scolaires ; le calcul à partir des deux chiffres publiés donne environ 36,1 % [4].
Ces chiffres ne font pas consensus. Le CNDH a cité pour la même année 4 481 cas, en hausse de plus de 8 % selon elle, après une progression de 28 % en 2023-2024 [5]. Le ministère explique tenir une base de données nominative des élèves concernées, alimentée par des coordonnateurs dans 41 directions régionales et 320 inspections, afin de faciliter leur retour après le report [4]. L'écart entre les deux séries n'a pas été expliqué publiquement dans les sources consultées.
La CNDH souligne aussi que le délai d'un an est souvent dépassé, et plaide pour le développement des internats [5]. Une responsable de l'ONG Pro Kids citée par Burkina 24 juge l'accès à l'avortement, légal en cas de viol ou de danger pour la santé, « quasi impossible » [5]. La grossesse hors mariage dans la société abidjanaise est aussi au cœur de la bande dessinée « Aya de Yopougon ».
Sénégal : la circulaire de 2007 et le certificat médical
Au Sénégal, l'exclusion des élèves enceintes a pris fin avec la circulaire n° 004379/ME/SG/DEMSG/DAJLD du 1er octobre 2007 sur la gestion des mariages et des grossesses à l'école [6]. Avant cette date, les élèves enceintes étaient renvoyées ; le texte a instauré une politique de réintégration [6]. Pour revenir, la jeune fille doit présenter un certificat médical attestant qu'elle est en état de reprendre [6].
La circulaire vise à la fois les grossesses et les mariages, signe que les deux situations se recoupent dans les établissements. Une étude présentée en juin 2015 par Mamadou Khouma, inspecteur de l'éducation à Diourbel, recensait 1 971 grossesses d'élèves entre 2011 et 2014 dans les établissements couverts [7]. Parmi ces élèves, 60,8 % étaient célibataires et 39,2 % mariées, et 71,9 % étaient au collège, de la sixième à la troisième [7].
La géographie de ces grossesses recoupe celle du mariage précoce. Sédhiou concentrait 30 % des cas, devant Ziguinchor (19 %) et Kolda (9 %), trois régions du sud du pays [7]. Kolda figure aussi parmi les régions où le mariage avant 18 ans est le plus répandu, avec 68 % selon une étude de Save the Children de 2017 citée par Filles pas épouses [15]. Les élèves avaient pour 45 % entre 16 et 17 ans, et pour 31 % entre 13 et 15 ans [7].
Le retour en classe reste l'exception. Selon la même étude, 54,4 % des élèves enceintes ont abandonné l'école et 15,2 % seulement ont repris leurs études [7]. Human Rights Watch, dans une communication au Comité CEDEF de janvier 2020, reprenait ces ordres de grandeur et demandait au gouvernement quelles mesures il comptait prendre pour soutenir le retour des parents adolescents [6].
RDC : une circulaire contestée par les écoles catholiques
En République démocratique du Congo, l'exclusion des élèves enceintes est interdite depuis juillet 2025, mais une partie du réseau catholique refuse de l'appliquer. La note du secrétariat général du ministère de l'Éducation nationale et de la Nouvelle citoyenneté, signée par le secrétaire général a.i. Alexis Yoka La Pulinangu et adressée aux directeurs provinciaux, pose que « rien ne justifie l'exclusion » d'une élève enceinte tant qu'elle n'a pas exprimé le souhait de quitter l'école [8]. Les établissements ne peuvent lui imposer aucune condition administrative ou académique discriminatoire et doivent prendre des mesures pour l'aider à poursuivre sa scolarité [8].
Le ministère justifie la mesure par le poids des grossesses précoces dans l'abandon scolaire des filles [8]. Le blog du Rapport mondial de suivi sur l'éducation de l'UNESCO rappelait en septembre 2025 que, jusque-là, des filles étaient encore renvoyées dès les premiers signes de grossesse, malgré la Constitution et la Convention relative aux droits de l'enfant [10]. Il précisait que la RDC compte 9 filles scolarisées pour 10 garçons et que près d'une fille sur dix y est mariée avant 15 ans [10].
L'opposition est venue de l'Église catholique, qui gère environ un quart des établissements scolaires du pays selon le même blog [10]. Dans sa lettre du 15 juillet 2025, l'abbé Emmanuel Bashiki, coordonnateur national des écoles conventionnées catholiques, invoquait l'article 17 de l'accord-cadre entre l'Église catholique et l'État, qui reconnaît aux écoles catholiques le droit de dispenser une éducation fondée sur la morale chrétienne [9]. Le secrétaire général de la Conférence épiscopale, l'abbé Donatien Nshole, s'est opposé à la mesure au nom de la discipline scolaire et des mœurs [10].
D'autres acteurs ont soutenu le gouvernement. L'Association nationale des parents d'élèves et étudiants du Congo (Anapeco), dirigée par Steve Diatezwa, a rappelé que « les filles ne tombent pas enceintes toutes seules » [9]. Le 1er août 2025, le coordonnateur résident par intérim des Nations unies en RDC, John Agbor, a félicité le gouvernement et rappelé que ces grossesses sont souvent liées au manque d'information et aux violences sexuelles [11]. En novembre 2025, l'Association pour le développement de la femme et de l'enfant a lancé au Kasaï Central une mission pour évaluer l'application de la circulaire dans les écoles [12]. Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, avait évoqué la mesure lors de son point de presse du 17 juillet 2025 [11]. Aucune source consultée n'indique, au 8 novembre 2026, un accord entre l'État et le réseau catholique.
Niger, Togo, Burkina Faso : les autres textes
Le Niger et le Togo ont abrogé leurs interdictions entre 2019 et 2022, tandis que le Burkina Faso dispose d'une loi ancienne mais peu détaillée. Au Niger, une décision de 1978 qui excluait les élèves enceintes a été abrogée en février 2019 ; HRW a précisé par un rectificatif qu'il s'agissait d'une décision et non d'une loi [2]. L'arrêté conjoint n° 334 du 22 août 2019 prévoit, à son article 8, le retour de l'élève à l'école dans les 40 jours suivant l'accouchement, sauf circonstances exceptionnelles [2].
Le Togo a abrogé en mars 2022 une circulaire de 1978 qui interdisait l'école aux élèves enceintes et aux jeunes mères [2]. HRW l'avait classé en 2018 parmi les quatre pays africains aux mesures les plus discriminatoires, aux côtés de la Guinée équatoriale, de la Sierra Leone et de la Tanzanie [2].
Le Burkina Faso a une loi de 1974 contre l'expulsion des élèves enceintes ou mères, complétée en 2021 par un guide ministériel, mais HRW relevait en 2022 que ce cadre ne précisait pas les modalités de réinscription [2]. Filles pas épouses note que les grossesses non désirées y restent une cause majeure d'abandon scolaire, même si la loi permet aux élèves de poursuivre leurs études [14]. En Centrafrique, l'article 72 du Code de protection de l'enfance de 2020 garantit le retour à l'école [2].
Combien d'élèves sont concernées ?
Seule la Côte d'Ivoire publie chaque année un chiffre national, de l'ordre de 4 000 à 7 000 grossesses par an depuis 2022 [4][5]. Entre ces deux années, la série du ministère donne pour 2023-2024 un taux de 0,36 % des 1 505 190 filles inscrites, soit environ 4 grossesses pour 1 000 élèves [4]. Les partenaires du ministère, dont l'UNFPA, l'UNESCO, le Canada et les États-Unis, ont salué la baisse lors de la présentation de juillet 2025 [4]. Ailleurs, les données disponibles proviennent d'études ponctuelles ou d'enquêtes démographiques. Au Sénégal, l'étude de 2015 citée plus haut portait sur 602 cas en 2011-2012 et 741 en 2012-2013 dans les régions étudiées [7]. HRW rappelait en 2020 que 8 % des Sénégalaises de 15 à 19 ans avaient déjà accouché [6].
Les fermetures d'écoles ont fait grimper les chiffres dans plusieurs pays. Filles pas épouses rappelle qu'en Sierra Leone, pendant l'épidémie d'Ebola, la fermeture des établissements a contribué à doubler les grossesses adolescentes, pour atteindre environ 14 000 cas selon l'UNICEF [14]. Pendant la pandémie de Covid-19, l'UNICEF a estimé que les fermetures d'écoles augmentaient de 25 % par an le risque de mariage des filles [14].
Les écarts de fécondité adolescente restent considérables d'un pays à l'autre. HRW citait en 2022, d'après l'UNFPA, un taux de 111 naissances pour 1 000 adolescentes de 15 à 19 ans au Congo-Brazzaville, contre 7 pour 1 000 en Tunisie sur la période 2004-2020, un chiffre que l'ONG jugeait probablement sous-estimé [2].
Pourquoi la grossesse hors mariage pèse-t-elle autant sur la scolarité ?
Parce qu'en dehors du mariage, elle est souvent vécue comme une faute qui retombe sur l'élève et sa famille, ce qui pousse à l'abandon même quand la loi protège la scolarité. HRW relevait dès 2018 des tests de grossesse imposés, des humiliations publiques et des expulsions, et constatait que certaines élèves quittaient l'école par peur de cette honte, ou recouraient à des avortements dangereux [1].
Une note d'orientation de chercheurs de l'université Félix-Houphouët-Boigny d'Abidjan, diffusée par l'ONG Ipas en 2026, décrit les violences subies par les élèves enceintes et les jeunes mères en Côte d'Ivoire : insultes répétées, rumeurs de prostitution, regards et moqueries en classe [13]. Une élève interrogée y rapporte que son professeur d'anglais l'a dessinée au tableau parce qu'elle était enceinte, sous les rires de ses camarades [13]. Les auteurs recommandent d'inscrire ces violences dans les politiques et documents scolaires, de créer des procédures de signalement et d'enquête, et d'offrir un accompagnement psychosocial confidentiel [13].
Le même document rappelle que la scolarisation des filles a fortement progressé dans le pays : selon des chiffres de l'UNFPA qu'il cite, le taux de scolarisation des filles serait passé de 21 % en 2005 à 48 % en 2021, sans que le niveau d'enseignement concerné soit précisé [13]. La sanction sociale pèse surtout sur les filles. Le blog de l'UNESCO remarque, à propos de la RDC, que la stigmatisation vise les élèves enceintes, tandis que les pères sont rarement évoqués [10]. Le Cameroun a choisi en 2022 d'appliquer les mêmes mesures à l'élève à l'origine de la grossesse, et de sanctionner les enseignants responsables [3].
Le mariage apparaît alors comme une issue. Filles pas épouses rappelle que, pour beaucoup de parents d'Afrique de l'Ouest, la stigmatisation d'une grossesse hors mariage paraît plus lourde que les risques d'un mariage précoce, et qu'une fille mariée a très peu de chances de retourner en classe [14]. Plus au nord, HRW citait en 2022 l'Algérie, l'Égypte, la Libye, la Mauritanie et le Maroc parmi les pays dont les lois sur l'adultère, l'indécence ou les relations hors mariage menacent les adolescentes, en précisant que l'Algérie et l'Égypte ne punissent pas en tant que telles les relations consenties entre personnes non mariées [2]. L'ONG signalait dès 2018 que certains pays d'Afrique du Nord sanctionnent lourdement les filles et les femmes dénoncées pour des relations hors mariage [1]. En Mauritanie, l'article 307 du Code pénal prévoit cent coups de fouet et un an de prison pour une personne non mariée, tandis qu'une amende pénale vise quiconque empêche une fille de moins de 18 ans de poursuivre sa scolarité en raison d'une grossesse [2].
Que demandent les organisations internationales ?
Elles demandent que les élèves enceintes puissent rester en classe sans conditions humiliantes, et critiquent les réadmissions assorties de longs congés obligatoires. Elin Martínez, chercheuse à Human Rights Watch, estimait en 2018 qu'exclure les filles enceintes ne mettrait pas fin aux grossesses adolescentes [1]. L'ONG a salué les mesures prises au Gabon et en Zambie, comme la gratuité du primaire et du secondaire, du temps prévu pour l'allaitement, le choix entre cours du matin et du soir et des crèches près des écoles [1].
Les instances régionales ont pris position dans le même sens. Human Rights Watch rapportait en 2018 que le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme avait qualifié de « choquante » la politique tanzanienne d'exclusion, et que le Comité africain d'experts sur les droits et le bien-être de l'enfant s'en était inquiété [1]. En 2024, ce comité a renouvelé son appel à lever l'interdiction tanzanienne et à cesser les tests de grossesse obligatoires [10].
Les recommandations portent aussi sur l'éducation sexuelle. HRW demandait en 2020 au Sénégal une éducation sexuelle complète, obligatoire et adaptée à l'âge, ainsi qu'un meilleur accès des adolescents des zones rurales aux services de santé reproductive [6]. La figure de la mère célibataire au Sénégal est par ailleurs traitée au cinéma par Ousmane Sembène dans « Faat Kiné ».
Questions fréquentes
Une élève enceinte peut-elle être renvoyée de l'école au Cameroun ?
Non, plus depuis la circulaire n° 02/22/C/MINESEC/CAB du 22 avril 2022. L'élève peut suivre les cours jusqu'à la 26e semaine de grossesse, puis demander un congé de maternité et revenir après l'accouchement. Cette circulaire a abrogé celle du 19 janvier 1980, qui imposait une suspension immédiate.
Combien de grossesses en milieu scolaire en Côte d'Ivoire ?
Le ministère de l'Éducation nationale a recensé 4 266 grossesses en 2024-2025, soit 0,28 % des filles inscrites, contre 6 681 en 2022-2023. Le Conseil national des droits de l'homme (CNDH) a cité pour la même année 4 481 cas, en hausse selon lui. Les deux séries n'ont pas été réconciliées publiquement.
Les écoles catholiques de RDC acceptent-elles les élèves enceintes ?
Non, pas officiellement. Le 15 juillet 2025, la coordination nationale des écoles conventionnées catholiques a écrit que la circulaire du ministère ne s'appliquait pas à son réseau et qu'il fallait réorienter les élèves enceintes. Aucun accord avec l'État n'a été trouvé dans les sources consultées au 8 novembre 2026.
Quels pays africains excluaient encore les élèves enceintes ?
En 2018, Human Rights Watch citait la Guinée équatoriale, la Sierra Leone, la Tanzanie et le Togo. En août 2022, seule la Guinée équatoriale maintenait une mesure discriminatoire selon l'ONG. Le Togo a abrogé sa circulaire de 1978 en mars 2022.
Une jeune mère peut-elle reprendre l'école au Sénégal ?
Oui, depuis la circulaire du 1er octobre 2007, à condition de présenter un certificat médical attestant qu'elle peut reprendre. Dans les faits, une étude de 2015 indiquait que seules 15,2 % des élèves enceintes avaient repris leurs études, et que 54,4 % avaient abandonné.
Le garçon responsable de la grossesse est-il aussi concerné ?
Oui au Cameroun, où la circulaire de 2022 applique les mêmes mesures à l'élève à l'origine de la grossesse. Elle prévoit aussi des sanctions disciplinaires contre l'enseignant ou le membre du personnel responsable. Dans la plupart des autres pays, les textes ne visent que l'élève enceinte.
Pourquoi les élèves enceintes abandonnent-elles l'école malgré la loi ?
Surtout à cause de la stigmatisation, des conditions de retour et du mariage. Les études citent les moqueries et rumeurs en classe, les délais de réintégration souvent dépassés et la pression des familles pour marier l'élève. Une fille mariée a ensuite très peu de chances de retourner à l'école.
Que dit Human Rights Watch sur les élèves enceintes en Afrique ?
Human Rights Watch demande que toutes les élèves enceintes et jeunes mères puissent rester à l'école sans conditions punitives. En août 2022, l'ONG comptait 38 pays africains sur 54 dotés de textes protecteurs, et au moins 10 sans aucune politique. Elle critique les longs congés obligatoires et les tests de grossesse forcés.
Sources
- hrw.org — https://www.hrw.org/fr/news/2018/06/14/afrique-des-filles-enceintes-et-des-jeunes-meres-sont-exclues-de-lecole
- hrw.org — https://www.hrw.org/fr/news/2022/08/30/afrique-de-nombreuses-jeunes-meres-sont-confrontees-des-obstacles-leducation
- fr.journalducameroun.com — https://fr.journalducameroun.com/cameroun-education-les-grossesses-desormais-autorisees-a-lecole/
- koaci.com — https://www.koaci.com/article/2025/07/06/cote-divoire/societe/cote-divoire-les-grossesses-en-milieu-scolaire-en-chute-libre-une-baisse-de-365-saluee-par-tous_188351.html
- burkina24.com — https://burkina24.com/?p=409080
- hrw.org — https://www.hrw.org/sites/default/files/supporting_resources/submission_cedaw_senegal_final.pdf
- seneplus.com — https://seneplus.com/article/1971-cas-de-grossesses-precoces-recenses-entre-2011-et-2014
- actualite.cd — https://actualite.cd/2025/07/15/rdc-le-gouvernement-interdit-lexclusion-des-eleves-enceintes-des-etablissements
- afrik.com — https://www.afrik.com/rdc-maintien-des-filles-enceintes-a-l-ecole-bras-de-fer-entre-l-etat-et-les-ecoles-catholiques
- world-education-blog.org — https://world-education-blog.org/2025/09/09/the-democratic-republic-of-the-congo-has-announced-a-new-policy-on-pregnant-girls-in-school-will-it-work/
- actualite.cd — https://actualite.cd/2025/08/01/maintien-des-eleves-enceintes-lecole-en-rdc-lonu-felicite-le-gouvernement-et-considere
- acp.cd — https://acp.cd/genre/maintien-des-filles-enceintes-a-lecole-lancement-dune-enquete-pour-evaluer-son-execution/
- ipas.org — https://www.ipas.org/wp-content/uploads/2026/04/Ipas-Francophone-Africa-Policy-Brief-1_UFHB.pdf
- girlsnotbrides.es — https://www.girlsnotbrides.es/documents/1848/LE_MARIAGE_DES_ENFANTS_ET_L%C3%89DUCATION_EN_AFRIQUE_DE_LOUEST_ET_DU_CENTRE_FRA.pdf
- girlsnotbrides.org — https://www.girlsnotbrides.org/fr/apprentissage-ressources/atlas-du-mariage-des-enfants/r%C3%A9gions-et-pays/senegal/
Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux.


