Culture

« Aya de Yopougon » : grossesse hors mariage et mœurs d'Abidjan en BD

Par la rédaction de fornication.infoVérifié le Lecture : 9 min7 sources
Illustration : un médaillon avec une couronne de laurier, devant la basilique Notre-Dame de la Paix de Yamoussoukro, entouré de passants d'aujourd'hui
L'essentiel

De quoi parle la bande dessinée « Aya de Yopougon » ?

Aya de Yopougon, bande dessinée de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie, suit trois amies d'un quartier populaire d'Abidjan à la fin des années 1970. Adjoua tombe enceinte hors mariage et attribue l'enfant au fils d'une famille riche, ce qui déclenche un mariage arrangé, puis annulé. Le premier tome a reçu en 2006 le prix du premier album à Angoulême.

Sommaire
  1. Qui sont les auteurs d'Aya de Yopougon ?
  2. Que raconte la série ?
  3. Comment la BD traite-t-elle la grossesse hors mariage ?
  4. Quelle image donne-t-elle des relations et de la famille ?
  5. Pourquoi l'Abidjan de la fin des années 1970 ?
  6. Comment la série a-t-elle été reçue et adaptée ?
  7. Questions fréquentes
  8. Sources

Qui sont les auteurs d'Aya de Yopougon ?

Aya de Yopougon est écrite par Marguerite Abouet et dessinée par Clément Oubrerie [1][2]. Marguerite Abouet est née en 1971 à Abidjan et est arrivée en France à l'âge de douze ans ; elle vit aujourd'hui en banlieue parisienne [5]. Aya est sa première œuvre, et elle a depuis écrit les aventures d'Akissi, la « petite sœur » d'Aya [4][5].

Clément Oubrerie réalise les illustrations de la série ; la recension d'Alessandra Grossi, parue en novembre 2011 dans la revue en ligne de l'université de Milan, précise qu'il les dessine au crayon [4].

La série paraît chez Gallimard Jeunesse, dans la collection Bayou créée par le dessinateur Joann Sfar [1][6]. Le premier tome sort en novembre 2005 [2][6]. Marguerite Abouet a expliqué au magazine américain Publishers Weekly qu'elle voulait montrer l'autre face du continent, sa vie quotidienne, loin des images de guerre, de famine et de sida que les médias en donnaient [3]. Elle disait aussi vouloir montrer que les femmes africaines ont les mêmes rêves que toutes les autres femmes [3].

Le critique Bernard Magnier, dans une notice de la série « 1990-2015 : 25 ans, 25 textes » diffusée par l'Organisation internationale de la Francophonie, résume la série comme le récit plein d'humour du quotidien d'une jeune Abidjanaise : ses conflits avec ses parents, ses projets d'avenir, les intérêts et les stratégies de son entourage [5]. C'est ce mélange de chronique familiale et de comédie de mœurs qui donne à la grossesse d'Adjoua sa place centrale dans le premier tome.

Aya de Yopougon : les personnages et leurs intrigues amoureuses

PersonnageQui est-ce ?Intrigue
Aya19 ans, veut devenir médecinconseille ses amies, garde souvent Bobby pour qu'Adjoua puisse vendre au marché
Adjouaamie d'Ayaenceinte hors mariage, désigne Moussa comme père ; mariage imposé puis annulé ; mère de Bobby
Bintouamie d'Ayarelation avec Moussa, puis ouvre une affaire de conseils amoureux, « Docteur Love »
Moussa Sissokofils de Bonaventure Sissokoépouse Adjoua sous la pression de son père ; mariage annulé ; s'enfuit plus tard avec l'argent paternel
Mamadouséducteur, travaille dans un garagevéritable père de Bobby ; reconnaît sa responsabilité et verse une pension
Bonaventure Sissokopatron de la Solibraimpose le mariage d'Adjoua et de Moussa pour éviter le scandale
Hyacinthepère d'Adjoua, journaliste à Calamité Matinidentifie Mamadou comme le père en comparant des photographies
Ignacepère d'Aya, cadre à la Solibraentretient d'autres foyers, dont une maîtresse cachée, Jeanne

Que raconte la série ?

La série raconte la vie de Yopougon, quartier populaire d'Abidjan, à la fin des années 1970, à travers une jeune fille, Aya, et son entourage [1][2]. Les habitants ont rebaptisé leur quartier Yop City, pour faire comme dans les films américains [1].

Aya a dix-neuf ans et veut devenir médecin ; son entourage la qualifie souvent de « donneuse de leçons » [1]. Son père, Ignace, directeur commercial de la Solibra, une brasserie locale, ne prend pas son projet au sérieux [1][3]. Ses deux amies, Adjoua et Bintou, sont surtout occupées par les sorties et les garçons [4].

Les personnages se croisent autour d'Aya, qui aide amis et voisins à régler leurs problèmes [2]. On y trouve Moussa Sissoko, fils paresseux d'un riche patron, Bonaventure Sissoko, qui dirige la Solibra ; Hyacinthe, le père d'Adjoua, journaliste au journal à scandale Calamité Matin ; ou encore Mamadou, un séducteur qui travaille dans un garage [1][2].

La série compte huit tomes selon Wikipédia. Les six premiers paraissent chaque année de 2005 à 2010, le sixième étant alors annoncé comme le dernier [6] ; après une longue pause, le tome 7 sort le 14 septembre 2022 et le tome 8 le 15 novembre 2023, d'après les deux versions de l'encyclopédie [1][2]. Les albums ne portent pas de titre, seulement un numéro [2].

Comment la BD traite-t-elle la grossesse hors mariage ?

La bande dessinée traite la grossesse hors mariage comme une affaire de famille et d'honneur, réglée par la négociation plutôt que par la condamnation [1][2]. Le ton reste léger, mais les enjeux sont réels : avenir de la jeune fille, réputation des familles, sort de l'enfant.

Adjoua tombe enceinte sans l'avoir voulu. Elle songe d'abord à interrompre sa grossesse, mais n'en a pas les moyens, et déclare alors que le père est Moussa, le fils du riche Bonaventure Sissoko [1]. Pour éviter le scandale, Bonaventure impose le mariage des deux jeunes gens [1].

La vérité finit par apparaître. Hyacinthe compare des photographies et reconnaît dans l'enfant les traits de Mamadou, le véritable père [1]. Le mariage avec Moussa est annulé quand la famille apprend que l'enfant n'est pas de lui [1][2]. Bobby naît à la fin du premier tome [1].

Le rôle des pères est révélateur. C'est Bonaventure Sissoko, patron de la Solibra soucieux de la réputation de sa famille, qui exige le mariage, et c'est Hyacinthe, journaliste d'un journal à scandale, qui démasque le mensonge [1]. L'avenir de la jeune mère se règle ainsi entre deux chefs de famille, avant que le véritable père ne soit appelé à assumer son rôle.

La suite montre comment l'entourage s'organise. Mamadou accepte sa responsabilité et finit par verser une pension, et Aya garde souvent Bobby pour qu'Adjoua puisse vendre au marché [1][2]. La communauté se mobilise autour de la jeune mère, ce qui fait de la grossesse un événement collectif plus qu'une faute individuelle [2].

Dans la série, l'enfant né hors mariage est d'abord une question de filiation et d'arrangements entre familles. Le droit ivoirien a depuis évolué sur ce point, avec une loi de 2019 qui concerne les enfants nés hors mariage (voir les enfants nés hors mariage en Côte d'Ivoire).

Quelle image donne-t-elle des relations et de la famille ?

La série montre des relations amoureuses et familiales pleines d'arrangements, de secrets et d'infidélités, sans les juger frontalement [1][2]. Selon Alessandra Grossi, elle dépeint des jeunes femmes qui rêvent d'une vie aisée, souvent par un mariage réussi [4].

L'infidélité touche aussi la génération des parents. Ignace, le père d'Aya, entretient d'autres foyers ; la version anglaise de Wikipédia parle d'une maîtresse cachée, Jeanne [1][2]. Publishers Weekly note que son nouvel emploi met son mariage à l'épreuve [3]. Ce type de liaison durable porte en Afrique francophone un nom familier, le « deuxième bureau ».

Les autres personnages déclinent d'autres rapports à l'amour. Mamadou est un coureur de jupons qui finit par assumer son fils [2]. Bintou, après une relation avec Moussa, ouvre une affaire de conseils amoureux, « Docteur Love » [1]. Moussa, en conflit avec un père autoritaire, s'enfuit avec l'argent paternel, finance des projets caritatifs et finit en prison [1][2].

La famille d'Aya illustre enfin la diversité ivoirienne. Selon Alessandra Grossi, Aya et sa sœur Akissi portent des prénoms baoulé, sa mère Fanta et son frère des prénoms musulmans, et son père Ignace un prénom chrétien, ce qui suggère une cohabitation paisible entre groupes et religions [4]. Les thèmes sont universels, amitié, amour, jalousie, maternité, projets d'avenir, au point que le décor pourrait être celui d'une banlieue d'Europe ou d'Amérique [4].

Pourquoi l'Abidjan de la fin des années 1970 ?

Le décor de la fin des années 1970 renvoie à une Côte d'Ivoire prospère, d'avant les crises politiques, qui est aussi celle de l'enfance de l'autrice [4][5]. Née en 1971 à Abidjan, Marguerite Abouet y a vécu jusqu'à douze ans [5].

Le pays est alors dirigé par Félix Houphouët-Boigny, président de l'indépendance du 7 août 1960 jusqu'en 1993 [2]. Cette période est celle du « miracle ivoirien », une croissance qui a fait naître une classe moyenne et augmenté la scolarisation [2]. Les personnages d'Aya appartiennent à ce monde : employés de la Solibra, petits commerçants, lycéens qui visent l'université.

Yopougon est un quartier populaire de la périphérie d'Abidjan, né de l'exode rural [4]. La version anglaise de Wikipédia situe l'action à Yopougon-Koute [2]. La langue des dialogues emprunte au nouchi, l'argot ivoirien issu du français, dont l'humour et les images allègent même les sujets graves (voir le vocabulaire de la séduction en nouchi) [4].

Le premier album se termine par un glossaire qui explique ce nouchi et propose des recettes traditionnelles, des façons de transformer un morceau de tissu en vêtement et des coiffures tressées [4]. Ce glossaire fait de la bande dessinée une porte d'entrée vers la culture populaire abidjanaise.

Comment la série a-t-elle été reçue et adaptée ?

La série a été primée dès son premier tome, puis traduite et adaptée au cinéma [1][2]. Le premier album a obtenu en 2006 le prix du premier album du Festival international de la bande dessinée d'Angoulême, distinction que rappelle aussi le magazine professionnel Livres Hebdo [1][3][5][6]. Avant la parution du sixième tome, l'éditeur revendiquait 350 000 exemplaires vendus pour l'ensemble de la série, selon le même magazine [6].

Selon la Wikipédia anglaise, elle a été traduite en quinze langues [2]. Aux États-Unis, l'éditeur Drawn & Quarterly l'a publiée avec un tirage initial de 10 000 exemplaires [3]. La traduction italienne a paru en 2009 chez Rizzoli-Lizard [4]. La même source signale une nomination aux Quill Awards [2].

En Afrique, Wikipédia relève un bon accueil, favorisé en Côte d'Ivoire par des éditions locales moins chères [2]. Les critiques ont salué une Afrique chaleureuse et plutôt moderne, et la série compte parmi les rares bandes dessinées africaines à avoir connu un succès mondial [2]. Alessandra Grossi y voit un continent présenté comme un partenaire avec qui dialoguer sur des thèmes communs, et non comme une victime sans issue [4].

Les deux premiers tomes ont été adaptés en un film d'animation, Aya de Yopougon, coréalisé et coécrit par les deux auteurs et sorti en France le 17 juillet 2013 [2][5][7]. Il a été produit par Autochenille Production, le studio de l'adaptation du Chat du rabbin de Joann Sfar, en coproduction avec TF1 Droits audiovisuels, et distribué par UGC Distribution [1][7]. Wikipédia mentionne aussi une adaptation théâtrale montée au Mans [1]. La série a repris après une longue pause : le tome 7 paraît en 2022, douze ans après le sixième, et le tome 8 en 2023 [2].

Questions fréquentes

Aya de Yopougon est-elle tirée d'une histoire vraie ?

Non, c'est une fiction, mais elle puise dans l'Abidjan de l'enfance de Marguerite Abouet. Née en 1971 à Abidjan, l'autrice y a vécu jusqu'à douze ans [5]. La critique voit dans le décor de la fin des années 1970 le souvenir de cette enfance [4].

Combien de tomes compte Aya de Yopougon ?

Aya de Yopougon compte huit tomes. Les six premiers sont parus de 2005 à 2010 chez Gallimard, le septième en septembre 2022 et le huitième en novembre 2023 [2].

Existe-t-il un film Aya de Yopougon ?

Oui. Un film d'animation adapté des deux premiers tomes, coréalisé par Marguerite Abouet et Clément Oubrerie, est sorti en France le 17 juillet 2013 [7]. Il a été produit par Autochenille Production et distribué par UGC Distribution [7].

Qui est le père de Bobby dans Aya de Yopougon ?

Le père de Bobby est Mamadou, un séducteur qui travaille dans un garage [1]. Adjoua avait d'abord désigné Moussa Sissoko, fils d'un riche patron, avant que son père, Hyacinthe, ne découvre la vérité en comparant des photographies [1].

Pourquoi Adjoua épouse-t-elle Moussa ?

Adjoua épouse Moussa parce qu'elle l'a désigné comme le père de son enfant et que le père de Moussa, Bonaventure Sissoko, impose le mariage pour éviter le scandale [1]. Le mariage est annulé quand la famille découvre que l'enfant n'est pas de lui [1][2].

Que signifie Yop City ?

Yop City est le surnom donné par ses habitants au quartier de Yopougon, à Abidjan [1]. Selon Wikipédia, ils l'ont rebaptisé ainsi pour faire comme dans les films américains [1].

Quel prix a reçu Aya de Yopougon ?

Le premier tome d'Aya de Yopougon a reçu le prix du premier album au Festival international de la bande dessinée d'Angoulême, en 2006 [3][6]. La série a aussi été nommée aux Quill Awards aux États-Unis [2].

Sources

  1. fr.wikipedia.org — https://fr.wikipedia.org/wiki/Aya_de_Yopougon
  2. en.wikipedia.org — https://en.wikipedia.org/wiki/Aya_of_Yop_City
  3. publishersweekly.com — https://www.publishersweekly.com/pw/by-topic/booknews/comics/article/14973-aya-comes-to-america.html
  4. riviste.unimi.it — https://riviste.unimi.it/index.php/AMonline/article/download/1610/1809/5996
  5. bop.fipf.org — https://bop.fipf.org/wp-content/images/stories/anthologiemagnier/marguerite_abouet.pdf
  6. livreshebdo.fr — https://www.livreshebdo.fr/article/denouement-final-pour-aya-de-yopougon
  7. unifrance.org — https://www.unifrance.org/film/30581/aya-de-yopougon

Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux.

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