Mariage des enfants en Afrique francophone : l'âge légal et la réalité, pays par pays

Pourquoi le mariage des enfants reste-t-il si fréquent en Afrique francophone malgré les lois ?
En Afrique francophone, la loi fixe de plus en plus souvent l'âge du mariage à 18 ans, mais la pratique suit mal : selon l'UNICEF, 76 % des jeunes femmes du Niger, 67 % au Tchad, 54 % au Mali et 52 % au Burkina Faso ont été mariées avant 18 ans. Unions coutumières non enregistrées et crainte d'une grossesse hors mariage expliquent une large part de l'écart.
Sommaire
- Combien de filles sont mariées avant 18 ans ?
- Pourquoi la loi pèse-t-elle si peu face à la pratique ?
- Quel rôle joue la peur d'une sexualité hors mariage ?
- Comment les unions coutumières et religieuses échappent-elles à l'état civil ?
- Quelles réformes ont relevé l'âge du mariage ?
- Pourquoi les codes de la famille butent-ils sur des résistances ?
- Quel lien entre l'école, la grossesse et le mariage ?
- Quelles campagnes, et pour quels résultats ?
- Questions fréquentes
- Sources
Le 11 mai 2018, à Arusha, la Cour africaine des droits de l'homme et des peuples a donné tort au Mali. Saisie par deux associations, elle a jugé à l'unanimité que l'âge de 16 ans prévu pour les filles par le Code des personnes et de la famille violait le Protocole de Maputo et la Charte africaine des droits et du bien-être de l'enfant [7]. Pour se défendre, l'État malien avait invoqué une forme de « force majeure » : la colère des organisations islamiques qui, en 2009, avaient bloqué la promulgation d'un premier code plus favorable aux femmes [7]. Huit ans plus tard, l'article 281 n'a pas été modifié selon les sources consultées, et plus d'une Malienne sur deux entre dans une union avant sa majorité [11].
Cette affaire résume le problème régional. Les textes avancent, parfois vite, pendant que les familles continuent de décider selon la coutume et selon la crainte de voir une fille avoir des relations ou un enfant hors mariage. L'âge minimum fixé par chaque code est détaillé dans notre tableau de l'âge légal du mariage par pays ; cet article s'intéresse à ce qui se passe en dehors des textes.
Combien de filles sont mariées avant 18 ans ?
Dans le Sahel francophone, entre une jeune femme sur deux et trois sur quatre ont été mariées avant 18 ans. Selon un rapport conjoint de l'UNICEF et de l'UNFPA publié en septembre 2018, le Niger détient le taux le plus élevé au monde avec 76 %, devant la Centrafrique (68 %) et le Tchad (67 %) ; six pays d'Afrique de l'Ouest et du Centre dépassent alors la barre des 50 % [2]. La coalition Filles pas épouses, s'appuyant sur les données de l'UNICEF (2018 et 2020), ajoute le Mali (54 %) et le Burkina Faso (52 %), avec des pointes à 100 % dans la province burkinabè du Ziro [3].
Ces pourcentages portent sur les femmes de 20 à 24 ans, la tranche de référence retenue par l'UNICEF pour mesurer le phénomène. Ils décrivent donc des mariages conclus plusieurs années avant l'enquête. Au Niger, la dernière mesure fiable remonte à l'Enquête démographique et de santé de 2012 (76,3 % avant 18 ans, 28 % avant 15 ans), car l'enquête de 2017 a été annulée pour des problèmes de qualité des données [4].
En nombre de personnes, la carte change. Le même rapport de 2018 recensait dans la région 59 millions de filles et de femmes mariées pendant l'enfance, dont 8,9 millions en RDC, 4,1 millions au Niger, 2,8 millions au Mali, 2,6 millions au Burkina Faso et au Tchad, 2,4 millions au Cameroun, 2,1 millions en Côte d'Ivoire, 1,9 million en Guinée et 1,6 million au Sénégal [2]. La RDC, peu présente dans les classements en pourcentage, arrive ainsi en tête des pays francophones en valeur absolue.
Le Sénégal se situe nettement plus bas. L'Enquête démographique et de santé continue de 2023 compte 30 % de jeunes femmes mariées avant 18 ans et 9 % avant 15 ans, contre 1 % des garçons [5]. Les moyennes nationales cachent cependant de fortes disparités : une étude de Save the Children de 2017 relevait 72 % à Kédougou, 68 % à Kolda, 59 % à Kaffrine et 57 % à Tambacounda, dans le sud-est du pays [5].
À l'échelle mondiale, l'UNICEF estimait en mai 2023 qu'environ 640 millions de filles et de femmes vivantes avaient été mariées enfants, et que quelque 12 millions de filles l'étaient encore chaque année [1]. L'Afrique subsaharienne en concentre 20 % et, au rythme observé, il lui faudrait plus de 200 ans pour mettre fin à la pratique [1].
Mariage des filles avant 18 ans et âge légal dans sept pays d'Afrique francophone (novembre 2026)
| Pays | Jeunes femmes mariées avant 18 ans | Source du chiffre | Âge légal des filles |
|---|---|---|---|
| Niger | 76 % | UNICEF-UNFPA 2018 (EDS 2012 : 76,3 %) | 15 ans avec accord des parents (Code civil, art. 144) |
| Centrafrique | 68 % | UNICEF-UNFPA 2018 | Non vérifié dans un texte officiel |
| Tchad | 67 % | UNICEF-UNFPA 2018 | 18 ans (loi n° 029/PR/2015) |
| Mali | 54 % (53 % des femmes de 25 à 49 ans, EDS 2018) | UNICEF 2020 via Filles pas épouses ; EDSM-VI | 16 ans, dispense dès 15 ans (art. 281) |
| Burkina Faso | 52 % | UNICEF 2020 via Filles pas épouses | 18 ans, dérogation à 16 ans (code de 2025) |
| Sénégal | 30 % | EDS continue 2023 | Plus de 16 ans (Code de la famille, art. 111) |
| Côte d'Ivoire | Non repris ici | 18 ans, sans dispense (loi n° 2019-570, art. 2) |
Pourquoi la loi pèse-t-elle si peu face à la pratique ?
Parce que l'âge légal ne s'applique qu'aux mariages célébrés devant l'officier de l'état civil, alors qu'une grande partie des unions se nouent ailleurs. Au Niger, l'OCDE relevait en 2019 que beaucoup de familles ignorent l'âge légal ou le jugent sans objet pour une union coutumière ou islamique [10]. Le Code civil nigérien fixe pourtant en principe 21 ans pour les deux sexes, mais l'article 144 permet aux filles de se marier à 15 ans avec l'accord de leurs parents [10].
La pauvreté et la vie rurale aggravent l'écart. Selon l'UNICEF et l'UNFPA, le mariage des enfants est en Afrique de l'Ouest et du Centre plus de deux fois plus fréquent à la campagne qu'en ville, et trois fois plus fréquent dans le cinquième le plus pauvre de la population que dans le plus riche [2]. Le rapport y ajoute l'accès limité à l'école et à la santé reproductive, ainsi que des taux élevés de grossesse chez les adolescentes [2].
Les crises récentes jouent aussi. L'UNICEF note que les conflits, le changement climatique et la pandémie de Covid-19 ont exposé davantage de filles, certaines familles recourant au mariage pour faire face [14]. Au Niger, une analyse d'économie politique réalisée en 2020 par le cabinet Iris Group décrit le mariage comme un mécanisme de solidarité qui aide les familles à traverser une mauvaise récolte ou une maladie. Dans la région de Diffa, des participants à ses groupes de discussion le présentaient comme une protection contre les groupes armés, même si l'étude souligne l'absence de données fiables sur l'effet des crises [4].
Les auteurs de cette étude relativisent pourtant le facteur économique. Pour eux, la pauvreté reste secondaire au Niger : le moteur principal tient aux normes qui entourent la virginité et la réputation des familles [4].
Quel rôle joue la peur d'une sexualité hors mariage ?
Il est central dans la plupart des études de terrain : marier tôt une fille sert d'abord, aux yeux de nombreuses familles, à prévenir des relations sexuelles ou une grossesse avant le mariage. L'étude d'Iris Group sur le Niger l'écrit sans détour : la peur d'une sexualité et d'une grossesse prénuptiales motive davantage les mariages que les taux réels de grossesse adolescente, et l'union est vue comme une protection contre la honte liée à la perte de la virginité [4].
Une recherche qualitative de Plan International menée pendant deux ans au Mali, au Niger et au Sénégal, publiée en août 2017 sous le titre « Family honour and shattered dreams », aboutit au même constat. Le mariage précoce y apparaît enraciné dans l'idée que l'honneur d'une famille réside dans le corps et le comportement sexuel des filles et des femmes [12].
Filles pas épouses cite, dans une synthèse régionale, les travaux du laboratoire nigérien LASDEL, qui parle d'un « culte de la virginité » et d'une aversion collective pour la grossesse hors mariage [3]. Dans certaines régions du Niger, des familles marient leurs filles avant leurs premières règles, de peur que le sang menstruel soit confondu avec une perte de virginité, et les filles non mariées de plus de 15 ans y sont parfois désignées par un terme péjoratif, « santo », qui signifie littéralement « obsolète » [3]. Pour beaucoup de parents, la stigmatisation d'une naissance hors mariage paraît plus redoutable que les risques d'un mariage précoce [3].
Le Sénégal offre une version plus urbaine du même débat. L'atlas de Filles pas épouses y souligne qu'une grossesse hors mariage est perçue comme un déshonneur pour la famille et que la crainte de ces grossesses pousse de nombreux parents, surtout les pères, à marier leurs filles tôt [5]. Le 4 novembre 2025, un article de la journaliste Matel Bocoum publié par le quotidien Le Soleil résumait l'argument prêté aux chefs traditionnels et religieux : le mariage servirait de bouclier contre les « dérives » de la jeunesse [6]. Elle répondait que cette voie n'est pas moins risquée, en rappelant les complications de la grossesse et de l'accouchement, les problèmes néonatals et une mortalité infantile plus élevée [6].
Les enquêtes démographiques nuancent l'idée d'un mariage qui précède toujours la vie sexuelle. Au Mali, l'EDS de 2018 situe l'âge médian des premiers rapports sexuels des femmes de 25 à 49 ans à 16,5 ans, contre 17,8 ans pour l'âge médian à la première union [11]. Ces médianes ne disent rien des parcours individuels, mais elles montrent qu'une partie des jeunes femmes ont une vie sexuelle avant d'être mariées, ce que la logique de prévention cherche précisément à éviter.
Comment les unions coutumières et religieuses échappent-elles à l'état civil ?
Elles sont célébrées par une famille, un chef coutumier ou un ministre du culte, sans passage devant l'officier de l'état civil, qui est la seule autorité chargée de vérifier l'âge et le consentement. Au Niger, la loi impose l'enregistrement des mariages et punit d'amendes son absence (art. 192 et 193 du Code civil), tout en permettant d'inscrire les unions coutumières et islamiques ; en pratique, la plupart des mariages restent célébrés selon la coutume sans être enregistrés [10]. L'étude d'Iris Group précise que l'Association islamique du Niger tient elle-même un registre des mariages [4].
Au Mali, la Cour africaine a pointé en 2018 une faille du code lui-même. L'article 283 exige que le consentement soit exprimé oralement et en personne devant l'officier de l'état civil, mais rien d'équivalent n'est imposé au ministre du culte, que l'article 300 autorise pourtant à célébrer des mariages [7]. La Cour a vu dans ce déséquilibre une violation du droit des femmes à un consentement libre (art. 6 a du Protocole de Maputo) et une porte ouverte aux mariages forcés [7].
La Côte d'Ivoire a choisi une ligne inverse. La loi n° 2019-570 du 26 juin 2019 définit le mariage comme une union célébrée devant l'officier de l'état civil (art. 1) et précise que seul ce mariage produit des effets juridiques (art. 14) [9]. Une cérémonie religieuse ou coutumière avec une mineure n'a donc aucune valeur légale. La loi sur le mariage ne fixe elle-même aucune peine : pour un mariage civil célébré avant 18 ans, elle prévoit la nullité, que les époux, toute personne intéressée ou le ministère public peuvent demander (art. 26 et 27) [9]. Cette nullité est toutefois « couverte » lorsque les époux ont atteint l'âge requis (art. 29) [9].
L'UNICEF tient compte de ces situations dans ses statistiques. Sa définition du mariage d'enfants couvre les mariages formels et les unions informelles où un mineur vit avec un partenaire comme s'il était marié, et ses chiffres reposent sur les recensements et les enquêtes de ménages de type MICS et EDS [15]. La valeur juridique des mariages coutumiers selon les pays est détaillée dans notre panorama sur le mariage coutumier devant la loi.
Quelles réformes ont relevé l'âge du mariage ?
Plusieurs pays ont aligné l'âge des filles sur celui des garçons à 18 ans, la Côte d'Ivoire en 2019 et le Burkina Faso en 2025 étant les cas les plus récents. La loi ivoirienne de 2019 dispose à l'article 2 que ni l'homme ni la femme ne peuvent se marier avant 18 ans révolus, sans prévoir de dispense d'âge [9]. Le consentement personnel de chaque époux est exigé, et seuls l'homme et la femme consentent à leur mariage (art. 4 et 5), ce qui écarte en droit l'accord donné par la seule famille [9]. Le Tchad avait pris le même chemin quatre ans plus tôt : la loi n° 029/PR/2015 du 21 juillet 2015, qui ratifie une ordonnance du 14 mars, fixe l'âge du mariage à 18 ans et punit de cinq à dix ans de prison quiconque contraint un mineur à se marier [16]. Le pays reste pourtant le troisième de la région par la prévalence.
Au Burkina Faso, l'Assemblée législative de transition a adopté le 1er septembre 2025, à l'unanimité des 71 députés présents, un nouveau Code des personnes et de la famille de 1 113 articles [8]. L'âge du mariage y est fixé à 18 ans, avec une dérogation possible à 16 ans « pour des causes graves et sous le contrôle du juge » [8]. Le texte place aussi les mariages religieux et coutumiers sous l'autorité du code, en organisant leur transcription : sans elle, aucun des droits attachés au mariage civil ne leur est reconnu [8].
Le ministre de la Justice, Edasso Rodrigue Bayala, a présenté la réforme comme une adaptation du droit aux « us et coutumes » du pays [8]. La même loi contient d'autres mesures, dont des peines de deux à cinq ans de prison pour la « promotion des pratiques homosexuelles » [8]. L'effet de la transcription obligatoire sur les mariages d'enfants ne pourra être mesuré qu'avec les prochaines enquêtes.
Le Mali illustre l'inverse. L'arrêt du 11 mai 2018 ordonnait à l'État de modifier sa loi et de rendre compte des mesures prises dans un délai de deux ans [7]. Aucune modification de l'article 281, qui fixe 16 ans pour les filles avec une dispense possible dès 15 ans pour motifs graves, n'a été trouvée dans les sources consultées au 8 novembre 2026.
Pourquoi les codes de la famille butent-ils sur des résistances ?
Parce que l'âge du mariage touche au statut personnel, un domaine où les autorités religieuses et coutumières revendiquent une compétence propre. Au Niger, un projet de Code de la famille achevé en 1993 n'a jamais été adopté, et un projet de statut personnel rédigé en 2010, qui combinait droit islamique, coutumes et traités ratifiés, a été validé sans être voté, en raison de l'opposition de certains groupes [10]. Selon Iris Group, les tentatives de réforme du droit du mariage et du divorce de 1994 et de 2011 ont été dénoncées par des groupes islamiques comme « antimusulmans et antidémocratiques », et des militantes des droits des femmes ont reçu des menaces [4].
La même étude rapporte qu'une loi de 2012 sur l'éducation des filles devait obliger les directeurs d'école à signaler les mariages d'élèves. L'obligation a été affaiblie au cours de la procédure pour devenir un vague devoir d'alerter les autorités [4]. Le Niger a également ratifié en 1999 la CEDEF (avec des réserves) et la Charte africaine des droits et du bien-être de l'enfant, dont la loi nationale ne respecte pas les exigences sur l'âge [4].
Au Mali, la défense présentée devant la Cour africaine est explicite. L'État expliquait qu'un code adopté le 3 août 2009, conforme selon lui aux engagements internationaux, avait été bloqué par la protestation des organisations islamiques, et que le texte définitif, adopté le 2 décembre 2011 et promulgué le 30 décembre, avait été réaménagé pour préserver la paix sociale [7]. Il soutenait aussi qu'à 15 ans, les conditions biologiques et psychologiques du mariage étaient réunies, argument que la Cour n'a pas retenu [7].
Au Sénégal, le débat reste ouvert. Le Code de la famille de 1972 n'autorise le mariage qu'à partir de plus de 16 ans pour les filles et de plus de 18 ans pour les garçons, avec une dispense possible du président du tribunal régional (art. 111) [5]. Le Comité de l'ONU pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes a recommandé en 2022 de porter l'âge des filles à 18 ans [5]. En novembre 2025, Le Soleil constatait que ce relèvement restait « au stade des recommandations » des mouvements féministes [6].
Quel lien entre l'école, la grossesse et le mariage ?
Les deux phénomènes s'alimentent : une fille non scolarisée est plus exposée au mariage précoce, et une fille mariée ou enceinte retourne rarement en classe. Au Niger, 81 % des femmes sans instruction et 63 % de celles qui n'ont fréquenté que le primaire étaient mariées ou en union à 18 ans, contre 17 % de celles qui ont achevé le secondaire ou des études supérieures, selon des chiffres repris par Filles pas épouses [3]. La Banque mondiale estime que chaque année supplémentaire d'enseignement secondaire réduit en moyenne de 7 % le risque qu'une fille soit mariée avant 18 ans dans la région [3].
Plan International, cité dans la même synthèse, inverse le sens habituel de la causalité : la plupart des filles ne sont pas retirées de l'école pour être mariées, elles sont mariées parce qu'elles ne sont plus scolarisées [3]. Save the Children note que les parents laisseraient volontiers leurs filles en classe si l'école était abordable, sûre et proche, et à condition qu'elles ne tombent pas enceintes [3].
La grossesse d'une élève est donc un moment de bascule. Au Burkina Faso, les grossesses non désirées restent une cause majeure d'abandon scolaire, même si les élèves enceintes peuvent légalement poursuivre leurs études [3]. Dans le cas d'une grossesse hors mariage, le mariage rapide est souvent présenté aux familles comme la seule issue honorable. Les règles d'exclusion ou de maintien des élèves enceintes, très différentes d'un pays à l'autre, sont analysées dans notre article sur les élèves enceintes à l'école.
Quelles campagnes, et pour quels résultats ?
Les campagnes se sont multipliées depuis 2014, mais la baisse reste lente dans les pays les plus touchés. L'Union africaine a lancé en 2014 une campagne continentale pour mettre fin au mariage des enfants ; le Niger s'y est joint la même année, et sa campagne nationale a insisté sur la fistule obstétricale, un angle sanitaire jugé moins susceptible de heurter les conservateurs religieux [4]. Le pays a ensuite créé un comité national de coordination en août 2016 et adopté en 2018 un plan d'action national qui impose un volet « mariage d'enfants » à chaque ministère [10][4].
Les chefs traditionnels et religieux sont devenus des interlocuteurs obligés. En juin 2022, le représentant de l'UNICEF auprès de l'Union africaine, Edward Addai, estimait que sans l'engagement des communautés et des chefs traditionnels, les normes sociales ne changeraient pas [14]. Au Sénégal, l'atlas de Filles pas épouses mentionne le travail mené avec des leaders religieux musulmans et chrétiens pour faire évoluer les pratiques [5].
Les résultats sont contrastés. Le rapport UNICEF-UNFPA de 2018 calculait que la baisse annuelle moyenne atteignait 2 % au Togo et 2,2 % au Gabon, mais seulement 0,9 % en Centrafrique et 0,1 % au Tchad et au Burkina Faso [2]. Au Niger, la part des mariages avant 15 ans a reculé de 50,3 % à 28 % entre 1992 et 2012, alors que celle des mariages avant 18 ans n'est passée que de 83,5 % à 76,3 % : les unions très précoces reculent plus vite que les unions avant la majorité [4].
Le poids démographique de l'Afrique subsaharienne rend ces lenteurs visibles à l'échelle mondiale. En mars 2018, l'UNICEF notait que près d'une mariée enfant récente sur trois vivait dans cette région, contre une sur cinq dix ans plus tôt, parce que la baisse y était plus lente qu'en Asie du Sud [13]. Si le rythme ne s'accélère pas, l'agence prévoyait en 2022 que 45 millions de filles supplémentaires seraient mariées enfants en Afrique subsaharienne au cours de la décennie suivante [14]. Pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre, les projections de 2018 allaient de 14,8 à 20,8 millions de filles mariées en 2050 selon le scénario retenu [2].
Questions fréquentes
Quel pays d'Afrique a le taux de mariage des enfants le plus élevé ?
Le Niger, avec 76 % de jeunes femmes de 20 à 24 ans mariées avant 18 ans selon l'UNICEF et l'UNFPA (2018). C'est aussi le taux le plus élevé au monde. Suivent la Centrafrique (68 %) et le Tchad (67 %), puis le Mali (54 %) et le Burkina Faso (52 %) selon les données de l'UNICEF reprises par Filles pas épouses.
Le mariage des enfants est-il en baisse en Afrique de l'Ouest et du Centre ?
Oui, mais lentement et de façon très inégale. Selon l'UNICEF et l'UNFPA (2018), la prévalence recule en moyenne d'environ 2 % par an au Togo ou au Gabon, mais de 0,1 % seulement au Tchad et au Burkina Faso. Au rythme observé en 2023, l'Afrique subsaharienne mettrait plus de 200 ans à faire disparaître la pratique.
Pourquoi des parents marient-ils leur fille avant 18 ans ?
Surtout pour éviter une sexualité ou une grossesse hors mariage, perçue comme un déshonneur pour la famille. Les études menées au Niger, au Mali et au Sénégal citent aussi la pauvreté, la vie rurale, l'absence de scolarisation et les crises, comme les sécheresses ou les conflits. Le poids de chaque facteur varie selon les régions.
Un mariage religieux avec une mineure est-il valable en Côte d'Ivoire ?
Non. La loi n° 2019-570 du 26 juin 2019 interdit le mariage avant 18 ans et ne reconnaît d'effets juridiques qu'au mariage célébré devant l'officier de l'état civil. Une cérémonie religieuse ou coutumière n'a donc aucune valeur légale. Un mariage civil célébré avant 18 ans peut être annulé, mais la nullité est couverte une fois l'âge requis atteint.
Qu'a décidé la Cour africaine contre le Mali en 2018 ?
Elle a jugé, le 11 mai 2018, que le Code des personnes et de la famille malien violait le Protocole de Maputo et la Charte africaine de l'enfant. Étaient visés l'âge de 16 ans pour les filles, l'absence de contrôle du consentement dans les mariages religieux et les règles successorales. La Cour a ordonné au Mali de modifier sa loi et de lui faire rapport dans les deux ans.
Le Sénégal a-t-il relevé l'âge du mariage des filles à 18 ans ?
Non, pas au 8 novembre 2026 selon les sources consultées. L'article 111 du Code de la famille fixe toujours l'âge minimum à plus de 16 ans pour les filles, avec une dispense possible. Le relèvement à 18 ans est réclamé par des associations féminines et recommandé par le Comité CEDEF depuis 2022.
Qu'a changé le nouveau code du Burkina Faso en 2025 ?
Il a fixé l'âge du mariage à 18 ans, avec une dérogation possible à 16 ans pour cause grave sous le contrôle du juge. Adopté le 1er septembre 2025, il organise aussi la transcription des mariages religieux et coutumiers, qui n'ouvrent pas les droits du mariage civil sans elle. Son effet sur les mariages d'enfants n'a pas encore été mesuré.
L'école protège-t-elle les filles du mariage précoce ?
Oui, fortement. Au Niger, 17 % des femmes ayant achevé le secondaire étaient mariées à 18 ans, contre 81 % des femmes sans instruction. La Banque mondiale estime que chaque année de secondaire réduit en moyenne de 7 % le risque de mariage avant 18 ans en Afrique de l'Ouest et du Centre.
Sources
- unicef.org — https://www.unicef.org/ghana/press-releases/global-polycrisis-creating-uphill-battle-end-child-marriage-unicef
- unicef.org — https://www.unicef.org/wca/media/2601/file/Le mariage des enfants en Afrique de l'Ouest et du Centre.pdf
- girlsnotbrides.es — https://www.girlsnotbrides.es/documents/1848/LE_MARIAGE_DES_ENFANTS_ET_L%C3%89DUCATION_EN_AFRIQUE_DE_LOUEST_ET_DU_CENTRE_FRA.pdf
- girlsnotbrides.es — https://www.girlsnotbrides.es/documents/1634/Niger_PEA_Report_10-11-21_FRENCH.pdf
- girlsnotbrides.org — https://www.girlsnotbrides.org/fr/apprentissage-ressources/atlas-du-mariage-des-enfants/r%C3%A9gions-et-pays/senegal/
- fr.allafrica.com — https://fr.allafrica.com/stories/202511050265.html
- pulp.up.ac.za — https://www.pulp.up.ac.za/images/edocman/legal-compilations/2017_cases_fr/APDF%20et%20IHRDA%20c.%20Mali%20fond%202018%202%20RJCA%20393.pdf
- sidwaya.info — https://www.sidwaya.info/assemblee-legislative-de-transition-le-nouveau-code-des-personnes-et-de-la-famille-adopte/
- faolex.fao.org — https://faolex.fao.org/docs/pdf/ivc208186.pdf
- genderindex.org — https://www.genderindex.org/wp-content/uploads/files/datasheets/2019/NE.pdf
- dhsprogram.com — https://dhsprogram.com/pubs/pdf/SR261/SR261.pdf
- girlsnotbrides.org — https://www.girlsnotbrides.org/learning-resources/resource-centre/family-honour-shattered-dreams-girl-brides-mali-niger-senegal/
- unicef.org — https://www.unicef.org/turkiye/en/press-releases/25-million-child-marriages-prevented-last-decade-due-accelerated-progress-according
- unicef.org — https://www.unicef.org/fr/communiqu%C3%A9s-de-presse/130-millions-de-filles-et-de-femmes-africaines-aujourdhui-mariees-des-lenfance
- data.unicef.org — https://data.unicef.org/topic/child-protection/child-marriage/
- girlsnotbrides.org — https://www.girlsnotbrides.org/learning-resources/resource-centre/tchad-loi-no-029pr2015-sur-linterdiction-du-mariage-denfants/
Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux.


