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« Unzucht » : comment l'allemand nomme la fornication

Par la rédaction de fornication.infoVérifié le Lecture : 9 min13 sources
Illustration : un médaillon avec un dictionnaire, devant le Cervin, entouré de passants d'aujourd'hui
L'essentiel

Que veut dire le mot allemand Unzucht ?

Unzucht est un mot allemand qui désigne un acte sexuel jugé immoral, proche de « fornication » ou d'« impudicité ». Formé de un- et de Zucht, « éducation », il est attesté dès le Xe siècle au sens large d'inconvenance. Terme juridique en Allemagne jusqu'en 1973 et en Suisse jusqu'en 1992, il traduit aussi le grec porneia.

Sommaire
  1. Que signifie Unzucht ?
  2. D'où vient le mot et comment son sens a-t-il évolué ?
  3. Quelle place le mot a-t-il occupée dans le droit pénal ?
  4. Pourquoi le droit suisse a-t-il abandonné le mot en 1992 ?
  5. Comment les Bibles allemandes l'emploient-elles ?
  6. Quels équivalents en français de Suisse ?
  7. Questions fréquentes
  8. Sources

Que signifie Unzucht ?

Unzucht est un nom féminin allemand qui désigne un acte sexuel portant atteinte à la morale, et qui peut être puni par la loi [1]. Le Digitales Wörterbuch der deutschen Sprache (DWDS) le marque à la fois comme vieillissant et péjoratif [1]. Le Duden le classe parmi les mots vieillis et le définit comme un comportement contraire aux normes morales et sociales, orienté vers la satisfaction du désir sexuel [3].

Les emplois typiques révèlent un vocabulaire surtout juridique et moral. Le DWDS relève les tournures « Unzucht treiben » (se livrer à l'Unzucht) et « wegen Unzucht verurteilen » (condamner pour Unzucht), ainsi que des adjectifs comme widernatürlich, « contre nature », ou gewerbsmäßig, « à titre professionnel », qui renvoie à la prostitution [1]. Le Duden donne les mêmes exemples [3]. Dans la conversation, le mot ne s'emploie pratiquement plus : on le lit surtout dans des textes historiques, juridiques ou religieux.

Unzucht n'a pas d'équivalent exact en français. Selon le contexte, on le rend par « fornication », « impudicité », « débauche » ou « luxure » et, dans les anciens textes de loi suisses, par des formules comme « attentat à la pudeur » [5]. Cette souplesse s'explique par l'histoire du mot, qui a longtemps désigné toute forme d'inconvenance avant de se spécialiser dans le domaine sexuel.

Repères chronologiques

  1. Xe sièclePremières attestations en vieux haut allemand du nom unzuht et de l'adjectif unzuhtīg.
  2. 1400-1436Des règlements de tisserands de Strasbourg emploient Unzucht pour des bagarres entre artisans, un délit mineur.
  3. 1933Le Deutsches Wörterbuch des Grimm publie l'article Unzucht : le sens sexuel ne s'est imposé qu'en nouveau haut allemand.
  4. 1942Le 1er janvier, le Code pénal suisse entre en vigueur ; jusqu'en 1992, sa version allemande parle d'Unzucht.
  5. 1973Le mot cesse d'être employé dans le droit pénal allemand et commence à vieillir.
  6. 1985Le 26 juin, le Conseil fédéral propose une notion neutre, l'acte d'ordre sexuel, à la place d'Unzucht.
  7. 1992Le 17 mai, 73,1 % des votants acceptent la révision ; le droit de l'intégrité sexuelle s'applique dès le 1er octobre.

D'où vient le mot et comment son sens a-t-il évolué ?

Unzucht est formé du préfixe négatif un- et du nom Zucht ; il est attesté en vieux haut allemand dès le Xe siècle sous la forme unzuht [1]. Zucht remonte au vieux haut allemand zuht, attesté au VIIIe siècle, un nom abstrait tiré du verbe ziehen, « tirer » [1]. Selon le dictionnaire étymologique de Wolfgang Pfeifer, repris par le DWDS, le mot désignait d'abord l'action de tirer le petit lors de la mise bas des animaux domestiques, puis la nourriture, les soins, l'élevage et enfin l'éducation [1].

De là vient une famille de mots toujours vivante. Le DWDS rattache à Zucht le verbe züchten (élever, sélectionner), l'adjectif züchtig (pudique, attesté au Xe siècle), le verbe züchtigen (châtier) et le nom Zuchthaus, la maison de correction [1]. En moyen haut allemand, la zuht désignait aussi les manières raffinées de la vie de cour, l'une des notions centrales de l'éthique courtoise [1]. L'Unzucht était donc d'abord le contraire de la bonne éducation.

Le Deutsches Wörterbuch des frères Grimm, dont l'article Unzucht a paru en 1933 dans une livraison du tome XI, détaille ce glissement [2]. Il donne comme sens le plus ancien le manque d'instruction, glosé en latin par ineruditio, puis la conduite inconvenante en général : grossièreté, manque de retenue, atteinte aux usages [2]. Le DWDS ajoute qu'en moyen haut allemand unzuht pouvait aussi signifier rudesse ou violence [1].

Le sens sexuel est tardif. Le Grimm précise qu'il ne s'est imposé qu'en nouveau haut allemand et qu'il manque dans les glossaires médiévaux [2]. Les lexicographes ont d'ailleurs hésité sur sa portée : Adelung y voyait un équivalent adouci de Hurerei, la « paillardise », alors que Weigand distinguait les deux mots [2]. Le même dictionnaire note qu'au XIXe siècle le sens général d'inconvenance était presque sorti de l'usage [2].

Quelle place le mot a-t-il occupée dans le droit pénal ?

Unzucht a d'abord été un terme juridique sans lien avec la sexualité. Le Grimm le décrit comme une infraction mineure, punie comme un « petit délit » (niederer Frevel) et distincte des crimes graves, le Malefiz [2]. Les rixes, les injures, le trouble causé au tribunal ou le défaut de comparution entraient dans cette catégorie [2].

Les exemples cités par le Grimm couvrent plusieurs siècles et régions. On y trouve des règlements des tisserands de Strasbourg datés de 1400 à 1436, où l'Unzucht désigne des bagarres entre artisans, un droit minier de 1454, une ordonnance judiciaire de Rottweil de 1564 et la chronique suisse de Johannes Stumpf [2]. Le dictionnaire signale aussi un emploi ecclésiastique, pour des fautes morales, et un emploi au sens de tapage [2].

Aux XIXe et XXe siècles, le mot s'est concentré sur les délits sexuels. Un ancien lexique Brockhaus, cité par le DWDS, rappelle que le paragraphe 175 du Code pénal de l'Empire allemand menaçait de prison la « widernatürliche Unzucht » entre hommes [1]. Les expressions Unzucht mit Kindern (avec des enfants), mit Abhängigen (avec des personnes dépendantes) ou gewerbsmäßige Unzucht (la prostitution) appartiennent à ce vocabulaire [1].

En Allemagne, le terme est resté en usage dans le droit pénal jusqu'en 1973 ; depuis, il vieillit de plus en plus, selon le DWDS [1]. Un article du Spiegel de 1968, cité par le même dictionnaire, évoquait déjà un projet de réforme qui ne punissait plus l'homosexualité [1]. Le DWDS cite encore, pour 1986, un emploi du mot au sens de prostitution, signe que le vocabulaire ancien a survécu quelque temps dans la presse [1].

Pourquoi le droit suisse a-t-il abandonné le mot en 1992 ?

La Suisse a renoncé à Unzucht avec la révision du droit pénal sexuel, acceptée en votation le 17 mai 1992 et entrée en vigueur le 1er octobre 1992 [6]. Le mot figurait jusque-là dans la version allemande du Code pénal suisse, accepté de justesse par le peuple le 3 juillet 1938 avec 53,5 % de oui et entré en vigueur le 1er janvier 1942 [8][9]. Ce code a remplacé les droits pénaux des cantons ; son histoire est retracée dans l'article sur le Code pénal de 1942.

Dans son message du 26 juin 1985, le Conseil fédéral expliquait que la notion neutre de geschlechtliche Handlung devait remplacer les termes Unzucht et unzüchtige Handlungen [4]. Toutes les instances consultées avaient salué ce changement [4]. Le message proposait aussi d'abandonner des infractions mineures, comme le fait d'importuner autrui par la prostitution, désigné en allemand par l'expression « Belästigung durch gewerbsmässige Unzucht » [4].

Le nouveau titre du Code traduit le même déplacement. Les infractions autrefois rangées sous la Sittlichkeit, la moralité publique, sont devenues des « Strafbare Handlungen gegen die sexuelle Integrität », des infractions contre l'intégrité sexuelle [6]. La réforme visait, selon le message, à tenir compte de l'évolution des conceptions sociales de la sexualité [4].

La révision n'a pas fait l'unanimité. L'Union démocratique fédérale et l'association « Ja zum Leben » ont réuni 141 595 signatures valables contre la loi, et leurs critiques employaient encore le mot Unzucht [6]. Le texte a pourtant été accepté par 73,1 % des votants, avec une participation de 39,1 % ; seul le Valais l'a rejeté [6].

Le vocabulaire actuel reste celui de 1992, complété en 2024. L'article 189 révisé parle en allemand de sexuelle Handlung [13] et en français d'« acte d'ordre sexuel » [12]. Cette dernière réforme, qui a redéfini le viol, est présentée dans l'article sur le droit suisse du viol.

Comment les Bibles allemandes l'emploient-elles ?

Unzucht est aujourd'hui la traduction la plus répandue du grec porneia dans les Bibles allemandes, mais pas la seule. Pour 1 Corinthiens 6,18, la Bible de Luther dans sa version actuelle garde « Flieht die Hurerei! », alors que la Bible d'Elberfeld et la Schlachter 2000 écrivent « Flieht die Unzucht! » [7]. L'Einheitsübersetzung choisit « Meidet die Unzucht! » et la Gute Nachricht Bibel « Hütet euch vor der Unzucht! » [7].

La Zürcher Bibel, la Bible de Zurich, fait un choix singulier pour ce verset. Elle emploie une formule qui renvoie à la prostituée évoquée juste avant dans le chapitre, mais elle traduit par Unzucht aux versets 9 et 13 [7]. La Neue Genfer Übersetzung préfère « sexuelle Unmoral », l'immoralité sexuelle, plus proche de la langue courante [7].

Ces écarts tiennent à la largeur du mot grec. Un article de la Basler Zeitung de 2018, cité par le DWDS, rappelait que porneia, souvent traduit par Unzucht, visait tout rapport sexuel hors mariage, de l'adultère à l'inceste [1]. Le Grimm relève chez Luther des emplois d'Unzucht au sens sexuel, à côté de l'adultère, mais aussi le sens ancien d'inconvenance, à propos de la démarche de Marie [2].

Le choix entre Hurerei et Unzucht oriente la lecture. Hurerei, formé sur Hure, la prostituée, garde le lien avec la prostitution, qui est aussi le sens premier de la famille grecque de porneia. Unzucht met plutôt l'accent sur la transgression d'une règle morale, en accord avec l'histoire du mot, qui désignait d'abord l'absence d'éducation et de retenue [2].

Quels équivalents en français de Suisse ?

Les lois suisses en français n'ont pas traduit Unzucht par « fornication », mais par le vocabulaire de la pudeur. La version française du message de 1985 indique que la notion d'« actes d'ordre sexuel » devait remplacer celles d'« attentat à la pudeur » et d'« actes contraires à la pudeur » [5]. Les deux versions d'un même texte officiel montrent ainsi la correspondance : là où l'allemand disait Unzucht, le français parlait de pudeur.

Dans la langue religieuse, l'équivalent le plus proche est « impudicité ». L'Académie française le fait dériver d'« impudique » au XIVe siècle, le définit comme la disposition ou le comportement d'une personne impudique et le marque comme vieilli [10]. C'est le mot que retient la Bible du pasteur genevois Louis Segond en 1 Corinthiens 6,18 : « Fuyez l'impudicité » [11]. Les choix de cette traduction sont détaillés dans l'article sur la Bible Segond.

« Fornication » reste possible pour rendre Unzucht dans un contexte biblique ou historique, mais il est plus étroit : en français, il vise surtout les relations entre personnes non mariées. « Débauche » et « luxure » insistent sur l'excès plutôt que sur la règle transgressée. Dans un texte juridique contemporain, un traducteur suisse emploiera « acte d'ordre sexuel », la formule du Code en vigueur [12].

Ce décalage n'est pas qu'une affaire de traduction. Le mot allemand, issu de Zucht, évoque l'éducation et la discipline, alors que le vocabulaire français retenu par le législateur suisse plaçait l'accent sur la pudeur, c'est-à-dire sur la honte et la réserve [4][5]. La réforme de 1992 a effacé cette différence en adoptant dans les deux langues une notion neutre, centrée sur l'acte lui-même et sur l'intégrité de la personne [6].

Questions fréquentes

Comment traduire Unzucht en français ?

Cela dépend du contexte. Dans un texte biblique, « impudicité », « fornication » ou « débauche » conviennent ; dans un ancien texte de loi suisse, l'équivalent officiel était « attentat à la pudeur » ou « actes contraires à la pudeur » [5]. Pour un texte courant, « acte sexuel jugé immoral » rend bien le sens général.

Le mot Unzucht est-il encore utilisé ?

Rarement. Le DWDS le marque comme vieillissant et péjoratif, et le Duden comme vieilli [1][3]. Il survit surtout dans les traductions de la Bible, les textes historiques et certains discours religieux.

Quelle différence entre Unzucht et Ehebruch ?

Ehebruch désigne l'adultère, c'est-à-dire la rupture de la fidélité conjugale, alors qu'Unzucht couvre plus largement tout acte sexuel jugé illicite. Le Grimm cite Luther, qui emploie les deux notions côte à côte [2]. Une relation entre deux personnes non mariées pouvait donc être qualifiée d'Unzucht sans être un Ehebruch.

Que veut dire l'adjectif unzüchtig ?

Unzüchtig signifie « impudique » ou « contraire aux mœurs ». Il est attesté en vieux haut allemand dès le Xe siècle sous la forme unzuhtīg [1]. Le droit suisse parlait d'unzüchtige Handlungen, une expression remplacée en 1992 par une notion neutre [4].

Quel mot le droit suisse emploie-t-il aujourd'hui ?

Le Code pénal suisse parle d'« acte d'ordre sexuel » en français et de sexuelle Handlung en allemand [12][13]. Depuis la révision de 1992, ces infractions protègent l'« intégrité sexuelle » des personnes [6].

Quelles Bibles allemandes traduisent porneia par Unzucht ?

La plupart des traductions modernes, dont l'Einheitsübersetzung, la Bible d'Elberfeld et la Schlachter 2000, emploient Unzucht en 1 Corinthiens 6,18 [7]. La Bible de Luther garde Hurerei pour ce verset, et la Neue Genfer Übersetzung parle d'immoralité sexuelle [7].

Le mot Zucht a-t-il un rapport avec l'élevage ?

Oui. Zucht vient du verbe ziehen, « tirer », et désignait d'abord l'aide à la mise bas des animaux, puis l'élevage, les soins et l'éducation [1]. Le verbe züchten, « élever », et le nom Unzucht appartiennent donc à la même famille.

Sources

  1. dwds.de — https://www.dwds.de/wb/Unzucht
  2. dwds.de — https://www.dwds.de/wb/dwb/unzucht
  3. duden.de — https://www.duden.de/rechtschreibung/Unzucht
  4. swissvotes.ch — https://swissvotes.ch/vote/381.00/botschaft-de.pdf
  5. swissvotes.ch — https://swissvotes.ch/vote/381.00/botschaft-fr.pdf
  6. politchronik.swiss — https://politchronik.swiss/de/prozesse/57723-revision-des-sexualstrafrechts-brg-85-047.pdf
  7. bibleserver.com — https://www.bibleserver.com/LUT.ELB.SLT.ZB.NG%C3%9C.GNB.EU.Ne%C3%9C/1.Korinther6
  8. swissvotes.ch — https://swissvotes.ch/vote/127.00/kurzbeschreibung-de.pdf
  9. en.wikipedia.org — https://en.wikipedia.org/wiki/Swiss_Criminal_Code
  10. dictionnaire-academie.fr — https://dictionnaire-academie.fr/article/A9I0510
  11. biblegateway.com — https://www.biblegateway.com/passage/?search=1+Corinthiens+6%3A18&version=LSG
  12. ebg.admin.ch — https://www.ebg.admin.ch/dam/fr/sd-web/G55ef4dNhY8A/Pl%C3%A9num%204%20Nouveau%20droit%20p%C3%A9nal%20-%20Michael%20Sch%C3%B6ll.pdf
  13. ius.uzh.ch — https://ius.uzh.ch/dam/jcr:1c46d766-535c-4e99-8b3d-adbbd4c50c2c/SJWZ%20PPT%20Freezing%20(19.11.2024).pdf

Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux.

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