Société

EVRAS : ce que prévoit l'éducation affective et sexuelle à l'école en Belgique francophone

Par la rédaction de fornication.infoVérifié le Lecture : 10 min12 sources
Couverture illustrée : une toque de diplômé sur une carte (Belgique)
L'essentiel

Qu'est-ce que l'EVRAS dans les écoles belges ?

L'EVRAS, ou éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle, désigne en Belgique francophone des animations adaptées à l'âge sur les émotions, les relations, le corps, la contraception ou les violences. Depuis l'année scolaire 2023-2024, chaque élève de 6e primaire et de 4e secondaire doit en suivre au moins une, de deux périodes, donnée par un opérateur labellisé.

Sommaire
  1. Que recouvre l'EVRAS ?
  2. Quel cadre légal encadre l'EVRAS ?
  3. Qui donne les animations et à quel âge ?
  4. Que contient le Guide pour l'EVRAS ?
  5. Pourquoi la généralisation a-t-elle fait débat ?
  6. Qu'a jugé la Cour constitutionnelle ?
  7. Comment les parents sont-ils informés ?
  8. Questions fréquentes
  9. Sources

Que recouvre l'EVRAS ?

L'EVRAS est un processus éducatif qui vise à aider les jeunes à faire des choix éclairés sur leur vie relationnelle, affective et sexuelle, selon la définition de l'accord de coopération de 2023 [2]. Le sigle désigne à la fois cette démarche et les animations données dans les écoles de Wallonie et de Bruxelles francophone.

Les thèmes varient avec l'âge. Les fédérations de centres de planning familial citent les émotions, les relations sociales, le corps, les sexualités, l'orientation sexuelle et l'identité de genre, la contraception et les infections sexuellement transmissibles, ainsi que les violences et le harcèlement, y compris en ligne [8]. Elles revendiquent une information qu'elles veulent « fiable, impartiale et exhaustive » et rappellent que cette approche est promue par l'OMS et l'UNESCO [8].

Les objectifs sont fixés par le texte lui-même. L'accord de coopération énumère notamment la prévention de la violence sous toutes ses formes, la lutte contre les discriminations et l'égalité de genre, ainsi que la santé sexuelle et reproductive et la contraception [2]. Il ne s'agit pas d'enseigner des pratiques sexuelles, souligne une foire aux questions mise en ligne en septembre 2023 par le diocèse de Tournai [9].

L'EVRAS ne crée pas de nouveau cours. Les deux heures obligatoires ne figurent pas dans la grille horaire comme une matière, mais prennent la forme d'animations ponctuelles [9]. Le cadre pénal, qui fixe notamment la majorité sexuelle à 16 ans, reste distinct de cette démarche éducative.

Animations EVRAS obligatoires en Fédération Wallonie-Bruxelles (circulaire du 27 février 2026)

EnseignementAnnée concernéeVolume minimum
Ordinaire fondamental6e primaire1 animation de 2 périodes
Ordinaire secondaire4e secondaire1 animation de 2 périodes
SpécialiséMaturité IV, phase 2 de la forme 3, 4e année de la forme 44 animations d'une période
TousAu-delà de ce minimumAnimations supplémentaires possibles, par des opérateurs labellisés

L'EVRAS repose aujourd'hui sur l'accord de coopération du 7 juillet 2023 entre la Communauté française, la Région wallonne et la Commission communautaire française (COCOF), approuvé par décrets des 7, 20 et 28 septembre 2023 et publié au Moniteur belge le 20 décembre 2023 [2]. Il organise la « généralisation » de l'EVRAS en milieu scolaire.

Le principe est plus ancien. Un décret de la Communauté française du 12 juillet 2012 a inscrit l'EVRAS parmi les objectifs généraux de l'enseignement, et un protocole d'accord de 2013 prévoyait déjà sa généralisation progressive [2]. Dans les faits, avant la rentrée 2023, seules 20 % des écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles proposaient ces animations [7].

L'adoption parlementaire a été large. Le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a voté le texte le 7 septembre 2023 à l'unanimité, moins trois abstentions dans le groupe Les Engagés [1]. Le parlement de la COCOF l'a approuvé le 20 septembre à l'unanimité moins une abstention, puis le Parlement wallon le 28 septembre [2][12].

L'accord vise environ 85 000 élèves en Wallonie et 25 000 à Bruxelles, avec un budget annuel de 4,8 millions d'euros [1]. Il fixe quatre objectifs : un cadre commun de contenus, un label commun pour les intervenants, des conditions de généralisation et une gouvernance [2]. Toute modification du guide qui l'accompagne doit passer par un accord de coopération d'exécution [1].

Qui donne les animations et à quel âge ?

Les animations sont données par des opérateurs labellisés, en priorité les centres de planning familial, ainsi que les centres psycho-médico-sociaux (CPMS) et les services de promotion de la santé à l'école (SPSE), à des élèves de 6e primaire et de 4e secondaire [3]. Une circulaire du 27 février 2026 rappelle que ces animations sont obligatoires depuis 2023-2024 [3].

Le volume minimal est modeste. Dans l'enseignement ordinaire, chaque élève suit une animation de deux périodes en 6e primaire, en général vers 11 ou 12 ans, et une autre en 4e secondaire, en général vers 15 ou 16 ans [3]. Dans l'enseignement spécialisé, quatre animations d'une période sont prévues à différents moments du parcours [3]. Ce volume constitue un minimum que les écoles peuvent dépasser [2][3].

Le label conditionne tout. Il est accordé par le gouvernement de la Communauté française pour trois ans renouvelables ; les centres de planning familial, les CPMS et les SPSE en bénéficient automatiquement [2]. Les autres opérateurs, généralistes ou thématiques, doivent remplir des conditions fixées par l'accord [2][3]. Seuls les opérateurs labellisés peuvent désormais mener des animations EVRAS [3].

La formation des animateurs est encadrée. Tous suivent une formation initiale d'au moins six jours, puis une formation continue d'au moins deux jours tous les trois ans [3]. Le Service général de l'inspection évalue le dispositif tous les deux ans et peut procéder à des contrôles ponctuels [3].

Le terrain associatif reste central. Des fédérations de centres de planning familial, dont la FLCPF, la FCPPF et Sofelia, figurent parmi les partenaires du site d'information evras.be, soutenu par la Wallonie et la COCOF [8].

Que contient le Guide pour l'EVRAS ?

Le Guide pour l'EVRAS est un document de plus de 300 pages, daté de décembre 2021, destiné aux professionnels qui animent les séances et non aux élèves [3][9]. Il est annexé à un accord d'exécution distinct, conclu lui aussi le 7 juillet 2023 [2].

Son statut est précis. Les animations doivent se conformer à son contenu, et le label peut être refusé ou retiré à un opérateur qui ne le respecte pas [2]. La circulaire de 2026 le présente, avec un document thématique transversal, comme un complément aux référentiels du tronc commun [3]. La foire aux questions de 2023 insiste sur le fait qu'il n'est pas un référentiel de compétences [9].

Le guide aborde les sentiments et les émotions, les relations interpersonnelles, le respect, les violences et la santé sexuelle [9]. Ses contenus sont modulés selon le développement de l'enfant, car on ne peut pas aborder les mêmes sujets à 5, 10 ou 16 ans [9]. Selon la ministre de l'Éducation Caroline Désir (PS), 380 jeunes ont été associés à sa rédaction [1].

C'est autour de ce document que les critiques de 2023 se sont cristallisées. Le MR évoquait des contenus inappropriés, Les Engagés demandaient des clarifications sur son contenu et son statut, et la ministre dénonçait une campagne de fausses informations [1]. La Cour constitutionnelle s'est déclarée incompétente pour examiner les critiques visant le guide lui-même, faute de pouvoir contrôler l'accord d'exécution [2].

Pourquoi la généralisation a-t-elle fait débat ?

La généralisation a fait débat parce qu'une partie des parents et plusieurs organisations religieuses y ont vu une atteinte au rôle éducatif des familles, dans un climat marqué en septembre 2023 par une vague de désinformation et des violences contre des écoles [1][2][5][9]. La ministre Caroline Désir a dénoncé une « campagne de fake news » visant non le texte, mais une version déformée de son contenu [1].

Les opposants étaient divers. Plusieurs fédérations islamiques se sont opposées au décret par communiqué, un groupe de citoyens a organisé une action par courriel et une manifestation devant le Parlement, et plusieurs centaines de personnes ont défilé à Bruxelles [1][5]. Une association proche de la droite radicale figurait aussi parmi les auteurs des recours en justice [4].

Le débat a pris un tour violent. À la mi-septembre 2023, quatre écoles de Charleroi ont été visées en une nuit par des incendies criminels, et des tags faisant référence à l'EVRAS ont été retrouvés sur les lieux [5]. Le Premier ministre Alexander De Croo a affirmé que l'accès à l'éducation sexuelle ne pouvait pas être remis en cause et que les écoles devaient rester un lieu sûr pour tous les enfants [5].

Le Conseil de coordination des institutions islamiques de Belgique a condamné ces violences, tout en annonçant des recours [6]. En juin 2024, l'enquête de la police judiciaire fédérale était toujours en cours [7].

Les partis ont pris des positions nuancées. Le PS et Ecolo ont soutenu le texte sans réserve, Ecolo jugeant même le volume horaire trop faible ; le PTB l'a soutenu en reprochant au gouvernement sa communication ; le MR a approuvé le principe tout en évoquant des contenus jugés inappropriés ; Les Engagés se sont abstenus en dénonçant une « improvisation » [1].

Sur le terrain, les tensions ont ensuite baissé. En juin 2024, la directrice de la fédération des centres pluralistes de planning familial, Lola Cavreul, décrivait une année où il avait fallu rassurer parents et élèves, surtout à Charleroi, et des groupes de parents opposés jugés « très minoritaires » [7]. Un recours avait alors été introduit au Conseil d'État contre le guide [7].

Qu'a jugé la Cour constitutionnelle ?

La Cour constitutionnelle a rejeté les recours contre l'accord EVRAS par deux arrêts de mai 2025, dont l'arrêt n° 82/2025 du 28 mai 2025, en jugeant que l'EVRAS constitue un enseignement neutre et pluraliste, sans visée d'endoctrinement [2][4]. Le premier arrêt, rendu le 15 mai 2025, répondait notamment aux recours d'organisations islamiques [4].

Ces recours avaient été annoncés en octobre 2023 par sept associations membres du Conseil de coordination des institutions islamiques de Belgique, dont la Diyanet de Belgique et la Fédération islamique de Belgique [6]. Dans sa décision du 15 mai, la Cour a jugé que les aspects essentiels du guide étaient fixés par l'accord lui-même, de sorte que le principe de légalité était respecté, et que les élèves ne sont jamais forcés de divulguer des informations privées [4].

L'arrêt n° 82/2025 répondait au recours de neuf parents agissant pour leurs enfants [2]. La Cour y relève que l'EVRAS n'est pas un enseignement religieux et qu'elle ne porte pas atteinte au droit des parents d'éduquer leurs enfants, à défaut d'endoctrinement [2]. Elle ajoute que l'intérêt de l'enfant est pris en compte, notamment grâce à la formation des animateurs [2].

La Cour a surtout tranché la question de la dispense. Ni l'article 24 de la Constitution ni l'article 2 du premier protocole à la Convention européenne des droits de l'homme n'imposent, selon elle, un système de dispense généralisé [2]. Elle a écarté le parallèle avec ses arrêts de 2015 et 2016, qui exigeaient une dispense des cours philosophiques, ces raisons ne valant pas pour l'EVRAS [2].

Comment les parents sont-ils informés ?

Les écoles doivent informer les parents des animations EVRAS lors des réunions ou rencontres de présentation de l'établissement, et les inscrire dans leur projet d'établissement et leur plan de pilotage [3]. Les textes ne prévoient pas de dispense, a relevé la Cour constitutionnelle [2].

La responsabilité éducative des parents n'est pas retirée. La Cour souligne que l'EVRAS ne les prive pas de leur rôle, et la foire aux questions de 2023 rappelle que leur responsabilité reste première [2][9]. Le site evras.be propose un espace « EVRAS parents », et la FLCPF a mené avec la FCPPF et la FAPEO, fédération d'associations de parents, une campagne destinée notamment aux parents d'élèves [8].

Les familles disposent aussi d'un recours en cas de problème. Les plaintes concernant une animation sont adressées au secrétariat du comité qui attribue le label [3]. L'article sur le consentement sexuel en droit belge éclaire par ailleurs l'un des thèmes souvent abordés lors des animations.

Questions fréquentes

L'EVRAS est-elle obligatoire en Belgique ?

Oui, en Fédération Wallonie-Bruxelles, depuis l'année scolaire 2023-2024. Chaque élève suit au minimum une animation de deux périodes en 6e primaire et une autre en 4e secondaire [3]. La Flandre n'impose pas d'animations dédiées comparables [11].

Les parents peuvent-ils dispenser leur enfant des animations ?

Non, aucun système de dispense n'est prévu. La Cour constitutionnelle a jugé en mai 2025 qu'un enseignement neutre comme l'EVRAS n'en exigeait pas, contrairement aux cours philosophiques [2]. Les écoles doivent en revanche informer les parents [3].

À quel âge les élèves suivent-ils une animation EVRAS ?

En 6e primaire, vers 11 ou 12 ans, puis en 4e secondaire, vers 15 ou 16 ans [3]. Les écoles peuvent organiser des animations supplémentaires, à d'autres âges, avec des opérateurs labellisés [2][3].

Qui peut donner une animation EVRAS ?

Seuls des opérateurs labellisés : centres de planning familial, centres PMS, services PSE et autres organismes ayant obtenu le label [3]. Leurs animateurs suivent au moins six jours de formation initiale [3].

Le Guide pour l'EVRAS est-il distribué aux élèves ?

Non. Ce document de plus de 300 pages est destiné aux professionnels qui animent les séances [9]. Les élèves ne le reçoivent pas.

Des écoles ont-elles été incendiées à cause de l'EVRAS ?

Oui, des incendies criminels ont visé quatre écoles de Charleroi en septembre 2023, avec des tags faisant référence à l'EVRAS [5]. L'enquête était toujours en cours en juin 2024 [7].

L'éducation sexuelle existe-t-elle aussi en Flandre ?

Oui, mais sans animations obligatoires comparables. Les objectifs minimaux flamands se limitent, selon Sensoa, le centre flamand d'expertise en santé sexuelle, aux connaissances sur la reproduction, la fertilité et la génétique, et le reste dépend des écoles et des enseignants [10][11]. Sensoa fournit formations et matériel pédagogique [10][11].

Sources

  1. lalibre.be — https://www.lalibre.be/belgique/enseignement/2023/09/07/le-parlement-de-la-federation-wallonie-bruxelles-adopte-le-decret-sur-leducation-a-la-vie-affective-et-sexuelle-7YJ4CESQP5GYDN2OE5EUA5PCNE/
  2. fr.const-court.be — https://fr.const-court.be/public/f/2025/2025-082f.pdf
  3. gallilex.cfwb.be — https://gallilex.cfwb.be/sites/default/files/circulaires/2026-02/53171_0000.pdf
  4. rtbf.be — https://www.rtbf.be/article/l-evras-n-est-pas-un-endoctrinement-elle-est-neutre-confirme-la-cour-constitutionnelle-11547409
  5. bx1.be — https://bx1.be/categories/news/alexander-de-croo-defend-levras-lacces-a-leducation-sexuelle-ne-peut-etre-mise-en-doute/
  6. bx1.be — https://bx1.be/?p=643360
  7. rtbf.be — https://www.rtbf.be/article/evras-les-tensions-sont-retombees-les-centres-de-planning-familial-font-le-bilan-d-une-annee-chahutee-11383368
  8. evras.be — https://www.evras.be/
  9. diocese-tournai.be — https://diocese-tournai.be/wp-content/uploads/2023/09/FAQ_EVRAS-def1-mise-en-page.pdf
  10. vrt.be — https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2023/09/06/seksuele-voorlichting-op-school/
  11. vrt.be — https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2026/05/28/sensoa-seksuele-opvoeding-voorlichting-koffer/
  12. bx1.be — https://bx1.be/?p=641940

Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux.

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