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L'Église catholique face à la polygamie en Afrique : textes et pratiques pastorales

Par la rédaction de fornication.infoVérifié le Lecture : 10 min15 sources
Illustration : un médaillon avec une église, devant des baobabs dans la savane, entouré de passants d'aujourd'hui
L'essentiel

Que dit l'Église catholique sur la polygamie en Afrique ?

L'Église catholique rejette la polygamie. Familiaris consortio (1981) la juge contraire à la communion des époux et à l'égale dignité de l'homme et de la femme. En 2026, la commission des évêques d'Afrique a recommandé de ne baptiser les catéchumènes polygames qu'après leur engagement dans un mariage monogame, tout en prônant un accompagnement patient.

Sommaire
  1. Quelle est la doctrine catholique sur le mariage ?
  2. Que dit Familiaris consortio sur la polygamie ?
  3. Qu'apportent Ecclesia in Africa et Africae munus ?
  4. Un polygame peut-il recevoir le baptême ?
  5. Qu'ont fait les évêques africains depuis le synode de 2023 ?
  6. Mariage coutumier, civil et religieux : comment s'articulent-ils ?
  7. Quelle est la portée de ces règles aujourd'hui ?
  8. Questions fréquentes
  9. Sources

Quelle est la doctrine catholique sur le mariage ?

Pour l'Église catholique, le mariage est l'union exclusive et indissoluble d'un homme et d'une femme, seul cadre légitime de la vie sexuelle. Le Catéchisme de l'Église catholique (§ 2390) condamne l'« union libre », définie comme le refus de donner une forme juridique et publique à une liaison qui implique l'intimité sexuelle [4]. Le § 2391 rejette aussi le « mariage à l'essai » : l'amour humain exige, selon le texte, un don total et définitif des personnes l'une à l'autre [4].

La forme du mariage est fixée par le droit canonique. Le canon 1108 prévoit que les catholiques se marient validement devant l'Ordinaire du lieu, le curé ou un prêtre ou diacre délégué, ainsi que devant deux témoins, sauf exceptions prévues par le Code [6]. Un mariage seulement coutumier ou civil entre deux catholiques ne vaut donc pas, pour l'Église, sacrement de mariage.

Cette doctrine place la polygamie et les relations hors mariage sur le même terrain : celui d'une sexualité qui ne respecte pas l'exclusivité et la stabilité exigées du lien conjugal. En Afrique francophone, où cohabitent unions coutumières, mariages civils, mariages religieux et unions polygames, elle se heurte à des situations familiales très variées. C'est ce décalage que traitent les textes pontificaux et les assemblées d'évêques depuis plus de quarante ans.

Repères chronologiques

  1. 198122 novembre : Jean-Paul II publie Familiaris consortio ; le § 19 juge la polygamie radicalement opposée à la communion conjugale.
  2. 199410 avril : ouverture à Rome de l'Assemblée spéciale pour l'Afrique du Synode des évêques.
  3. 199514 septembre : exhortation Ecclesia in Africa, centrée sur la famille, l'inculturation et l'« Église Famille de Dieu ».
  4. 201119 novembre : Benoît XVI signe Africae munus, qui défend l'égale dignité de l'homme et de la femme.
  5. 2023Octobre : la première session du synode sur la synodalité demande au SCEAM un discernement sur la polygamie.
  6. 2025Août : à Kigali, l'assemblée plénière du SCEAM examine un document pastoral sur la polygamie.
  7. 202525 novembre : présentation de la note doctrinale Una caro, éloge de la monogamie approuvé par Léon XIV le 21 novembre.
  8. 202624 mars : publication du rapport final de la commission du SCEAM, qui exclut toute reconnaissance de la polygamie.

Que dit Familiaris consortio sur la polygamie ?

L'exhortation apostolique Familiaris consortio, publiée par Jean-Paul II le 22 novembre 1981, condamne la polygamie dans son paragraphe 19 [1]. Le texte affirme que « la polygamie s'oppose radicalement à une telle communion », celle des époux qui se donnent l'un à l'autre de manière totale [1]. Il ajoute qu'elle contredit l'égale dignité personnelle de l'homme et de la femme [1].

Le paragraphe 19 traite la question comme un principe universel, et non comme une règle propre à l'Afrique. Il fonde l'unité du mariage sur la communion conjugale, que la polygamie fractionnerait. Cette approche a pesé sur toute la pastorale ultérieure : l'Église ne voit pas dans la polygamie une simple coutume à tolérer, mais une forme d'union incompatible avec le sacrement.

Le Catéchisme de l'Église catholique en tire une conséquence pastorale explicite. Son § 2387 évoque le « drame » de celui qui, voulant se convertir à l'Évangile, se voit obligé de répudier une ou plusieurs épouses avec lesquelles il a partagé des années de vie [4]. Le même paragraphe rappelle que le converti reste tenu d'honorer ses obligations envers ses anciennes femmes et ses enfants [4].

Qu'apportent Ecclesia in Africa et Africae munus ?

Ecclesia in Africa, signée par Jean-Paul II le 14 septembre 1995, fait de la famille et de l'inculturation des priorités de l'Église en Afrique sans modifier la doctrine sur le mariage [2]. Le texte conclut l'Assemblée spéciale pour l'Afrique du Synode des évêques, ouverte à Rome le 10 avril 1994 [2]. Il souligne que le rôle de la famille est universellement considéré comme fondamental dans la culture africaine (§ 43) et que la plupart des conférences épiscopales ont placé le mariage chrétien et la vie familiale parmi les grands défis (§ 50) [2].

L'exhortation définit l'inculturation comme le processus par lequel la foi s'incarne dans les cultures, et en fait une priorité urgente (§ 59) [2]. Elle fixe deux critères : la compatibilité avec le message chrétien et la communion avec l'Église universelle, en demandant d'éviter tout syncrétisme (§ 62) [2]. Elle propose enfin l'image de l'« Église Famille de Dieu » comme modèle d'Église pour le continent (§ 63) [2].

Dans les passages consultés, Ecclesia in Africa ne prononce pas le mot « polygamie » ; c'est par ces critères que l'inculturation trouve sa limite sur le mariage. Africae munus, l'exhortation de Benoît XVI datée du 19 novembre 2011, suit la même ligne [3]. Elle présente la famille comme le « sanctuaire de la vie » (§ 42) et appelle à reconnaître et défendre l'égale dignité de l'homme et de la femme (§ 57), argument central contre la polygamie depuis 1981 [3].

Un polygame peut-il recevoir le baptême ?

Oui, mais à condition de ne garder qu'une seule épouse : c'est la règle posée par le canon 1148 du Code de droit canonique. Un homme non baptisé qui a plusieurs épouses non baptisées peut, après son baptême, garder l'une d'elles en renvoyant les autres, s'il lui est trop dur de rester avec la première [5]. La règle vaut aussi, symétriquement, pour une femme qui aurait plusieurs maris [5].

Le canon ne laisse pas les épouses renvoyées sans protection, au moins dans le texte. Son paragraphe 3 demande à l'évêque du lieu de veiller à ce qu'il soit pourvu à leurs besoins, selon la justice, la charité chrétienne et l'équité naturelle, en tenant compte des conditions morales, sociales et économiques [5]. Le droit canonique parle ici d'« épouses » : il tient les unions conclues avant le baptême pour de véritables mariages, que l'entrée dans l'Église oblige à réduire à un seul.

Dans la pratique, ces situations se règlent au moment du catéchuménat, la période de préparation au baptême des adultes. Les évêques réunis à Kigali en 2025 ont rappelé que la séparation est souvent difficile pour des raisons culturelles et économiques, en particulier pour les femmes et les enfants [7]. Des familles peuvent ainsi rester longtemps dans une situation intermédiaire : un mari catéchumène qui n'est pas baptisé, ou des épouses baptisées vivant dans une union que l'Église ne peut bénir.

Qu'ont fait les évêques africains depuis le synode de 2023 ?

Ils ont étudié la question pendant près de trois ans pour confirmer la doctrine et préciser l'accompagnement pastoral. En octobre 2023, la première session de la XVIe Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques a encouragé le Symposium des conférences épiscopales d'Afrique et de Madagascar (SCEAM) à mener un discernement sur la polygamie et sur l'accompagnement des personnes en union polygame qui viennent à la foi [9]. Une commission du SCEAM a été chargée de ce travail.

En août 2025, l'assemblée plénière du SCEAM réunie à Kigali, au Rwanda, a examiné un document pastoral sur la polygamie, présenté par la théologienne Ester Lucas [7]. Selon le cardinal Fridolin Ambongo, le Dicastère pour la doctrine de la foi y avait contribué [7]. Le cardinal et l'archevêque Andrew Nkea ont démenti les informations selon lesquelles les évêques voulaient faire approuver les unions polygames, en réaffirmant que le mariage est l'union exclusive d'un homme et d'une femme [7].

Le 25 novembre 2025, le Dicastère pour la doctrine de la foi a présenté la note doctrinale Una caro, éloge de la monogamie, approuvée par le pape Léon XIV le 21 novembre [8]. La note répond notamment aux échanges avec les évêques africains sur la polygamie et s'appuie sur des études des cultures africaines qui contredisent l'idée d'une monogamie exceptionnelle sur le continent [8]. Elle vise aussi le « polyamour » qui se développe en Occident [8].

Le rapport final de la commission du SCEAM a été publié le 24 mars 2026 par le secrétariat général du Synode [9]. Il exclut toute forme de reconnaissance de la polygamie et recommande de ne baptiser les catéchumènes polygames qu'après leur engagement libre dans un mariage monogame [9]. Il demande en même temps un « accompagnement patient et respectueux » plutôt que l'exclusion ou la stigmatisation, et rappelle que le mariage chrétien est monogame par nature théologique et non par imposition culturelle [9].

Mariage coutumier, civil et religieux : comment s'articulent-ils ?

Pour un catholique, seul le mariage célébré selon la forme canonique est un sacrement ; le mariage coutumier et le mariage civil relèvent d'autres ordres, familial et étatique [6]. Un même couple peut donc relever de trois ordres distincts : l'accord des familles et la dot selon la coutume, l'acte dressé par l'officier d'état civil, et la célébration à l'église. L'ordre varie selon les pays, car le droit civil, lui, a ses propres exigences ; notre article sur la valeur légale du mariage coutumier détaille ces règles.

En Côte d'Ivoire, la loi n° 2019-570 du 26 juin 2019 dispose que le mariage est obligatoirement célébré par un officier de l'état civil, seul mariage à produire des effets légaux (articles 13 et 14) [14]. Son article 3 interdit de contracter un nouveau mariage avant la dissolution du précédent [14]. Le droit civil rejoint donc ici la doctrine catholique sur la monogamie, sans se confondre avec elle.

Les comportements diffèrent selon les religions. À Dakar, l'enquête biographique IRD-IFAN de 2001 montre que les hommes chrétiens avaient environ 5,5 fois plus de chances de se marier civilement que les hommes mourides [13]. L'exigence ecclésiale d'un mariage unique et publiquement reconnu s'accompagne ainsi, chez les catholiques, d'un recours plus fréquent à l'état civil.

Quelle est la portée de ces règles aujourd'hui ?

Ces règles concernent une Église en forte croissance : selon l'Agence Fides, l'Afrique comptait 280,7 millions de catholiques au 30 juin 2023, soit 19,8 % de sa population, en hausse de 8,3 millions en un an [10]. Le continent rassemble ainsi une part croissante des 1,405 milliard de catholiques recensés dans le monde [10]. Les questions pastorales de la polygamie y touchent donc des millions de familles.

La polygamie elle-même reste minoritaire chez les chrétiens. Selon le Pew Research Center, dont les chiffres ont été publiés en décembre 2019 et repris en décembre 2020, 11 % des habitants de l'Afrique subsaharienne vivent dans un ménage polygame, mais seulement 3 % des chrétiens contre 25 % des musulmans [11]. Les écarts nationaux sont forts : au Burkina Faso, 24 % des chrétiens vivent dans un tel ménage, et au Tchad 21 % des chrétiens contre 10 % des musulmans [11].

En République démocratique du Congo, où la polygamie est une infraction depuis le Code de la famille de 1987 selon le juriste Joseph Yav, environ 2 % de la population vit dans un ménage polygame selon le Pew Research Center [12]. Cette mesure ne retient que les ménages où les coépouses vivent sous le même toit : l'Enquête démographique et de santé de 2013-2014 comptait 22 % de femmes en union polygame [15]. Un prêtre de Bukavu, Raymond Kongolo, y décrivait en 2022 la polygamie comme une institution humaine et non divine, tandis qu'une petite Église locale prêchait au contraire ses mérites [12]. Cette diversité de positions chrétiennes est retracée dans notre comparaison des religions face à la polygamie.

Le débat ne porte plus, depuis 2026, sur une éventuelle reconnaissance, que le SCEAM a exclue [9]. Il porte sur la manière d'accueillir des familles déjà constituées sans briser les épouses et les enfants, avec une ligne affichée de proximité pastorale. La note Una caro inscrit cette réponse africaine dans une défense plus large de la monogamie, adressée aussi aux sociétés occidentales [8].

Questions fréquentes

Un polygame peut-il être baptisé dans l'Église catholique ?

Oui, mais seulement s'il s'engage à vivre avec une seule épouse. Le canon 1148 du Code de droit canonique lui permet, après son baptême, de garder l'une de ses épouses en renvoyant les autres, et le rapport des évêques africains publié en mars 2026 recommande de ne baptiser les catéchumènes polygames qu'après cet engagement. En attendant, ils peuvent être accompagnés comme catéchumènes.

L'Église reconnaît-elle le mariage coutumier africain ?

Oui pour des non-baptisés, non comme sacrement pour des catholiques. Le droit canonique parle d'« épouses » à propos des unions conclues avant le baptême, ce qui les traite comme de véritables mariages. Deux catholiques doivent en revanche se marier selon la forme canonique, devant un prêtre ou un diacre et deux témoins, pour que leur union soit reconnue par l'Église.

Qu'est-ce que l'inculturation ?

L'inculturation est le processus par lequel la foi chrétienne s'incarne dans une culture donnée, en reprenant ses langues, ses symboles et ses valeurs compatibles avec l'Évangile. Ecclesia in Africa (1995) en fait une priorité, sous deux conditions : la compatibilité avec le message chrétien et la communion avec l'Église universelle. Elle ne permet pas d'admettre la polygamie, jugée contraire à l'unité du mariage.

Les évêques africains ont-ils demandé une exception pour la polygamie ?

Non. En août 2025, le cardinal Fridolin Ambongo et l'archevêque Andrew Nkea ont démenti les informations prêtant aux évêques la volonté de faire approuver les unions polygames. Le rapport final de la commission du SCEAM, publié le 24 mars 2026, exclut toute forme de reconnaissance de la polygamie, tout en demandant un accompagnement patient des familles concernées.

Qu'est-ce que la note Una caro ?

Una caro (« Une seule chair ») est une note doctrinale du Dicastère pour la doctrine de la foi, approuvée par Léon XIV le 21 novembre 2025 et présentée le 25 novembre. Elle fait l'éloge de la monogamie comme union exclusive et indissoluble. Elle répond en partie aux échanges avec les évêques africains sur la polygamie et au développement du « polyamour » en Occident.

Que deviennent les épouses d'un polygame qui se convertit ?

Le droit canonique demande à l'évêque de veiller à ce qu'il soit pourvu à leurs besoins, selon la justice, la charité et l'équité. Le Catéchisme rappelle que le converti reste tenu de ses obligations envers ses anciennes femmes et ses enfants. Les évêques africains reconnaissent toutefois que la séparation est souvent difficile, en particulier pour les femmes et les enfants.

Combien y a-t-il de catholiques en Afrique ?

Environ 280,7 millions au 30 juin 2023, selon les statistiques publiées par l'Agence Fides en 2025. Ils représentent 19,8 % de la population du continent et leur nombre a augmenté de 8,3 millions en un an.

Sources

  1. vatican.va — https://www.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/apost_exhortations/documents/hf_jp-ii_exh_19811122_familiaris-consortio.html
  2. vatican.va — https://www.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/apost_exhortations/documents/hf_jp-ii_exh_14091995_ecclesia-in-africa.html
  3. vatican.va — https://www.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/apost_exhortations/documents/hf_ben-xvi_exh_20111119_africae-munus.html
  4. vatican.va — https://www.vatican.va/archive/FRA0013/__P82.HTM
  5. vatican.va — https://www.vatican.va/archive/cod-iuris-canonici/fra/documents/cic_libro4_cann1141-1150_fr.html
  6. vatican.va — https://www.vatican.va/archive/cod-iuris-canonici/fra/documents/cic_libro4_cann1108-1123_fr.html
  7. vaticannews.va — https://www.vaticannews.va/en/church/news/2025-08/secam-kigali-plenary-day-2-long-term-vision-polygamy-africa-chur.html
  8. vaticannews.va — https://www.vaticannews.va/en/vatican-city/news/2025-11/doctrine-of-faith-monogamy-not-limitation-but-promise-infinite.html
  9. vaticannews.va — https://www.vaticannews.va/en/vatican-city/news/2026-03/synod-releases-final-reports-study-group-no-2-secam-commission.html
  10. fides.org — https://www.fides.org/fr/attachments/view/file/Dossier_Statistiques_2025.pdf
  11. pewresearch.org — https://www.pewresearch.org/short-reads/2020/12/07/polygamy-is-rare-around-the-world-and-mostly-confined-to-a-few-regions/
  12. france24.com — https://www.france24.com/en/live-news/20220405-tied-in-knots-polygamy-persists-in-dr-congo-despite-ban
  13. assets.erudit.tech — https://assets.erudit.tech/fr/livres/actes-des-colloques-de-lassociation-internationale-des-demographes-de-langue-francaise/demographie-cultures-actes-colloque-quebec-2008/001555co.pdf
  14. faolex.fao.org — https://faolex.fao.org/docs/pdf/ivc208186.pdf
  15. dhsprogram.com — https://dhsprogram.com/pubs/pdf/SR218/SR218.pdf

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