Religions

Un tiers de Suisses sans religion : ce que la sécularisation change au couple

Par la rédaction de fornication.infoVérifié le Lecture : 9 min14 sources
Couverture illustrée : une église sur une carte (Suisse)
L'essentiel

Combien de Suisses n'ont plus de religion ?

Plus d'un tiers. Selon l'Office fédéral de la statistique, 35,6 % des habitants n'avaient aucune appartenance religieuse en 2023, contre environ 1 % en 1970, et les données de 2024 indiquent 36,8 %. À Bâle-Ville, les deux grandes Églises ont perdu près des deux tiers de leurs membres en 35 ans. Leurs positions sur le couple pèsent moins qu'autrefois.

Sommaire
  1. Combien de Suisses se déclarent sans religion ?
  2. Depuis quand les Églises perdent-elles des membres ?
  3. Quelles régions sont les plus sécularisées ?
  4. Pourquoi quitte-t-on son Église ?
  5. La pratique religieuse suit-elle le même mouvement ?
  6. Quels effets sur le mariage religieux et la vie de couple ?
  7. Questions fréquentes
  8. Sources

Combien de Suisses se déclarent sans religion ?

Plus d'un tiers des habitants de la Suisse se déclarent aujourd'hui sans appartenance religieuse. En 2022, ce groupe atteignait 34 % et dépassait pour la première fois les catholiques (32 %), après une hausse de plus de 13 points depuis 2010 [3]. En 2023, l'Office fédéral de la statistique (OFS) comptait 35,6 % de sans-appartenance, 30,7 % de catholiques et 19,5 % de réformés [2].

Les données de 2024 confirment ce mouvement, avec 36,8 % de personnes sans appartenance, environ 30 % de catholiques et 19 % de réformés [4]. Les autres appartenances représentent 14,4 % de la population, dont 6,0 % pour les communautés islamiques et 6,0 % pour les autres communautés chrétiennes [5]. Les sans-appartenance forment donc le premier groupe du pays, devant chacune des deux grandes Églises.

Ces chiffres décrivent une appartenance déclarée, pas une croyance. Une personne inscrite dans une Église peut ne jamais pratiquer, et une personne sans appartenance peut prier ou se dire spirituelle. L'OFS mesure ces deux dimensions séparément, par son relevé structurel et par son enquête sur la langue, la religion et la culture [1][3].

Appartenance aux deux grandes Églises dans cinq cantons en 2025 (en % de la population)

CantonRéformésCatholiquesAutres ou sans confession
Zurich21,6 %20,2 %58,2 %
Vaud19,0 %25,0 %56,0 %
Bâle-Ville10,7 %10,0 %79,4 %
Genève8,4 %26,6 %65,0 %
Neuchâtel23,5 %17,2 %59,4 %

Depuis quand les Églises perdent-elles des membres ?

Les deux grandes Églises reculent depuis les années 1970, alors qu'elles rassemblaient presque toute la population. En 1970, 48,8 % des habitants étaient réformés et 46,7 % catholiques [2]. Selon l'OFS, la part des catholiques a diminué d'un peu plus d'un tiers en cinquante ans, tandis que la communauté protestante a perdu environ 60 % de ses adeptes en proportion [1].

Le groupe des personnes sans religion est passé, dans le même temps, d'environ 1 % en 1970 à 36 % [1]. Les communautés musulmanes ont progressé de 0,2 % en 1970 à 4 % en 2000, puis à 6 % [1]. Le paysage religieux suisse s'est ainsi diversifié en même temps qu'il se sécularisait.

Les registres des Églises montrent l'ampleur du phénomène. L'Église catholique comptait 2 684 145 membres en 2025, soit 46 920 de moins que l'année précédente, et les Églises réformées 1 766 593, en recul de 15 920 [8]. Les entrées compensent peu les sorties : en 2021, l'Église catholique enregistrait 910 entrées pour 34 182 sorties, soit environ une entrée pour 37 départs [9].

Les sorties ont connu un pic en 2023. Cette année-là, 67 497 personnes ont quitté l'Église catholique et 39 517 une Église réformée, avant un reflux à 36 782 et 32 561 en 2024, puis à 27 878 et 26 243 en 2025 [8]. L'Institut suisse de sociologie pastorale (SPI) juge que le niveau global des départs reste un défi pour les Églises [8].

Quelles régions sont les plus sécularisées ?

Les cantons les plus sécularisés sont Bâle-Ville, canton-ville, puis Neuchâtel et Genève, qui ont séparé les Églises de l'État. Pour la période 2019-2021, l'atlas statistique de l'OFS indique 54,3 % de sans-appartenance à Bâle-Ville, 50,2 % à Neuchâtel et 45,4 % à Genève, pour une moyenne nationale de 30,9 % [6]. À l'autre extrémité, la part n'était que de 13,0 % en Appenzell Rhodes-Intérieures, 15,4 % à Uri et 17,7 % à Obwald [6].

Bâle-Ville illustre le recul le plus marqué. Selon le SPI, les deux grandes Églises y ont perdu près des deux tiers de leurs membres au cours des 35 dernières années [7]. En 2025, les réformés n'y représentaient plus que 10,7 % de la population et les catholiques 10,0 % [7]. Le SPI rappelle que ce canton urbain n'a pas d'arrière-pays rural et que les modalités de perception de l'impôt ecclésiastique pourraient influer sur le nombre de sorties [7].

Les cantons romands présentent un profil particulier. À Genève, ancienne cité de Calvin, les catholiques (26,6 %) sont en 2025 plus de trois fois plus nombreux que les réformés (8,4 %), et dans le canton de Vaud ils devancent aussi les réformés (25,0 % contre 19,0 %) [7]. Le SPI note par ailleurs que le nombre de catholiques est resté relativement stable dans le canton de Zurich [7].

Pourquoi quitte-t-on son Église ?

On quitte son Église surtout par absence ou perte de foi, ou par désaccord avec ses prises de position. Selon l'enquête de l'OFS de 2024, parmi les personnes de 15 ans et plus qui ont quitté leur communauté, 28,1 % invoquent l'absence ou la perte de la foi et 26,4 % un désaccord avec les positions de la communauté [1]. Viennent ensuite le souhait d'éviter l'impôt ou les contributions (12,4 %) et la volonté de vivre sa spiritualité hors du cadre institutionnel (11,1 %) [1].

Les motifs diffèrent selon l'Église d'origine. Chez les anciens catholiques, le désaccord arrive en tête (38 %, contre 23 % pour l'absence de foi), alors que chez les anciens réformés l'absence de foi domine (36 %, contre 13 % pour le désaccord) [1]. Le SPI relevait déjà, à partir des données de 2019, que les sortants catholiques visaient notamment la place des femmes, les couples de même sexe, les personnes remariées, l'avortement et le suicide assisté [9].

Les scandales jouent un rôle déclencheur. Le 12 septembre 2023, une étude pilote menée sous l'égide de l'Université de Zurich a recensé 1 002 cas d'abus sexuels commis dans l'Église catholique suisse depuis 1950, avec 921 victimes et 510 auteurs [10]. Le SPI relie le record de sorties catholiques de 2023 à la critique du comportement des responsables face aux abus, et explique la baisse suivante par la moindre présence du sujet dans l'actualité [8].

L'impôt ecclésiastique joue plutôt un rôle de déclencheur. Selon le SPI, une facture d'impôt peut être la goutte d'eau qui fait déborder le vase, en particulier dans les tranches d'âge moyennes [9]. Chez les réformés, le SPI attribue surtout les départs à un manque d'intérêt et de pertinence perçue de l'Église [8].

Le poids de l'impôt varie fortement d'un canton à l'autre. Là où les Églises sont reconnues de droit public, comme à Bâle-Ville, Fribourg, au Tessin ou à Zurich, elles peuvent prélever un impôt auprès des personnes physiques et des entreprises ; Genève ne connaît qu'une contribution religieuse volontaire, et le canton de Vaud subventionne directement ses deux Églises reconnues [12]. Le Tribunal fédéral a admis l'impôt ecclésiastique des personnes morales dans un arrêt publié aux ATF 126 I 122 [13].

Quitter son Église est un droit protégé par l'article 15 de la Constitution, qui garantit la liberté de ne pas appartenir à une communauté religieuse [13]. La sortie doit être déclarée sans ambiguïté, et la jurisprudence interdit de l'entraver par des formalités vexatoires [13]. Dans un arrêt du 16 novembre 2007 (ATF 134 I 75), le Tribunal fédéral a indiqué qu'il devait être possible de quitter la seule corporation ecclésiastique cantonale sans renier la communauté religieuse elle-même [13].

La pratique religieuse suit-elle le même mouvement ?

Oui, la pratique recule encore plus nettement que l'appartenance. En 2024, 49 % des habitants n'avaient assisté à aucun office religieux au cours des douze derniers mois, et 33 % y étaient allés entre une et onze fois [5]. La même année, 47 % déclaraient n'avoir jamais prié dans l'année, alors qu'environ 20 % priaient tous les jours ou presque [5].

La religiosité ne disparaît pas pour autant. La part des personnes qui se disent à la fois religieuses et spirituelles est passée de 19 % en 2014 à 23 % en 2024, et près de 40 % de la population prie au moins une fois par mois [1]. Parmi les parents d'enfants mineurs, 45 % disent que la religion ou la spiritualité joue un rôle dans l'éducation de leurs enfants [1].

Quels effets sur le mariage religieux et la vie de couple ?

La sécularisation se traduit par un net recul du mariage à l'Église, devenu minoritaire. En 2025, 1 651 couples se sont mariés à l'Église catholique et 1 318 dans une Église réformée, en baisse respective de 10,6 % et 14,8 % sur un an [8]. La même année, la Suisse a enregistré 35 900 mariages civils, dont 800 entre personnes de même sexe [11].

Le SPI y voit le signe d'une baisse durable à venir des baptêmes d'enfants [8]. Ceux-ci diminuent déjà : 12 809 baptêmes catholiques et 6 261 baptêmes réformés en 2025, en recul de 739 et 850 sur un an [8]. La règle qui impose le mariage civil avant toute cérémonie religieuse est expliquée dans notre article Peut-on se marier religieusement sans mariage civil en Suisse ?.

Les normes ecclésiales sur la vie de couple touchent donc une part décroissante de la population. Le Catéchisme de l'Église catholique continue de juger le concubinage contraire à la loi morale et de rejeter tout « droit à l'essai » avant le mariage (§ 2390-2391) [14]. Mais selon l'OFS, les désaccords avec les positions de l'Église sont précisément l'un des premiers motifs de départ des catholiques [1].

Le recul des Églises ne signifie pas celui du mariage lui-même. Le mariage civil reste la seule forme juridique du mariage et a réuni 35 900 couples en 2025, soit 900 de moins qu'en 2024 [11]. Le lien entre mariage et naissance des enfants est analysé dans notre article Pourquoi les Suisses se marient encore avant d'avoir des enfants, et les positions confessionnelles sur le couple dans notre panorama des religions en Suisse.

Questions fréquentes

Comment quitter l'Église en Suisse ?

En adressant une déclaration écrite et dépourvue d'ambiguïté à l'organe compétent de l'Église, selon les règles du canton. La Constitution fédérale (article 15) protège le droit de ne pas appartenir à une communauté religieuse, et la sortie ne doit pas être entravée par des formalités vexatoires. Le Tribunal fédéral a indiqué en 2007 (ATF 134 I 75) qu'il devait être possible de quitter seulement la corporation ecclésiastique cantonale.

Faut-il payer un impôt ecclésiastique en Suisse ?

Cela dépend du canton et de l'appartenance. Dans des cantons comme Bâle-Ville, Fribourg, le Tessin ou Zurich, les Églises reconnues de droit public peuvent prélever un impôt auprès de leurs membres et des entreprises, et quitter l'Église met fin à l'impôt personnel. Genève ne connaît qu'une contribution religieuse volontaire.

Quel canton compte le plus de personnes sans religion ?

Bâle-Ville. Pour la période 2019-2021, l'OFS y comptait 54,3 % de personnes sans appartenance religieuse, devant Neuchâtel (50,2 %) et Genève (45,4 %). En 2025, réformés et catholiques n'y représentaient plus qu'environ un cinquième de la population.

Les jeunes sont-ils plus souvent sans religion ?

Oui. En 2022, 42 % des personnes de 25 à 34 ans n'avaient aucune appartenance religieuse, contre 34 % pour l'ensemble de la population. Selon les données de 2019 analysées par l'Institut suisse de sociologie pastorale, les jeunes qui ont quitté une Église invoquent surtout l'absence de foi.

Pourquoi 2023 a-t-elle été une année record de sorties d'Église ?

Parce que la publication, le 12 septembre 2023, d'une étude recensant 1 002 cas d'abus sexuels dans l'Église catholique suisse depuis 1950 a provoqué une vague de départs. Cette année-là, 67 497 personnes ont quitté l'Église catholique, presque deux fois plus qu'en 2024. Les Églises réformées ont aussi connu un pic, avec 39 517 sorties.

Les personnes sans religion ont-elles toutes perdu la foi ?

Non. Parmi les personnes qui ont quitté leur communauté, 28,1 % invoquent l'absence ou la perte de la foi, mais 26,4 % un désaccord avec ses positions et 11,1 % le souhait de vivre leur spiritualité hors des institutions. L'appartenance déclarée et la croyance sont deux réalités distinctes.

Sources

  1. dam-api.bfs.admin.ch — https://dam-api.bfs.admin.ch/hub/api/dam/assets/35408040/master
  2. rsi.ch — https://www.rsi.ch/info/svizzera/I-senza-religione-sono-sempre-pi%C3%B9-numerosi--2537179.html
  3. admin.ch — https://www.admin.ch/en/nsb?id=99816
  4. evangelicalfocus.com — https://www.evangelicalfocus.com/europe/33747/in-switzerland-almost-4-in-10-are-now-nones
  5. dam-api.bfs.admin.ch — https://dam-api.bfs.admin.ch/hub/api/dam/assets/36343791/master
  6. atlas.bfs.admin.ch — https://www.atlas.bfs.admin.ch/core/projects/13/xshared/pdf/26832_132.pdf
  7. kirchenstatistik.spi-sg.ch — https://kirchenstatistik.spi-sg.ch/fr/entwicklung-der-kirchenmitgliedschaft/
  8. kirchenstatistik.spi-sg.ch — https://kirchenstatistik.spi-sg.ch/fr/kirchenstatistik25/
  9. kirchenstatistik.spi-sg.ch — https://kirchenstatistik.spi-sg.ch/fr/les-sorties-deglise-et-la-question-du-pourquoi/
  10. vaticannews.va — https://www.vaticannews.va/fr/eglise/news/2023-09/rapport-crimes-sexuels-eglise-catholique-suisse.html
  11. admin.ch — https://www.admin.ch/fr/newnsb/yANNV2HjVdl3TBRnObUA6
  12. cic-info.ch — https://cic-info.ch/wp-content/uploads/2026/05/CIC_Depliant_ETAT-RELION_V4.pdf
  13. ius.uzh.ch — https://www.ius.uzh.ch/dam/jcr:92b85bcb-80a5-442a-88dd-bb32461f4df3/bger_bespr_kirchenaustritt_Recht%202008.pdf
  14. vatican.va — https://www.vatican.va/archive/FRA0013/__P82.HTM

Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux.

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