Droit

À quel âge peut-on consentir à une relation sexuelle en Suisse ?

Par la rédaction de fornication.infoVérifié le Lecture : 9 min13 sources
Illustration : un médaillon avec la balance de la justice, devant le Cervin, entouré de passants d'aujourd'hui
L'essentiel

Quel est l'âge de la majorité sexuelle en Suisse ?

En Suisse, la majorité sexuelle est fixée à 16 ans par l'article 187 du Code pénal. Un acte d'ordre sexuel avec un mineur plus jeune n'est pas punissable si l'écart d'âge ne dépasse pas trois ans. Jusqu'à 18 ans, le mineur reste protégé contre l'abus d'un lien de dépendance et contre les actes sexuels rémunérés.

Sommaire
  1. Quel est l'âge de protection fixé par l'article 187 ?
  2. Comment fonctionne la règle des trois ans d'écart ?
  3. Quelles protections jusqu'à 18 ans ?
  4. Pourquoi les actes sexuels rémunérés avec des mineurs sont-ils punis depuis 2014 ?
  5. Comment l'âge a-t-il été unifié en 1992 ?
  6. Qu'a changé la révision de 2024 pour les mineurs ?
  7. Comment la Suisse se situe-t-elle par rapport à ses voisins ?
  8. Questions fréquentes
  9. Sources

Quel est l'âge de protection fixé par l'article 187 ?

L'âge de protection est de 16 ans : l'article 187 du Code pénal punit quiconque commet un acte d'ordre sexuel sur un enfant de moins de 16 ans, l'entraîne à commettre un tel acte ou le mêle à un tel acte [1]. La peine est une peine privative de liberté de cinq ans au plus ou une peine pécuniaire [1]. En allemand, on parle de Schutzalter, l'« âge de protection », plutôt que de majorité sexuelle [3].

La notion d'« acte d'ordre sexuel » est large. Elle ne se limite pas au rapport sexuel complet et couvre l'ensemble des gestes à caractère sexuel, ce qui distingue l'article 187 des articles sur le viol, qui exigent une pénétration [1]. L'article ne fait pas de l'absence de consentement une condition de l'infraction : en dessous de 16 ans, l'accord éventuel de l'enfant n'empêche pas la punissabilité de l'acte, sous réserve de la règle d'écart d'âge.

Ce seuil n'est pas nouveau. Lors de la grande révision du droit pénal sexuel engagée en 1985, une commission d'experts avait proposé d'abaisser l'âge à 14 ans ; la proposition a été vivement critiquée en consultation, et le Conseil fédéral a maintenu 16 ans dans son message du 26 juin 1985 [2]. L'âge est le même dans toute la Suisse, puisque le droit pénal est fédéral.

Ce que prévoit le Code pénal suisse selon l'âge du mineur (depuis le 1er juillet 2024)

SituationRègleArticle
Acte d'ordre sexuel avec un enfant de moins de 16 ansPunissable : cinq ans au plus ou peine pécuniaire, sauf écart d'âge de trois ans au plusArt. 187, ch. 1 et 2
Enfant de moins de 12 ansPeine privative de liberté d'un à cinq ans ; infractions graves imprescriptiblesArt. 187, ch. 1bis ; art. 101
Auteur de moins de 20 ans, circonstances particulièresL'autorité peut renoncer à poursuivre ou à punirArt. 187, ch. 3
Erreur évitable sur l'âge (enfant cru âgé de 16 ans)Trois ans au plus ou peine pécuniaireArt. 187, ch. 4
Mineur de 16 ou 17 ans, lien d'éducation, de confiance, de travail ou de dépendance exploitéCinq ans au plus ou peine pécuniaireArt. 188
Mineur de 16 ou 17 ans, acte sexuel contre rémunérationPunissable depuis le 1er juillet 2014 : trois ans au plusArt. 196
Personne de 16 ans ou plus, acte librement accepté, sans dépendance ni rémunérationPas d'infraction—

Comment fonctionne la règle des trois ans d'écart ?

L'acte n'est pas punissable lorsque la différence d'âge entre les participants ne dépasse pas trois ans (article 187, chiffre 2) [1]. Cette clause, souvent appelée clause de tolérance ou de proximité d'âge, vise les relations entre adolescents d'âges voisins [3].

Concrètement, une relation entre une personne de 15 ans et une personne de 17 ans n'est pas une infraction, puisque l'écart reste inférieur à trois ans. En revanche, une relation entre une personne de 14 ans et une personne de 19 ans tombe sous le coup de l'article 187. Lorsque l'écart est proche de la limite, ce sont les dates de naissance exactes qui comptent, et non la seule différence entre les années.

Deux autres règles complètent le dispositif. Si l'auteur avait moins de 20 ans au moment de l'acte et que des circonstances particulières le justifient, l'autorité peut renoncer à le poursuivre, à le renvoyer devant le tribunal ou à lui infliger une peine (chiffre 3) [1]. Si l'auteur croyait que l'enfant avait au moins 16 ans, alors qu'il aurait pu éviter l'erreur en faisant preuve de prudence, la peine est réduite à trois ans au plus ou une peine pécuniaire (chiffre 4) [1].

Quelles protections jusqu'à 18 ans ?

Entre 16 et 18 ans, un jeune peut avoir des relations sexuelles librement acceptées, mais la loi le protège contre deux situations. La première est l'abus d'un lien de dépendance : l'article 188 punit l'acte d'ordre sexuel commis sur un mineur d'au moins 16 ans en profitant de rapports d'éducation, de confiance ou de travail, ou d'un autre lien de dépendance [1]. La peine est de cinq ans au plus ou une peine pécuniaire [1].

Cette disposition vise typiquement les relations entre un enseignant et son élève, un maître d'apprentissage et son apprenti, ou un employeur et un jeune salarié [3]. Le lien de dépendance ne suffit pas à lui seul : il faut que l'auteur en ait profité pour obtenir l'acte. Le message de 1985 posait déjà le principe d'une protection des personnes dépendantes jusqu'à la majorité civile [2].

La seconde situation est la rémunération. Depuis le 1er juillet 2014, l'article 196 punit quiconque commet un acte d'ordre sexuel avec un mineur, ou l'amène à en commettre, contre rémunération ou promesse de rémunération [4][5]. Le Code pénal punit en outre l'encouragement de mineurs à la prostitution (article 195, lettre a) [5]. Enfin, les règles générales sur le viol et l'atteinte sexuelle protègent les mineurs comme les adultes, quel que soit leur âge (voir le viol en droit suisse).

Pourquoi les actes sexuels rémunérés avec des mineurs sont-ils punis depuis 2014 ?

Avant le 1er juillet 2014, une personne de 16 ou 17 ans pouvait légalement se prostituer en Suisse, puisqu'elle avait atteint l'âge de protection. Les villes en mesuraient les limites : en janvier 2012, en adoptant son ordonnance sur la prostitution, la ville de Zurich expliquait ne pas pouvoir interdire l'activité aux 16 ans, le droit fédéral le permettant [6]. Elle l'empêchait seulement de manière indirecte, en exigeant la capacité civile pour obtenir une autorisation [6].

Le législateur fédéral a comblé cette lacune. Le 7 mars 2014, l'Office fédéral de la justice annonçait que le Conseil fédéral fixait au 1er juillet 2014 l'entrée en vigueur de modifications du Code pénal rendant punissables les personnes qui recourent, contre rémunération, aux services sexuels de mineurs de 16 à 18 ans [4]. Ces modifications permettaient à la Suisse d'adhérer à la convention du Conseil de l'Europe sur la protection des enfants contre l'exploitation et les abus sexuels, entrée en vigueur pour elle à la même date [4].

Depuis, l'âge minimum pour exercer la prostitution est de 18 ans. Selon le rapport du Conseil fédéral du 5 juin 2015 sur la prostitution, les clients de mineurs encourent jusqu'à trois ans de peine privative de liberté [5]. La question est traitée plus largement dans notre article sur la prostitution en Suisse.

Comment l'âge a-t-il été unifié en 1992 ?

Jusqu'en 1992, le droit suisse appliquait un âge plus élevé aux relations homosexuelles. Le Code pénal entré en vigueur en 1942 avait dépénalisé les relations homosexuelles entre adultes dans tout le pays, mais il fixait l'âge de protection à 20 ans pour ces relations, contre 16 ans pour les relations hétérosexuelles [7]. Le message du Conseil fédéral de 1985 proposait au contraire que les dispositions sur les actes avec des enfants et des personnes dépendantes s'appliquent de la même manière aux relations hétérosexuelles et homosexuelles [2].

La réforme a été adoptée par le Parlement en vote final le 21 juin 1991 [12], à une très large majorité : 124 voix contre 3 au Conseil national et 38 voix contre 0 au Conseil des États [8]. L'Union démocratique fédérale, les Démocrates suisses et le Parti des automobilistes ont lancé le référendum et réuni 141 595 signatures [8].

Le 17 mai 1992, le peuple a accepté la révision du droit pénal en matière sexuelle par 73,11 % de oui, avec une participation de 39,14 % [8]. Seul le Valais a rejeté le texte [8]. La loi est entrée en vigueur le 1er octobre 1992 [13]. Depuis, l'âge de protection est de 16 ans pour tous, quel que soit le sexe des partenaires [7].

Qu'a changé la révision de 2024 pour les mineurs ?

La révision entrée en vigueur le 1er juillet 2024 a conservé l'âge de 16 ans et la règle des trois ans, mais elle a renforcé la protection des plus jeunes. Un nouveau chiffre 1bis de l'article 187 prévoit une peine privative de liberté d'un à cinq ans lorsque l'enfant a moins de 12 ans et que l'auteur commet sur lui un acte d'ordre sexuel, ou l'amène à en commettre un avec un tiers ou un animal [1].

L'imprescriptibilité reste limitée aux infractions sexuelles graves commises sur des enfants de moins de 12 ans [1]. Le Conseil national avait proposé de relever ce seuil à 16 ans, mais la commission du Conseil des États s'y est opposée par 12 voix contre 0, et la limite de 12 ans a été maintenue [11][1]. Le Parlement a aussi renoncé à créer une infraction spécifique de pédopiégeage en ligne, estimant le droit existant suffisant [9].

Les chiffres policiers donnent un ordre de grandeur. Selon la statistique policière de la criminalité de l'Office fédéral de la statistique, la police a enregistré 1 118 actes d'ordre sexuel avec des enfants (article 187) en 2025, contre 1 073 en 2024, soit une hausse de 4 % [10]. Ces chiffres portent sur des infractions enregistrées, non sur des condamnations.

Comment la Suisse se situe-t-elle par rapport à ses voisins ?

Avec 16 ans, la Suisse fixe un âge de protection plus élevé que la plupart de ses voisins [3]. L'Allemagne, l'Autriche, l'Italie et le Liechtenstein retiennent 14 ans, avec des règles particulières entre 14 et 16 ans, par exemple lorsque l'auteur abuse de l'immaturité du jeune ou, en Allemagne, lorsqu'il a plus de 21 ans [3].

La France retient un seuil de 15 ans, assorti d'une clause liée à un écart d'âge de cinq ans, là où la clause suisse s'arrête à trois ans [3]. L'Italie admet une tolérance de quatre ans pour un mineur de 13 ans, et le Liechtenstein de trois ans pour les mineurs de 12 et 13 ans [3].

Plusieurs pays protègent eux aussi les 16-17 ans contre la rémunération ou la contrainte. En Autriche, l'âge de protection passe ainsi à 18 ans en cas de rémunération ou de situation de contrainte (Zwangslage) [3]. Ces comparaisons reposent sur une synthèse encyclopédique et doivent être vérifiées dans les codes nationaux avant toute utilisation juridique.

Questions fréquentes

Un majeur de 19 ans peut-il avoir une relation avec une personne de 16 ans en Suisse ?

Oui. Une personne de 16 ans a atteint l'âge de protection fixé par l'article 187 du Code pénal, et une relation librement acceptée avec un majeur n'est donc pas une infraction. Elle le devient si le majeur abuse d'un lien de dépendance (article 188) ou s'il offre une rémunération (article 196).

Une relation entre une personne de 18 ans et une personne de 15 ans est-elle punissable ?

Cela dépend de l'écart exact entre leurs dates de naissance. L'article 187 exclut toute peine si la différence d'âge ne dépasse pas trois ans ; au-delà, l'acte avec un mineur de moins de 16 ans est punissable. Si l'auteur a moins de 20 ans, l'autorité peut en outre renoncer à le poursuivre lorsque des circonstances particulières le justifient.

La majorité sexuelle est-elle la même dans tous les cantons ?

Oui. Le droit pénal est fédéral depuis l'entrée en vigueur du Code pénal suisse en 1942, et l'âge de protection de 16 ans s'applique dans les 26 cantons. Les cantons peuvent seulement réglementer certains aspects pratiques, comme l'exercice de la prostitution.

Que risque-t-on en cas de relation avec un mineur de moins de 16 ans ?

Une peine privative de liberté de cinq ans au plus ou une peine pécuniaire, sauf si l'écart d'âge ne dépasse pas trois ans. Si l'enfant a moins de 12 ans, la peine est d'un à cinq ans et les infractions graves sont imprescriptibles. En cas d'erreur évitable sur l'âge, la peine est de trois ans au plus ou une peine pécuniaire.

Un enseignant peut-il avoir une relation avec un élève de 17 ans ?

Non, s'il profite de sa position pour obtenir l'acte. L'article 188 punit de cinq ans au plus ou d'une peine pécuniaire l'acte d'ordre sexuel commis sur un mineur d'au moins 16 ans en profitant de rapports d'éducation, de confiance ou de travail. La même règle vaut pour un maître d'apprentissage ou un employeur.

Payer un rapport sexuel avec une personne de 17 ans est-il puni ?

Oui, depuis le 1er juillet 2014. L'article 196 du Code pénal punit les actes sexuels avec un mineur contre rémunération ou promesse de rémunération, et le client encourt jusqu'à trois ans de peine privative de liberté. Avant cette date, ces actes n'étaient pas punissables dès 16 ans.

Le pédopiégeage en ligne est-il une infraction spécifique en Suisse ?

Non. Lors de la révision du droit pénal sexuel adoptée en 2023, le Parlement a renoncé à créer une infraction distincte de pédopiégeage (cybergrooming), jugeant le cadre existant suffisant. Le Conseil national y était favorable, mais il s'est rallié à la position du Conseil des États.

Sources

  1. fedlex.admin.ch — https://www.fedlex.admin.ch/filestore/fedlex.data.admin.ch/eli/oc/2024/27/fr/pdf-a/fedlex-data-admin-ch-eli-oc-2024-27-fr-pdf-a.pdf
  2. swissvotes.ch — https://swissvotes.ch/vote/381.00/botschaft-fr.pdf
  3. de.wikipedia.org — https://de.wikipedia.org/wiki/Schutzalter
  4. bj.admin.ch — https://www.bj.admin.ch/fr/nsb?id=52245
  5. newsd.admin.ch — https://www.newsd.admin.ch/newsd/message/attachments/80659.pdf
  6. swissinfo.ch — https://www.swissinfo.ch/ger/stadt-zuerich-regelt-die-prostitution-in-neuer-verordnung/32006904
  7. en.wikipedia.org — https://en.wikipedia.org/wiki/LGBT_rights_in_Switzerland
  8. swissvotes.ch — https://swissvotes.ch/vote/381.00
  9. swissinfo.ch — https://swissinfo.ch/eng/swiss-politics/new-rape-definition-comes-into-force-in-switzerland/82364629
  10. kinderschutz.ch — https://www.kinderschutz.ch/media/m10dpvmd/spc_2025_fr.pdf
  11. parlament.ch — https://www.parlament.ch/press-releases/Pages/mm-rk-s-2023-01-27.aspx?lang=1036
  12. parlament.ch — https://www.parlament.ch/centers/documents/de/VH_85_047.pdf
  13. politchronik.swiss — https://politchronik.swiss/de/prozesse/57723-revision-des-sexualstrafrechts-brg-85-047.pdf

Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux.

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