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Six cultes et une laïcité : comment les convictions reconnues en Belgique abordent la sexualité hors mariage

Par la rédaction de fornication.infoVérifié le Lecture : 10 min19 sources
Couverture illustrée : un croissant et une étoile sur une carte (Belgique)
L'essentiel

Quels sont les cultes reconnus en Belgique et que disent-ils des relations sexuelles hors mariage ?

La Belgique reconnaît six cultes (catholique, protestant-évangélique, anglican, israélite, islamique et orthodoxe) et, depuis 2002, la laïcité organisée. Les doctrines traditionnelles de ces six religions réservent la sexualité au mariage, même si leurs courants libéraux nuancent cette règle. La laïcité organisée laisse ce choix à la conscience de chacun.

Sommaire
  1. Quels cultes sont reconnus en Belgique et depuis quand ?
  2. Que change la reconnaissance pour un culte ?
  3. Que disent les Églises chrétiennes reconnues des relations hors mariage ?
  4. Quelles positions dans le judaïsme et l'islam reconnus ?
  5. Quelle place pour la laïcité organisée ?
  6. Le bouddhisme rejoindra-t-il la liste ?
  7. Que pèsent ces doctrines face au droit belge ?
  8. Questions fréquentes
  9. Sources

Quels cultes sont reconnus en Belgique et depuis quand ?

Six cultes sont reconnus en Belgique : catholique, protestant-évangélique, anglican, israélite, islamique et orthodoxe, auxquels s'ajoute depuis 2002 la laïcité organisée. Les plus anciens héritent du régime napoléonien. Le catholicisme et le protestantisme ont été organisés par la loi du 18 germinal an X (8 avril 1802), qui mettait en œuvre le Concordat de 1801, et le culte israélite par le décret du 17 mars 1808 [1].

Le culte anglican a été reconnu par deux décrets des 18 et 24 avril 1835, confirmés par la loi du 4 mars 1870 sur le temporel des cultes [1]. C'est en modifiant cette même loi de 1870 que le Parlement a ajouté l'islam, par la loi du 19 juillet 1974, puis l'orthodoxie grecque et russe, par la loi du 17 avril 1985 [1]. La laïcité organisée a reçu son cadre par la loi du 21 juin 2002 relative au Conseil central des communautés philosophiques non confessionnelles de Belgique [2].

La Belgique n'a pas pour autant de religion d'État. La Constitution garantit la liberté des cultes et de leur exercice public (article 19), interdit de contraindre quiconque à participer aux cérémonies d'un culte (article 20) et défend à l'État d'intervenir dans la nomination des ministres des cultes (article 21) [1]. Reconnaître un culte ne revient donc pas à approuver sa doctrine : c'est lui ouvrir un régime juridique et financier particulier.

Les convictions reconnues en Belgique et la sexualité hors mariage

Culte ou conceptionBase de la reconnaissancePosition de référence sur les relations hors mariage
CatholiqueLoi du 18 germinal an X (8 avril 1802)Réservées au mariage ; continence demandée aux fiancés (Catéchisme, § 2350 et 2353)
Protestant-évangéliqueLoi du 18 germinal an X (8 avril 1802)Norme biblique du mariage ; large autonomie des paroisses à l'Église protestante unie
IsraéliteDécret du 17 mars 1808Désapprouvées par la plupart des autorités ; lectures plus souples chez les massortis et les libéraux
AnglicanDécrets des 18 et 24 avril 1835, loi du 4 mars 1870Abstinence hors mariage (Lambeth 1998, résolution I.10)
IslamiqueLoi du 19 juillet 1974Interdites (zina) ; Coran, sourate 17, verset 32
OrthodoxeLoi du 17 avril 1985Contraires à la chasteté ; mariage civil reconnu puis béni
Laïcité organiséeLoi du 21 juin 2002Aucune règle : choix laissé à la conscience, libre examen
Bouddhisme (demande en attente)Demande du 20 mars 2006, non aboutieTroisième précepte : s'abstenir d'inconduite sexuelle

Que change la reconnaissance pour un culte ?

La reconnaissance ouvre surtout l'accès à un financement public, partagé entre l'État fédéral, les Régions, les provinces et les communes. L'article 181 de la Constitution met les traitements et pensions des ministres des cultes à la charge de l'État [1]. Un second paragraphe, adopté en 1993, a étendu ce principe aux délégués des organisations qui offrent une assistance morale selon une conception philosophique non confessionnelle, afin de créer un parallélisme avec les cultes [2].

Les montants sont importants. En 2022, la RTBF chiffrait le financement public des cultes et de la laïcité à plus de 281 millions d'euros : environ 112 millions versés par le fédéral, surtout pour les traitements et les pensions, et 170 millions par les Régions et les Communautés, notamment pour les bâtiments et le logement des ministres du culte [3]. Selon le chercheur Jean-François Husson (ULiège), le culte catholique en recevait un peu moins de 75 %, contre environ 90 % quelques années plus tôt, et la laïcité organisée arrivait en deuxième position [3].

Les pouvoirs locaux jouent un rôle clé. Les communes doivent combler l'insuffisance des revenus des fabriques d'église, en vertu du décret impérial du 30 décembre 1809 et de la loi du 4 mars 1870, et prennent en charge les grosses réparations ainsi que le logement des ministres [4]. Les provinces supportent les communautés islamiques et orthodoxes, ainsi que les cathédrales, les palais épiscopaux et les séminaires [4]. Les Régions, désormais compétentes pour ce « temporel des cultes », ont fait évoluer les règles : la Flandre a adopté en 2021 un décret qui exige au moins 200 membres par communauté locale et interdit le financement étranger, tandis que Bruxelles préparait un plafonnement des subsides [5].

Les critères de reconnaissance eux-mêmes restent flous. La pratique administrative retient l'utilité sociale, un nombre suffisant de fidèles et l'existence d'un organe représentatif, sans seuil chiffré dans la loi [3]. Dans l'arrêt Assemblée chrétienne des Témoins de Jéhovah d'Anderlecht et autres c. Belgique du 5 avril 2022, la Cour européenne des droits de l'homme a jugé la procédure fédérale de reconnaissance insuffisamment claire, ce qui plaide pour inscrire ces critères dans une loi [3][6].

Que disent les Églises chrétiennes reconnues des relations hors mariage ?

Les quatre cultes chrétiens reconnus partagent une même norme de référence : la sexualité a sa place dans le mariage. Ils divergent en revanche sur la manière de l'appliquer et sur la marge laissée à la conscience des fidèles.

Pour l'Église catholique, le Catéchisme de 1992 définit la fornication comme « l'union charnelle en dehors du mariage entre un homme et une femme libres » et la juge gravement contraire à la dignité des personnes (§ 2353) [7]. Les fiancés sont appelés à la continence jusqu'au mariage (§ 2350) [7]. Cette doctrine s'applique en Belgique comme ailleurs, même si la pratique religieuse y a fortement reculé.

Le culte protestant-évangélique réunit des Églises aux sensibilités variées, représentées auprès de l'État notamment par l'Église protestante unie de Belgique (EPUB) et par le Synode fédéral [10]. Toutes se réfèrent à la Bible, où l'apôtre Paul écrit « Fuyez l'impudicité » (1 Corinthiens 6, 18, version Louis Segond) [8]. L'EPUB, qui compte environ 110 paroisses, a pourtant admis dès 2007 la bénédiction de couples de même sexe et laisse à chaque paroisse une large liberté d'appréciation sur ces questions [9].

Le culte anglican relève de la Communion anglicane. Son texte de référence, la résolution I.10 adoptée en août 1998 par la conférence de Lambeth réunie à Canterbury, défend la fidélité dans le mariage entre un homme et une femme et estime que l'abstinence convient à ceux qui ne sont pas appelés au mariage [11].

L'orthodoxie tient un discours proche. Les Fondements de la conception sociale de l'Église orthodoxe russe, adoptés en 2000, présentent la chasteté comme le socle de l'unité intérieure de la personne, estiment que la fornication nuit à la santé spirituelle et rejettent l'« amour libre » [12]. Le même texte reconnaît le mariage civil, que l'Église bénit ensuite, et refuse de traiter en concubins des époux unis civilement lorsque le mariage religieux était impossible [12].

Quelles positions dans le judaïsme et l'islam reconnus ?

Le judaïsme et l'islam valorisent tous deux le mariage, mais leurs textes ne traitent pas de la même manière les relations entre personnes non mariées. Le culte israélite est représenté par le Consistoire central israélite de Belgique, et le culte islamique, depuis 2023, par le Conseil musulman de Belgique [10][15].

Dans la tradition juive, la Torah n'interdit pas explicitement les relations avant le mariage, et l'enfant né d'une telle union n'est pas considéré comme mamzer, c'est-à-dire illégitime au sens de la loi religieuse [13]. La plupart des autorités rabbiniques désapprouvent pourtant ces relations, parce que le mariage (kiddouchin) est le cadre qui sanctifie la sexualité et parce que les règles de pureté familiale (niddah) s'appliquent aussi aux couples non mariés [13]. Des voix plus souples existent : Nahmanide, dans l'Espagne médiévale, ou Jacob Emden, au XVIIIe siècle, qui envisageait de rétablir le concubinage biblique (pilegesh) [13].

Les mouvements massorti et libéral maintiennent l'idéal du mariage, mais demandent que les relations hors mariage obéissent aux mêmes exigences éthiques de fidélité, de pudeur et de respect ; le rabbin massorti Elliot Dorff a formalisé cette approche [13]. Officiellement, ces deux courants n'attribuent pas pour autant de caractère saint à une union durable non mariée [13].

Dans l'islam, le Coran interdit la zina, c'est-à-dire les relations sexuelles hors mariage : « Et n'approchez point la fornication », dit la sourate 17 (Al-Isra'), verset 32, dans la traduction de Muhammad Hamidullah [14]. En Belgique, cette norme n'a qu'une portée religieuse : aucune juridiction ne l'applique, et le contrat de mariage religieux (nikah) ne remplace pas le mariage civil, détail que développe notre article sur l'islam en Belgique et le mariage religieux.

Quelle place pour la laïcité organisée ?

La laïcité organisée occupe en Belgique la place d'une conviction reconnue, traitée en parallèle avec les cultes sans être une religion. Les statuts du Centre d'Action Laïque définissent la laïcité comme un « principe humaniste » qui fonde le régime des libertés et des droits humains, et font du libre examen sa méthode [16]. La loi du 21 juin 2002 a reconnu son organe central, le Conseil central laïque, et organisé ses établissements d'assistance morale sur une base provinciale : une communauté par province et deux à Bruxelles [2].

Son financement a précédé sa reconnaissance formelle : des subsides étaient possibles dès 1981, et le principe a été inscrit dans la Constitution en 1993 [3]. Les provinces doivent intervenir si les revenus de ses établissements sont insuffisants. La province de Namur a contesté cette obligation, mais la Cour d'arbitrage, devenue Cour constitutionnelle, a rejeté son recours par l'arrêt n° 173/2004 du 3 novembre 2004 [2].

Sur la sexualité, la laïcité organisée ne fixe aucun interdit : elle laisse ces choix à la conscience de chacun et défend l'autonomie des personnes. Cette approche est détaillée dans notre article sur la laïcité organisée en Belgique.

Le bouddhisme rejoindra-t-il la liste ?

Le bouddhisme n'était toujours pas reconnu lors de notre vérification, en octobre 2026, alors que la demande date de 2006. L'Union bouddhique de Belgique, fondée en 1997, a introduit sa demande le 20 mars 2006 en choisissant le statut d'organisation philosophique non confessionnelle, comme la laïcité, plutôt que celui de culte [17]. Une loi du 24 juillet 2008 lui accordait déjà un subside pour se structurer [17].

Le gouvernement fédéral a déposé un projet de loi de reconnaissance à la Chambre le 22 janvier 2024 ; il prévoyait des conseillers et des délégués bouddhistes payés par l'État fédéral [17]. Après une audition en commission de la Justice le 12 mars 2024, le texte n'a pas été voté avant la fin de la législature [6][18]. Nos recherches n'ont trouvé aucune loi de reconnaissance publiée depuis ; ce point reste à confirmer auprès du SPF Justice. D'autres demandes attendent aussi, comme celle du Forum hindou de Belgique, introduite le 14 mars 2013 [6]. Le dossier est retracé dans notre article sur le bouddhisme en Belgique.

Que pèsent ces doctrines face au droit belge ?

Face à l'État, ces doctrines n'ont aucune force contraignante : elles engagent les fidèles qui les acceptent, pas les citoyens. L'article 21 de la Constitution impose même que le mariage civil précède toujours la bénédiction nuptiale, et l'article 267 de l'ancien Code pénal punissait le ministre du culte qui inversait cet ordre, sauf en cas de danger de mort [1]. Un mariage célébré seulement à l'église, au temple, à la synagogue ou à la mosquée n'a donc aucune valeur légale.

Le droit belge ne réprime pas non plus les relations sexuelles consenties entre adultes non mariés. Les règles religieuses sur la chasteté relèvent de la vie interne des communautés, et un fidèle qui s'en écarte ne s'expose à aucune conséquence juridique. La reconnaissance crée donc un lien financier et institutionnel, non une autorité morale de l'État.

Ce lien n'est d'ailleurs pas recherché par tous. Selon la RTBF, certaines mosquées ne souhaitent pas voir leurs imams rémunérés par l'État ou ne transmettent pas une comptabilité complète, ce qui explique que l'islam reçoive moins que ce à quoi il pourrait prétendre [3]. À l'inverse, les cultes reconnus et l'Union bouddhique ont publié le 4 juin 2024 une déclaration commune demandant aux futurs gouvernements de continuer à financer les convictions, présentées comme un investissement dans la cohésion sociale [10].

Questions fréquentes

La Belgique a-t-elle une religion d'État ?

Non. La Constitution garantit la liberté des cultes et interdit à l'État d'intervenir dans la nomination de leurs ministres [1]. L'État reconnaît et finance six cultes et la laïcité organisée, sans adopter aucune doctrine.

Les ministres des cultes sont-ils payés par l'État belge ?

Oui. L'article 181 de la Constitution met leurs traitements et pensions à la charge de l'État, et ce principe s'étend depuis 1993 aux délégués de la laïcité organisée [1][2]. En 2022, le fédéral consacrait environ 112 millions d'euros à ces dépenses [3].

Depuis quand l'islam est-il reconnu en Belgique ?

Depuis la loi du 19 juillet 1974, qui a modifié la loi du 4 mars 1870 sur le temporel des cultes [1]. La presse belge la présente souvent comme le premier État à avoir reconnu l'islam et à participer à son financement [15], mais l'Autriche des Habsbourg avait déjà adopté une loi sur l'islam en 1912 [19].

La laïcité organisée est-elle un culte ?

Non. Elle est reconnue comme organisation philosophique non confessionnelle offrant une assistance morale, sur la base de l'article 181, § 2, de la Constitution et de la loi du 21 juin 2002 [2]. Elle reçoit un financement comparable à celui des cultes sans être une religion.

Combien coûte le financement des cultes en Belgique ?

Plus de 281 millions d'euros en 2022, selon les chiffres publiés par la RTBF [3]. Environ 112 millions venaient du fédéral et 170 millions des Régions et des Communautés, sans compter certaines dépenses des provinces et des communes calculées après coup [3].

Les relations sexuelles hors mariage sont-elles interdites en Belgique ?

Non, la loi belge ne les interdit pas lorsqu'elles sont consenties entre adultes. Les interdits religieux n'engagent que les fidèles qui y adhèrent. Seul le mariage civil a une valeur légale, et il doit précéder toute cérémonie religieuse [1].

Le bouddhisme est-il reconnu en Belgique en 2026 ?

Non, pas à notre connaissance au 23 octobre 2026. Le projet de loi déposé le 22 janvier 2024 n'a pas été voté avant la fin de la législature, et aucune loi de reconnaissance n'a été trouvée depuis [17][18]. La demande de l'Union bouddhique de Belgique date du 20 mars 2006.

Sources

  1. uni-trier.de — https://www.uni-trier.de/fileadmin/fb5/inst/IEVR/Arbeitsmaterialien/Staatskirchenrecht/Staat_und_Kirche_in_der_EU/01-Belgique.pdf
  2. fr.const-court.be — https://fr.const-court.be/public/f/2004/2004-173f.pdf
  3. rtbf.be — https://www.rtbf.be/article/financement-des-cultes-pourquoi-leglise-catholique-decroche-t-elle-le-pactole-11016263
  4. uvcw.be — https://uvcw.be/cultes/articles/art-2757
  5. o-re-la.ulb.be — https://o-re-la.ulb.be/analyses/item/3986-temporel-des-cultes-du-nouveau-en-flandre-et-%C3%A0-bruxelles.html
  6. lachambre.be — https://www.lachambre.be/FLWB/PDF/55/3782/55K3782002.pdf
  7. vatican.va — https://www.vatican.va/archive/FRA0013/__P80.HTM
  8. biblegateway.com — https://www.biblegateway.com/passage/?search=1+Corinthiens+6%3A9-18&version=LSG
  9. evangelicalfocus.com — https://evangelicalfocus.com/europe/717/united-protestant-church-of-belgium-will-accept-homosexual-pastors
  10. bx1.be — https://bx1.be/categories/news/les-cultes-appellent-les-futurs-gouvernements-a-continuer-a-investir-dans-leur-financement/
  11. iarccum.org — https://iarccum.org/doc/2158
  12. old.mospat.ru — https://old.mospat.ru/en/documents/social-concepts/kh/
  13. myjewishlearning.com — https://www.myjewishlearning.com/article/jewish-views-on-premarital-sex/
  14. quran.com — https://quran.com/fr/17:32
  15. lalibre.be — https://www.lalibre.be/belgique/2026/06/19/la-ministre-verlinden-donne-encore-un-peu-dair-au-conseil-musulman-de-belgique-723O2SVRJRCR5FBO4O6SD5626A/
  16. laicite.be — https://laicite.be/le-mouvement-laique/le-centre-daction-laique/les-statuts/
  17. lachambre.be — https://www.lachambre.be/doc/flwb/pdf/55/3782/55K3782001.pdf
  18. cathobel.be — https://www.cathobel.be/wp-content/uploads/2025/01/Reponse-Andre-Lacroix76-copie.pdf
  19. bundeskanzleramt.gv.at — https://www.bundeskanzleramt.gv.at/dam/jcr:94ef085f-c815-4387-b5b9-dcdcd77b1a0f/loi_sur_l_islam_-_resume.pdf

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