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Pelléas et Mélisande : l'amour interdit selon Maeterlinck

Par la rédaction de fornication.infoVérifié le Lecture : 9 min10 sources
Illustration : un médaillon avec des notes de musique, devant l'Atomium de Bruxelles, entouré de passants d'aujourd'hui
L'essentiel

De quoi parle Pelléas et Mélisande de Maeterlinck ?

Pelléas et Mélisande est un drame symboliste en cinq actes du Belge Maurice Maeterlinck, créé à Paris le 17 mai 1893. Golaud épouse la mystérieuse Mélisande, qui s'éprend de Pelléas, le frère de son mari. Jaloux, Golaud tue Pelléas ; Mélisande meurt après avoir mis au monde une fille. Debussy en a tiré un opéra créé en 1902.

Sommaire
  1. Que raconte Pelléas et Mélisande ?
  2. Comment Maeterlinck suggère-t-il l'adultère sans le montrer ?
  3. Comment la pièce a-t-elle été accueillie en 1893 ?
  4. Quelle place dans le symbolisme belge ?
  5. Que change l'opéra de Debussy ?
  6. Pourquoi l'œuvre est-elle encore jouée ?
  7. Questions fréquentes
  8. Sources

Que raconte Pelléas et Mélisande ?

Pelléas et Mélisande raconte l'amour interdit entre une jeune femme mariée et le frère de son époux, dans un royaume imaginaire nommé Allemonde [3][7]. Dans une forêt, le prince Golaud découvre Mélisande en pleurs au bord d'une source ; le passé de la jeune femme reste inconnu [4][6]. Il l'épouse et la ramène au château de son grand-père, le vieux roi Arkël [6].

Le château est un lieu clos et sombre. Y vivent Geneviève, mère de Golaud et de Pelléas, et le petit Yniold, fils né d'un premier mariage de Golaud [3]. Mélisande se lie d'abord avec Arkël, puis avec Pelléas, un jeune homme qui songe à partir rejoindre un ami [3][6].

Chaque acte resserre l'étau. Près d'une fontaine, Mélisande laisse tomber dans l'eau son anneau de mariage, tandis que Golaud est blessé par une chute [5][6]. Au troisième acte, Mélisande laisse descendre ses longs cheveux d'une tour et Pelléas les couvre de baisers ; Golaud les surprend et les traite d'enfants [6]. Il entraîne ensuite Pelléas dans les souterrains du château, au bord d'une eau sombre, puis fait espionner le couple par Yniold [5][6].

Le dénouement est tragique. Au quatrième acte, Pelléas et Mélisande, qui se retrouvent avant le départ du jeune homme, s'avouent enfin leur amour ; Golaud surgit et tue son frère à l'épée, tandis que Mélisande, blessée, s'enfuit [6]. Au cinquième acte, elle a mis au monde une petite fille et meurt sans que Golaud obtienne la vérité qu'il réclame [5][6].

Repères chronologiques

  1. 1862Naissance de Maurice Maeterlinck à Gand, le 29 août
  2. 17 mai 1893Création de la pièce aux Bouffes-Parisiens, mise en scène de Lugné-Poe
  3. 1898Musique de scène de Gabriel Fauré pour des représentations à Londres
  4. 30 avril 1902Création de l'opéra de Debussy à l'Opéra-Comique, sous la direction d'André Messager
  5. 9 janvier 1907Première production de l'opéra hors de France, au théâtre de la Monnaie à Bruxelles
  6. 1911Prix Nobel de littérature pour Maeterlinck
  7. 1949Mort de Maeterlinck à Nice, le 6 mai

Comment Maeterlinck suggère-t-il l'adultère sans le montrer ?

Maeterlinck suggère l'adultère par le silence, les gestes et les images, sans jamais le nommer ni le montrer : la pièce ne dit pas si Pelléas et Mélisande ont été amants [4][6]. Les deux jeunes gens ne s'avouent leur amour qu'à la scène 4 de l'acte IV, et cet aveu se fait à voix basse [4]. Avant cela, tout passe par des signes : l'anneau perdu dans l'eau, la chevelure qui tombe de la tour, les regards tournés vers la lumière [6].

La scène d'Yniold à la fenêtre est le cœur de ce procédé. Golaud soulève son fils pour qu'il observe la chambre de Mélisande, et l'enfant ne rapporte que deux personnes qui regardent la lumière [6]. Le spectateur, comme le mari, en est réduit aux conjectures. Lors de la création de l'opéra en 1902, la censure imposa d'ailleurs des coupes dans cette scène entre Golaud et Yniold [5].

La dernière scène prolonge l'incertitude. Sur son lit de mort, Mélisande, pressée par Golaud de dire la vérité sur sa relation avec Pelléas, maintient son innocence [6]. Le dossier de l'Opéra-Comique place la jalousie et le doute de Golaud au centre du drame [5]. Le texte autorise ainsi deux lectures : un amour resté au stade de l'aveu et du baiser, ou une passion que la pièce choisit de taire.

Ce silence contraste avec le droit de l'époque. En Belgique, l'adultère était alors une infraction pénale, et il ne sera dépénalisé qu'en 1987, comme l'explique notre article sur l'adultère en droit belge. Maeterlinck déplace pourtant la question loin de la faute et du tribunal : ses personnages ne se comprennent ni eux-mêmes, ni les autres, ni le monde [3].

Comment la pièce a-t-elle été accueillie en 1893 ?

La pièce a été accueillie froidement par la critique, mais saluée par les symbolistes, lors de sa création le 17 mai 1893 au théâtre des Bouffes-Parisiens [3]. La mise en scène d'Aurélien Lugné-Poe rompait avec le réalisme alors dominant : peu de lumière, suppression de la rampe et voile de gaze tendu devant la scène [3]. Maeterlinck, trop nerveux, n'assista pas à la première [3].

Le public de ce soir-là comptait des figures décisives. Claude Debussy et Stéphane Mallarmé étaient dans la salle, selon le dossier pédagogique de l'Opéra-Comique [5]. La pièce, en cinq actes, se situe dans un temps légendaire où les personnages n'ont pas de passé connu [4].

L'œuvre circule vite en Europe. Gabriel Fauré compose en 1898 une musique de scène pour des représentations londoniennes, orchestrée par Charles Koechlin ; Arnold Schoenberg en tire un poème symphonique en 1902-1903, et Jean Sibelius une musique de scène en 1905 [3]. La compositrice Mel Bonis s'en inspire aussi, et Strindberg comme Rilke comptent parmi les admirateurs du texte [3].

La création a aussi marqué l'histoire du théâtre. La pièce a influencé la scénographie et le jeu théâtral, et elle est souvent présentée comme une annonce du théâtre de Samuel Beckett [3].

Quelle place dans le symbolisme belge ?

Pelléas et Mélisande compte parmi les œuvres majeures du théâtre symboliste et a largement contribué à la renommée internationale de Maeterlinck [2][3]. Né à Gand le 29 août 1862, Maeterlinck écrit en français et se rattache au symbolisme ainsi qu'au mouvement de la Jeune Belgique [1][2]. Il est aussi l'auteur de L'Oiseau bleu et de La Vie des abeilles [2].

Son théâtre se distingue par une langue dépouillée. Dans un article publié en 2011 par l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, Christian Angelet rappelle que des critiques ont loué le premier Maeterlinck pour avoir renoncé à l'élocution opulente de la scène française traditionnelle [8]. Il relève une remarque du poète Karel van de Woestijne, pour qui le petit Yniold « parlerait gantois en français » [8]. Les hésitations et répétitions des personnages y sont lues comme une trace du phrasé flamand [8].

Le symbolisme de la pièce passe par les lieux. Le château en ruine, la forêt où la lumière pénètre à peine et les grottes à l'air vicié figurent un destin fatal [3]. Angelet rattache ce sens du mystère et de la fatalité, propre aux premières œuvres, à l'influence de Villiers de l'Isle-Adam [8]. Après Ariane et Barbe-Bleue (1901) et Monna Vanna (1902), le théâtre de Maeterlinck s'éloigne de la mort et du mystère [8].

La reconnaissance couronne cette œuvre. Le prix Nobel de littérature de 1911 lui est attribué pour la diversité de son activité littéraire et surtout pour ses œuvres dramatiques ; il résidait alors en Belgique [1]. Il porte le titre de comte à partir de 1932 et meurt à Nice le 6 mai 1949 [1][2].

Que change l'opéra de Debussy ?

L'opéra de Claude Debussy, créé le 30 avril 1902 à l'Opéra-Comique, a donné à Pelléas et Mélisande un second destin et une diffusion mondiale [5][7]. Debussy, présent à la création de 1893, demande dès août 1893 l'autorisation de Maeterlinck par l'intermédiaire d'Henri de Régnier, puis lui rend visite à Gand en novembre [6]. L'auteur l'autorise à pratiquer toutes les coupes qu'il souhaite [6].

Debussy met en musique le texte presque mot pour mot, mais en retire quatre scènes [6][7]. Il achève la partition pour chant et piano le 17 août 1895, puis consacre des années à l'orchestration ; l'Opéra-Comique accepte l'œuvre en 1898 [5][6]. La musique, continue et sans airs séparés, adapte la technique wagnérienne tout en restant proche des rythmes du français parlé [6][7]. Britannica en fait le seul opéra achevé de Debussy et un chef-d'œuvre du drame symboliste français [7].

La création est précédée d'une crise. Maeterlinck voulait que sa compagne, Georgette Leblanc, chante Mélisande, mais le directeur Albert Carré choisit Mary Garden [6]. Après l'échec d'une action en justice, Maeterlinck publie dans Le Figaro du 13 avril 1902 une lettre où il désavoue l'œuvre et souhaite son échec [6]. La répétition générale du 28 avril est houleuse [5].

Le succès vient pourtant vite. Sous la direction d'André Messager, avec Mary Garden, Jean Périer et Hector Dufranne, l'opéra s'impose en quelques représentations [5][6]. L'Opéra-Comique l'a donné 437 fois, et la centième y a eu lieu le 25 janvier 1913 [5][6]. Maeterlinck ne vit l'opéra qu'en 1920, deux ans après la mort de Debussy, et reconnut s'être trompé [6].

Pourquoi l'œuvre est-elle encore jouée ?

L'œuvre reste au répertoire parce que son ambiguïté se prête aux relectures : les maisons d'opéra la présentent comme un récit onirique et ouvert, que chaque mise en scène réinterprète [9][10]. La Belgique l'a accueillie très tôt : la première production hors de France a eu lieu au théâtre de la Monnaie, à Bruxelles, le 9 janvier 1907, sous la supervision de Debussy [6].

La Monnaie l'a reprise dans une mise en scène de Pierre Audi, avec une scénographie du plasticien Anish Kapoor, en coproduction avec l'Opéra de Rome [9]. La maison bruxelloise y voit une histoire d'amour impossible, où désir et jalousie conduisent les personnages vers l'exil ou la mort [9].

Les productions se succèdent. L'Opéra national du Rhin annonce une nouvelle production du 7 au 28 février 2027 à Strasbourg et à Mulhouse, dirigée par Louis Langrée et mise en scène par Richard Brunel, avec Stéphane Degout en Golaud [10]. Le metteur en scène y transpose le drame dans un univers inspiré des sanatoriums, pour en faire un récit d'enfermement ; le spectacle est conseillé à partir de 14 ans [10].

Le sujet lui-même explique cette longévité. Ni farce sur l'adultère ni drame moralisateur, la pièce montre une passion que personne ne parvient à nommer et un mari que le doute détruit [3][5]. La production strasbourgeoise de 2027 la lit ainsi comme un récit d'enfermement et d'autorité qui se délite, signe que cette histoire d'amour interdit reste ouverte à de nouvelles lectures [10].

Questions fréquentes

Pelléas et Mélisande sont-ils amants ?

Le texte ne le dit pas. Ils s'avouent leur amour et s'embrassent à l'acte IV, juste avant que Golaud tue Pelléas, mais Mélisande affirme son innocence sur son lit de mort [6]. Cette incertitude nourrit la jalousie et le doute de Golaud, au cœur du drame [5].

Maeterlinck a-t-il reçu le prix Nobel ?

Oui, en 1911. Le prix Nobel de littérature lui a été attribué pour la diversité de son activité littéraire, et en particulier pour ses œuvres dramatiques [1]. Il résidait alors en Belgique et écrivait en français [1].

Où la pièce a-t-elle été créée ?

À Paris, au théâtre des Bouffes-Parisiens, le 17 mai 1893, dans une mise en scène d'Aurélien Lugné-Poe [3]. Debussy et Mallarmé assistaient à cette création [5].

Quand l'opéra de Debussy a-t-il été créé ?

Le 30 avril 1902, à l'Opéra-Comique (salle Favart) à Paris, sous la direction d'André Messager [5][6]. Mary Garden chantait Mélisande, Jean Périer Pelléas et Hector Dufranne Golaud [5].

Pourquoi Maeterlinck s'est-il opposé à l'opéra de Debussy ?

Parce que le rôle de Mélisande n'a pas été confié à sa compagne, Georgette Leblanc, mais à Mary Garden [6]. Il a désavoué l'œuvre dans Le Figaro le 13 avril 1902, avant de reconnaître son erreur après l'avoir vue en 1920 [6].

Combien d'actes compte Pelléas et Mélisande ?

Cinq. La pièce de Maeterlinck est un drame symboliste en cinq actes, et l'opéra de Debussy conserve cette structure, tout en supprimant quatre scènes [4][6][10].

Quand l'opéra a-t-il été joué pour la première fois en Belgique ?

Le 9 janvier 1907, au théâtre de la Monnaie à Bruxelles [6]. C'était la première production de l'opéra hors de France, et Debussy l'a supervisée [6].

Sources

  1. nobelprize.org — https://www.nobelprize.org/prizes/literature/1911/maeterlinck/facts/
  2. britannica.com — https://www.britannica.com/biography/Maurice-Maeterlinck
  3. en.wikipedia.org — https://en.wikipedia.org/wiki/Pell%C3%A9as_and_M%C3%A9lisande
  4. fr.wikipedia.org — https://fr.wikipedia.org/wiki/Pelléas_et_Mélisande
  5. opera-comique.com — https://www.opera-comique.com/sites/default/files/2021-12/2010_PelleasetMelisande_Document_ALireAvant.pdf
  6. en.wikipedia.org — https://en.wikipedia.org/wiki/Pell%C3%A9as_et_M%C3%A9lisande_(opera)
  7. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/Pelleas-et-Melisande-opera-by-Debussy
  8. arllfb.be — https://www.arllfb.be/ebibliotheque/seancespubliques/26112011/angelet.pdf
  9. lamonnaiedemunt.be — https://www.lamonnaiedemunt.be/en/static-pages/376-pelleas-et-melisande
  10. operanationaldurhin.eu — https://www.operanationaldurhin.eu/en/spectacles/saison-26-27/opera-1/pelleas-et-melisande

Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux.

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