Félicien Rops, l'artiste namurois qui a fait scandale

Pourquoi Félicien Rops a-t-il fait scandale ?
Félicien Rops (1833-1898), graveur et dessinateur né à Namur, a fait scandale par ses images mêlant désir, mort et satanisme et par ses illustrations d'ouvrages érotiques. Illustrateur de Baudelaire, il raillait l'hypocrisie bourgeoise. Son Pornokratès, conçu en 1878, a choqué le public bruxellois en 1886. Un musée lui est consacré à Namur depuis 1987.
Sommaire
- Qui était Félicien Rops ?
- Quels liens avec Baudelaire et les éditeurs parisiens ?
- Pourquoi son œuvre a-t-elle choqué ?
- Que représente Pornokratès ?
- Quelle place occupe Rops dans l'art belge de son temps ?
- Que voir au Musée Félicien Rops de Namur ?
- Comment Rops est-il exposé et lu aujourd'hui ?
- Questions fréquentes
- Sources
Qui était Félicien Rops ?
Félicien Rops est un peintre, dessinateur et graveur belge, né à Namur le 7 juillet 1833 et mort en France en août 1898 [1][2]. Britannica le présente d'abord comme un graveur, maître de la pointe sèche et l'un des premiers modernes à remettre en usage le vernis mou, procédé qui imite le trait d'un crayon tendre [2]. Son nom reste pourtant attaché à une réputation sulfureuse, entretenue de son vivant et prolongée après sa mort.
Sa formation est namuroise puis bruxelloise. Il passe par le collège des Jésuites de Namur en 1844, puis par l'Athénée et l'Académie des beaux-arts de la ville en 1849, l'année de la mort de son père [1]. Il s'inscrit en 1851 à l'Université libre de Bruxelles et fréquente à partir de 1853 l'Atelier libre Saint-Luc [1]. Ses dessins pour des journaux étudiants attirent alors l'attention des éditeurs [2].
La satire est sa première école. Avec Charles De Coster, futur auteur de La Légende d'Ulenspiegel, il fonde l'hebdomadaire satirique Uylenspiegel, qui paraît jusqu'en 1863 et auquel il donne certaines de ses meilleures lithographies [1][2]. Un enterrement au pays wallon (1863), grande lithographie réaliste inspirée de Courbet, montre déjà un regard sans complaisance, teinté de cynisme envers le clergé [4].
Sa vie privée sort aussi des cadres de son temps. Marié à Charlotte Polet de Faveaux, il partage longtemps son existence entre Namur, Bruxelles et le château de Thozée [1]. À partir de 1869, il entretient une relation avec deux sœurs modistes parisiennes, Léontine et Aurélie Duluc ; Léontine lui donne une fille, Claire, en 1871 [1]. Il se sépare de sa femme légitime en 1874 et s'installe définitivement à Paris en 1875, selon la biographie du musée de Namur [1].
Repères chronologiques
- 1833Naissance de Félicien Rops à Namur, le 7 juillet
- 1866Frontispice des Épaves de Baudelaire, pour l'éditeur Poulet-Malassis
- 1875Installation définitive à Paris, selon la biographie du musée
- 1878Première mention de Pornokratès dans une lettre du 12 décembre à Jules Noilly
- 1886Pornokratès fait scandale au Salon des XX à Bruxelles ; Rops devient membre du groupe selon le musée
- 1889Rops reçoit la Légion d'honneur
- 1898Mort à la Demi-Lune, à Corbeil-Essonnes, le 23 août selon le musée
- 1987Ouverture du musée Félicien Rops au 12 rue Fumal, à Namur
Quels liens avec Baudelaire et les éditeurs parisiens ?
Rops a rencontré Charles Baudelaire à Namur en mai 1864 et a gravé en 1866 le frontispice des Épaves, recueil qui réunit des poèmes censurés du poète [1][4]. Cette petite eau-forte reprise à la pointe sèche rassemble des symboles que l'artiste réutilisera toute sa carrière [4]. Baudelaire fut reçu au château de Thozée, signe d'une amitié qui dépassait la simple commande [6].
Le lien passe par un éditeur, Auguste Poulet-Malassis, celui de Baudelaire. Rops le rencontre en 1862 selon le musée, en 1863 selon Wikipédia, et réalise pour lui trente-quatre frontispices entre 1864 et 1870 [1][3][6]. Une partie de ces livres relève de la littérature érotique clandestine : le musée cite deux titres de 1864 parus sous des pseudonymes facétieux [3].
Après son installation à Paris, il travaille pour d'autres maisons. Chez Gay et Doucé, il illustre Le Diable dupé par les femmes (1881) et Les Cousines de la colonelle (1882) [3]. Ces ouvrages lui valent, en Belgique comme en France, une image de pornographe dont il ne se défera jamais tout à fait [3].
Rops est aussi un illustrateur recherché par la littérature reconnue. Britannica cite ses illustrations pour Barbey d'Aurevilly, Théophile Gautier, Voltaire, Charles De Coster et Stéphane Mallarmé [2]. Le Sphinx (1884), gouache où une femme enlace un sphinx de pierre sous le regard d'un Satan en dandy, est la première image qu'il conçoit pour Les Diaboliques de Barbey [4]. Il donne encore des frontispices à Joséphin Péladan, pour Le Vice suprême (1884) et L'Initiation sentimentale (1887), dont l'aquarelle est conservée au musée d'Orsay [6].
Pourquoi son œuvre a-t-elle choqué ?
L'œuvre de Rops a choqué parce qu'elle représentait la sexualité sans le détour du nu académique ni de l'allégorie, et parce qu'elle associait le désir à la mort et au diable [3]. Le musée de Namur explique qu'il puise à la fois dans la mythologie, dans les travaux du docteur Charcot sur l'hystérie et chez Darwin [3]. Il en résulte un art qui heurte autant la morale religieuse que les conventions des Salons.
Une partie de cette production n'était pas destinée au public. Les œuvres les plus libres n'ont pas été exposées du vivant de l'artiste et se vendaient à des amateurs choisis, selon le musée [3]. Le Kunsthaus de Zurich distingue de même, à côté de l'œuvre publique de l'illustrateur, un corpus privé tenu à l'écart des regards [8]. Les sources consultées ne font pas état d'une condamnation judiciaire de Rops lui-même.
Le satanisme culmine dans Les Sataniques, série de 1882. Une femme y conclut un pacte avec Satan et perd la maîtrise de son corps, thème que le musée rattache à l'esprit décadent de la fin du XIXe siècle [3]. Des scènes de la prostitution parisienne, comme Le Bouge à matelots (1875), taverne de marins et de filles construite sur une diagonale vigoureuse, complètent ce tableau des marges de la ville [4].
Rops revendiquait cette transgression comme une forme de sincérité. Le musée rapporte sa devise, « Vertueux ne puis, hypocrite ne daigne, Rops suis » [3]. Son image des femmes reste un objet de débat : dans une lettre citée par le musée, il les décrit comme des idoles aux pieds d'argile parées par l'imagination masculine [3]. Le Kunsthaus souligne qu'il pousse à l'extrême les stéréotypes de genre de son époque [8].
Le cadre moral de son temps éclaire ces réactions. En Belgique, les infractions sexuelles relevaient alors, dans le Code pénal de 1867, d'un titre consacré à l'ordre des familles et à la moralité publique, comme le rappelle notre article sur la morale sexuelle dans le Code pénal de 1867.
Que représente Pornokratès ?
Pornokratès, que le musée de Namur écrit Pornocratès, montre une grande femme nue, les yeux bandés, conduite par un cochon à la queue dorée, tandis que trois amours s'envolent et que, sur une frise, de petits génies des beaux-arts baissent la tête [5]. La femme ne porte que des bas, de longs gants noirs et un grand chapeau à la Gainsborough [5]. L'œuvre principale mesure 75 sur 48 centimètres et mêle aquarelle, pastel et gouache [4].
Sa date varie selon les sources. Rops évoque le dessin pour la première fois le 12 décembre 1878, dans une lettre à Jules Noilly, et le musée date la grande aquarelle de 1878 ; une version au pastel, à la craie, au crayon et à l'aquarelle porte la date de 1879, retenue par d'autres notices [4][5][6].
L'œuvre a connu un parcours de collection documenté. Dès 1879, elle est vendue 550 francs à un Liégeois, Léon Lecreps, par l'intermédiaire de Maurice Bonvoisin, dit Mars [5]. En 1984, la Fédération Wallonie-Bruxelles l'acquiert et la met en dépôt, pour une durée indéterminée, au musée Rops [5]. Elle a aussi été diffusée par la gravure, par Eugène Gaujean en 1887, puis par Albert Bertrand dans une grande estampe en couleurs datée de 1896 [5].
Le scandale public date de 1886, au Salon des XX à Bruxelles. Prêtée par un propriétaire montois, l'aquarelle indigne des visiteurs qui demandent au bourgmestre de la faire retirer ; une présentation à Anvers la même année, par la Société de l'Art indépendant, provoque un émoi comparable [5]. Rops répondit qu'il avait voulu faire « la trouée dans l'hypocrisie de notre temps » [5].
Les interprétations divergent. Pour le musée, la femme menée par un porc traduit le refus de l'art académique et une critique de l'hypocrisie bourgeoise [4]. Certains commentateurs y voient le point de départ du symbolisme belge, d'autres un caractère déjà surréaliste, tandis que Rops lui-même affirmait n'avoir voulu peindre qu'un modèle classique [5]. Le musée lui a consacré en 2018 l'exposition « Pornocratès dans tous ses états » [5].
Quelle place occupe Rops dans l'art belge de son temps ?
Rops occupe une place charnière entre réalisme, satire et symbolisme dans l'art belge de la seconde moitié du XIXe siècle. Il cofonde à Bruxelles la Société libre des beaux-arts en 1868, puis la Société internationale des aquafortistes en 1869, une association éphémère dont l'activité cesse en 1877 [1][2][6].
Le groupe des XX, cercle d'avant-garde bruxellois, le compte parmi ses figures. Invité au premier salon du groupe en 1884, il en devient membre en 1886 selon le musée, alors que Britannica situe son adhésion dès 1884 [1][2][6]. Il expose ensuite à la Libre Esthétique en 1896 et 1897, et la revue parisienne La Plume lui consacre en 1896 un numéro spécial qui connaît un grand succès [1].
Sa série des Dames au pantin, conçue entre 1873 et 1890, où une femme manipule un homme réduit à l'état de marionnette, est décrite par le musée comme un pas vers le symbolisme [4]. Sa peinture de plein air, comme La Plage de Heyst (1886), montre à l'inverse une palette légère proche de l'impressionnisme [4]. Cette diversité explique qu'on hésite à l'enfermer dans une seule école.
La reconnaissance officielle vient de France. Rops reçoit la Légion d'honneur en 1889 [1][6]. Il avait acheté en 1884 une propriété, la Demi-Lune, à Corbeil-Essonnes, où il meurt le 23 août 1898, entouré de Léontine et Aurélie Duluc, de Claire et de ses proches [1]. Britannica donne la date du 22 août [2].
Que voir au Musée Félicien Rops de Namur ?
Le Musée Félicien Rops, installé au 12 rue Fumal à Namur depuis 1987, présente peintures, dessins, gravures et lettres de l'artiste ; la Fédération Wallonie-Bruxelles l'a reconnu en 2008 comme musée monographique de catégorie A [7]. Une première salle permanente lui avait été consacrée en 1964 dans l'hôtel de Gaiffier d'Hestroy, rue de Fer, avant que l'exiguïté des lieux impose le déménagement [7]. Le musée a été réinauguré en 2003 avec un nouvel accrochage, et son jardin a été refait en 2005 [7].
La collection repose sur des dons et des dépôts publics. En 1962, le comte Visart de Bocarmé a donné à la Province de Namur environ 300 œuvres, dont une partie est restée en réserve jusqu'en 1987 [7]. Les pièces majeures, dont Pornokratès, Le Bouge à matelots et Un enterrement au pays wallon, appartiennent à la Fédération Wallonie-Bruxelles ou à la Fondation Roi Baudouin et sont déposées à Namur [4]. La Province de Namur est propriétaire du musée et de ses bâtiments [7].
Le musée ouvre aussi un important fonds en ligne. Son inventaire recense près de 3 000 gravures et près de 500 dessins et peintures, ainsi que plus de 4 000 lettres de l'artiste, dont plus de la moitié sont consultables sur internet [9]. Selon son site, il est ouvert du mardi au dimanche, de 10 h à 18 h, sur près de 700 m² d'exposition [9].
Comment Rops est-il exposé et lu aujourd'hui ?
Rops est aujourd'hui exposé comme une figure majeure de la fin de siècle européenne, et non plus seulement comme un auteur d'images licencieuses. Du 6 mars au 31 mai 2026, le Kunsthaus de Zurich lui a consacré une exposition intitulée en anglais Laboratory of Lust, soit « laboratoire de la luxure », qui réunissait environ 70 œuvres [8]. Elle était conçue par Jonas Beyer, du Kunsthaus, et Daan van Heesch, de la KBR, la Bibliothèque royale de Belgique [8].
Les prêteurs témoignent de la dispersion de l'œuvre. Outre la KBR et le musée de Namur, le Kunsthaus cite le musée Marmottan Monet et le musée d'Orsay, ainsi que des œuvres de la Fondation Roi Baudouin et de la Fédération Wallonie-Bruxelles déposées à Namur [8]. Le musée zurichois range ses images démoniaques et érotiques parmi les positions les plus radicales de la fin du XIXe siècle [8].
La lecture contemporaine reste partagée. Les institutions insistent sur la satire de la morale bourgeoise et sur la virtuosité technique [2][4][8], tandis que la représentation des femmes, souvent réduites à des figures de tentation ou de domination, nourrit une lecture critique [3][8]. Le musée de Namur souligne de son côté le respect de Rops pour l'énergie vitale et l'origine de la vie [3]. Le vocabulaire moral de son époque survit d'ailleurs en partie dans le droit actuel, comme le montre notre article sur le mot « débauche » dans la loi belge.
Questions fréquentes
Où voir les œuvres de Félicien Rops ?
Au Musée Félicien Rops de Namur, 12 rue Fumal, qui conserve ou reçoit en dépôt l'essentiel de ses œuvres majeures, dont Pornokratès [4][7]. La KBR à Bruxelles, le musée d'Orsay et le musée Marmottan Monet à Paris en possèdent aussi, comme l'a montré l'exposition du Kunsthaus de Zurich en 2026 [8]. Une partie des collections namuroises est consultable en ligne [9].
Félicien Rops était-il un artiste symboliste ?
En partie. Il a participé aux salons du groupe des XX, et certaines de ses œuvres, comme Les Dames au pantin ou Pornokratès, sont vues comme des étapes vers le symbolisme, voire comme son point de départ en Belgique [1][4][5]. Il a aussi pratiqué la satire réaliste et une peinture de plein air proche de l'impressionnisme [4].
Pourquoi Rops s'est-il installé à Paris ?
Les sources n'avancent pas de raison unique. Sa biographie relève sa liaison avec les sœurs Duluc, commencée en 1869, puis sa séparation d'avec son épouse en 1874, avant son installation définitive à Paris en 1875 [1]. Il y travaille ensuite pour des éditeurs comme Gay et Doucé [3].
Quand Pornokratès a-t-il été réalisé ?
En 1878 ou 1879. Rops mentionne l'œuvre pour la première fois dans une lettre du 12 décembre 1878, et le musée de Namur date la grande aquarelle de 1878 ; une autre version porte la date de 1879 [4][5].
Quelle était la devise de Félicien Rops ?
Sa devise, rapportée par le musée de Namur, affirme en substance qu'il ne peut être vertueux, qu'il dédaigne d'être hypocrite et qu'il est simplement Rops [3]. Elle résume sa revendication d'une sincérité opposée à l'hypocrisie morale de son temps [3].
Rops a-t-il illustré Baudelaire ?
Oui. Il a gravé en 1866 le frontispice des Épaves, publié par Auguste Poulet-Malassis, après avoir rencontré le poète à Namur en mai 1864 [1][4]. Baudelaire fut aussi son hôte au château de Thozée [6].
Quand Félicien Rops est-il mort ?
En août 1898, dans sa propriété de la Demi-Lune, à Corbeil-Essonnes. Le musée de Namur retient le 23 août, Britannica le 22 août [1][2].
Sources
- museerops.be — https://museerops.be/biographie
- britannica.com — https://www.britannica.com/biography/Felicien-Rops
- museerops.be — https://museerops.be/rops-erotique
- museerops.be — https://museerops.be/oeuvres-majeures
- museerops.be — https://museerops.be/documents/fichier/1/124/20180514_133232dossier_presse_pornocrates_fr.pdf
- fr.wikipedia.org — https://fr.wikipedia.org/wiki/Félicien_Rops
- museerops.be — https://museerops.be/le-musee
- kunsthaus.ch — https://kunsthaus.ch/en/besuch-planen/ausstellungen/felicien-rops
- museerops.be — https://museerops.be/
Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux.


